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2019-2049

par Danielle Kaisergruber - 06 Janvier 2019

danielle kaisergruber

2049 : trente ans nous en séparent. C'est beaucoup, et c'est peu à l'échelle du monde. Pourquoi cette date ? C'est celle fixée par le Président chinois pour un rendez-vous historique, déterminant, bien qu'un peu indéfini. La Chine sera devenue la première puissance mondiale bien avant. Ce sera pour le centième anniversaire de la Révolution chinoise, l'achèvement du programme « One belt, one road ». Les Européens ont retenu l'expression romantique et datée « Les nouvelles routes de la soie », mais en fait il s'agit de bien plus que de construire des voies ferrées, des tunnels et des ponts.

 

Revenue de très loin (les guerres de l'opium avec les puissances colonisatrices, les dévastations par le Japon, les errances maoïstes, l'extrême pauvreté...), la Chine vient de s'afficher comme puissance spatiale avec le programme Chang' e (1, 2, 3, 4, et la suite à venir), qui organise systématiquement la conquête de la Lune que le pays fête en masse chaque année à l'automne en se rappelant la princesse de légende dont on voit le palais sur l'astre. Partout on mange des gâteaux de lune ce jour-là. Déjà en avril 1970, la Chine, encore dans les affres de la « Révolution culturelle », et tandis que les étudiants et les professeurs étaient envoyés dans les champs, avait mis en orbite terrestre un satellite : il jouait alors l'Orient rouge dans les immensités de l'espace.

 

« One belt, one road » : c'est bien davantage comme le relevait Michel Aglietta (Le Monde, 23 avril 2018) « un nouveau concept de globalisation » qui vise et commence de construire « des formes multiples d'interdépendances : collaborations politiques, interconnexions de territoires, échanges commerciaux mutuels, investissements à long terme ». À très long terme même.

 

Le grand jeu a déjà commencé avec des initiatives diverses et adaptées à chaque pays : une voie ferrée en Hongrie, un partenariat commercial avec la Slovénie, de multiples relations commerciales avec la Pologne, avec la Grande-Bretagne. Des liens très privilégiés avec l'Allemagne. La Chine joue des disparités et des désunions nombreuses de l'Europe qui n'a jamais vraiment été en mesure de lui proposer une réponse commune.

 

2019 : une année déterminante et cruciale pour l'Europe. Avec trois changements à venir, celui du Parlement européen, de la Commission et de la présidence de la Banque Centrale européenne. Avec le verdict imprévisible, ou peut-être trop prévisible, des électeurs pour le premier de ces changements. Non que le bilan de ces dernières années soit complètement nul : les « Européens » ont su être ensemble pour affronter le Brexit et ses conséquences. Ils ont commencé (enfin) à contraindre les industriels de l'automobile en matière d'objectifs de réduction des émissions de CO2. Ils ont commencé (un peu) à s'opposer aux Gafa (RGPD et fiscalité), esquissé un projet d'assiette commune d'impôts sur les sociétés... Ils ont, sous l'impulsion de la France et avec l'appui de l'Allemagne et de la Belgique durci la directive sur le travail détaché, y compris dans le secteur des transports, ce qui n'était pas gagné. Ils ont créé une Autorité européenne du Travail...

 

Mais ce sont là de bien maigres avancées tandis que les électeurs voient surtout les contradictions et les conflits sur les questions d'immigration, tout comme les succès électoraux populistes qui deviennent contagieux et fabriquent une sorte d'accoutumance à la présence des extrêmes-droites dans les gouvernements.

 

L'Europe a-t-elle protégé ses habitants ? A-t-elle contribué à améliorer leurs conditions de travail et de vie ? La réponse n'apparaît pas clairement et d'ailleurs les travaux manquent pour évaluer ce qu'auraient été les coûts de la non-Europe, malgré les multiples études commanditées par la Commission. Qu'en pensent les Français ? Avant qu'on ne parle de « grand débat », un petit débat en ligne a été lancé à la suite d'une proposition française (Discours de la Sorbonne). Des consultations ont eu lieu dans les différents Etats européens, chaque pays l'organisant à sa manière. Le questionnaire a été réalisé par 97 citoyens européens. En France, 70 000 personnes se sont exprimées : la Commission Nationale du Débat Public vient d'en publier les conclusions et les enseignements. Aucune demande d'élargissement ne s'exprime (pas sûr d'ailleurs que le grand élargissement trop rapide aux pays d'Europe centrale ait ni bien fait ni bien digéré !). La nécessité de réorienter la logique d'action trop libérale de l'Europe, en allant vers une harmonisation fiscale et sociale, est clairement affichée, comme la nécessité de protéger les citoyens et faire valoir leurs intérêts par rapport à d'autres pays ou continents. Il est aussi affirmé que l'Europe est une puissance éthique. Mais au fait quels médias ont évoqué ce débat ?

 

En Chine, le mot « crise » se compose de deux idéogrammes, l'un signifie « danger » et l'autre « opportunité ».

 

Alors 2019 ? Toute l'équipe de Metis souhaite une bonne année à ses lecteurs et remercie chaleureusement tous ceux (nombreux et généreux) qui nous ont apporté leur concours financier lors de l'Appel aux dons de 2018.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Danielle Kaisergruber

Mots clés : Chine, Europe, One belt, one road, Commission Nationale du Débat Public