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La préretraite, un acquis mortifère

par Henri Vacquin - 18 Mai 2008

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En France, les personnes âgées de 55 ans ou de 57 ans et demi selon les cas sont dispensés de recherche d'emploi - ils sont 375 229 - ils pourraient bientôt ne plus l'être et se voir offrir des « offres raisonnables ».

Le non emploi des seniors est manifestement un acquis sociétal national, l'emploi que l'on a perdu il y a 30 ans est à reconquérir. Nous sommes en la matière au fond de la classe des pays européens. Ainsi le taux d'emploi des travailleurs âgés de 55 à 64 ans est en France de 38, 3%, devant la Belgique (34,4), l'Italie (33,8) ou la Pologne (29,7) mais loin derrière les pays de l'Europe du Nord, les pays Baltes, l'Allemagne, l'Irlande, la Grande Bretagne ou la Roumanie qui dépassent tous largement le taux d'emploi de 50% déterminé comme objectif par l'Union à l'horizon 2010. (Statistiques Eurostat)

Mille raisons peuvent être évoquées à la source de cette situation. Je voudrais en retenir une dont on ne parle quasiment jamais et qui a à voir avec la restructuration de la sidérurgie des années 70.

On inventait alors notre première grande restructuration. Dans ces métiers, il n'y avait rien d'aberrant à prendre en compte la pénibilité subie longtemps, pour faire du départ des anciens, à 56 ans d'abord et jusqu'à 52 ans par la suite, la variable d'ajustement des effectifs. C'est la fonction qu'a rempli l'acquis social conjoncturel de la CGPS, la convention générale de protection sociale de la métallurgie.

À ceci près qu'allaient se prendre trois mauvaises habitudes. Les quelques 40000 « licenciés préretraités » en 2 ans allaient introniser trois réflexes simultanés de la prise de décision : le départ des cinquantenaires comme quasi exclusive variable d'ajustement des effectifs, les préretraites comme panacée et bientôt comme acquis social.

Il s'est bâti là un effet pervers d'une prise de décision ne tenant pas compte des conséquences de long terme et labellisée acquis social. Et comme chez nous, un acquis social se dissocie très vite des valeurs et du contexte qui l'ont légitimé, pouvoirs et contrepouvoirs en sont devenus les objets. Un exemple parmi beaucoup d'autres de la défense du statu quo propre à nos patronats, nos syndicats et nos politiques.

Cet acquis a pu être considéré comme éternel alors qu'il se révèle aujourd'hui mortifère de l'emploi des seniors. Il aura fallu pour cela 30 ans de retard à l'allumage politique patronal et syndical. Une offre politique patronale et syndicale, 30 ans durant, « non raisonnable ».

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Henri Vacquin

Mots clés : Henri Vacquin, préretraite, départ anticipé, gestion des seniors, retraite, sidérurgie, eurostat,

 
 

Réactions

  • 19/05/2008 17:36

    par SUGGEST

    Tout à fait d'accord avec votre analyse ! Les politiques des Ressources Humaines en matière de gestion de pyramide des âges et de la gestion par les compétences, en France, est absente dans beaucoup d'entreprises alors que les outils technologiques sont là ! Le discours des gouvernances est quasi-absent à ce sujet et la démarche pédagogique à l'intérieur des structures encore plus. Quel dommage.