Plus de 80% des 102 000 salariés du groupe France Télécom avaient à ce jour rempli le questionnaire lancé par le groupe à la suite du gigantesque mal-être et de la « vague » de suicides.... Les salariés devaient répondre à pas moins de 160 questions, rédigées avec l'aide du cabinet Technologia, dont les méthodes font l'objet d'une discussion animée... Notamment quand ce cabinet essaie de promouvoir des pratiques d' « autopsie psychologique » , concept et pratique décrié par nombre de médecins et d'experts en matière de santé au travail.

Quelle utilisation sera faite de ces dizaines de milliers de réponses ? A court terme elles vont alimenter les négociations en cours sur le stress ainsi que les recommandations du cabinet diligenté par le groupe. Mais le taux de réponse est aussi un signe et un encouragement puissants pour le groupe à réexaminer de fond en comble ses choix de management et d'organisation. Et pour les organisations syndicales à prendre à bras le corps un sujet dont elles avaient été pour la plupart bien absentes ces dernières années. On lira aussi avec intérêt le point de vue d'Henri Vacquin sur les "certitudes du management" que cette crise vient bousculer.
Cet article de Metis suscité des réactions. Celle d 'abord de Pierre Gojat, militant syndical et secrétaire général de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées chez FT. Mais aussi une réaction détaillée de Jean-Claude Delgenes, directeur général du cabinet Technologia. Metis, lieu d'expression des différences accueille bien volontiers le « droit de réponse » que vous lirez ci-dessous. Il n'en reste pas moins qu'au delà de celui-ci le débat que nous avons lancé, et qui ne se limite pas à la France, doit rebondir :
- comment aborder autrement que par le déni, managérial mais aussi parfois syndical, le lien entre restructurations et santé sans pour autant «médicaliser» ou «psychologiser» la conduite des restructurations
- alors que la France s'ouvre tardivement aux questions du stress et des risques psycho social, comment penser l'intervention sociale en la matière et son articulation à celle d'experts dont la société française a peut-être parfois tendance à abuser y compris en matière sociale où l'expert, quelle que soit sa nature, se substitue parfois aux acteurs sociaux
- enfin et sur le fond il est normal que de nombreuses méthodes d'intervention se déploient voire se contredisent sur un sujet qui je le répète est nouveau pour une très grande partie des entreprises. Ne faudrait-il pas un lieu, hors du simple marché dont les limites régulatoires et éthiques sont multiples pour que ces méthodes et déontologies d'intervention puissent se confronter ?