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Angleterre : la fin des agences de développement

par Clotilde de Gastines, Claude Emmanuel Triomphe - 03 Janvier 2011

En mai 2010, le ministère de l'entreprise et de l'innovation britannique (Department for Business Innovation & Skills - BIS) a été sommé de réduire ses dépenses de £836 millions, notamment à travers la suppression des agences de développement régional. Avec £780 millions, le gouvernement local est aussi un des grands perdants des mesures d'austérité.

 

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Le Royaume Uni est un pays très centralisé et la notion de région y est encore émergente (sauf pour l'Ecosse, l'Irlande du Nord et le pays de Galles). La région du Sud-Est de Londres - mais aussi le Grand Londres - avaient pourtant donné lieu à des dispositifs territoriaux particuliers et innovants qui, du fait de la politique du nouveau gouvernement, risquent forts d'être abandonnés.

 

Pour remplacer les agences régionales de développement (RDA), le gouvernement a encouragé la création de partenariats locaux d'entreprises (Local Enterprise Partnerships (LEP)) qui remplaceront à terme les huit agences publiques sur neuf, car Londres fait exception. Et ce, au plus tard en mars 2012, la décision figurera dans la loi de réforme des institutions publiques (Public Bodies (Reform) Bill) en avril 2012.

 

Dans son Livre Blanc d'octobre 2010, le gouvernement britannique invite les entrepreneurs et les collectivités locales à redéfinir leurs territoires d'intervention économique, pour prendre le relai des huit agences. « Ces partenariats vont redessiner la géographie économique du pays - sans être soumise au carcan des frontières des RDA et des décisions prises et imposées arbitrairement d'en haut, ajoute le Livre Blanc. Les partenaires souhaitent créer un environnement adéquat sur les territoires, en répondant aux enjeux de logement, d'urbanisme, des réseaux de transports, en donnant la priorité à l'emploi et à l'entreprenariat, notamment les PME. Ils travailleront étroitement avec les universités et les centres de formation, vu leur importance pour l'économie locale ».

 

Dialogue social, crise  et développement régional : l'exception du sud de l'Angleterre

La région du Sud de l'Angleterre était couverte par une agence de développement régional, la SEEDA, qui y a entrepris une série d'actions en faveur du développement économique régional à travers un soutien aux entreprises et PME ainsi qu'à l'emploi. A ce titre elle disposait de financements (200 millions d'euros) qui jouaient un effet de levier auprès des entreprises et du secteur bancaire. Avec la crise, elle avait développé une série d'outils :

-       financiers (Finances South-Est)  avec plusieurs types de fonds dont l'un dit fonds de transition utilisé notamment dans le soutien aux entreprises victimes des restrictions de crédit dues à la crise

-       de conseil - Business Link - capable d'apporter des conseils divers aux PME : business, formation des salariés, création d'entreprises, e-commerce, innovation, développement durable etc..

-       en faveur du soutien à un emploi continu, qui consistait à assister les entreprises volontaires avant licenciement pour trouver des solutions alternatives et permettre aux salariés de retrouver un emploi dans la région par mise en relation directe, grâce au rôle d'intermédiaire que jouent les conseillers de la SEEDA.  Après licenciement, l'agence aidait  les chômeurs à acquérir les compétences pour retrouver un emploi en facilitant leur accès au programme « Train to gain ».

 

La SEEDA a aussi donné naissance, cas unique au Royaume Uni, à un Forum régional pour le Dialogue social, qui rassemblait de manière volontaire entreprises et représentants syndicaux du TUC pour des actions et des campagnes ciblées sur des sujets très divers : diversité, mobilité, équilibre vie professionnelle-vie privée, formation, gestion des seniors. Ce forum avait pour objectif de mettre les employeurs face à leur responsabilité, de soutenir des actions en faveur de l'acquisition de compétences ou pour amoindrir l'impact sur les licenciements. Il a par exemple favorisé des actions de mutualisation de la main-d'œuvre dans le domaine de la construction navale. Il fut un lieu de rencontre et d'initiatives innovantes que la nouvelle politique britannique n'a pas cru bon de soutenir, estime John Ball du TUC.

 

Des agences « trop bureaucratiques »

Trop « bureaucratiques » selon ses détracteurs, les agences de développement ont tout de même fonctionné pendant 11 ans. Leur principale tâche était de soutenir la reprise économique et la croissance vers une économie pauvre en carbone, permettant par exemple à des collectivités locales d'obtenir les fonds structurels européens : comme pour Alphasat, le satellite civil le plus avancé au monde, cité dans la liste des success stories.

 

Les comités de pilotage étaient supervisés par des entrepreneurs, et composés de 15 représentants du monde des affaires, des collectivités locales, des partenaires sociaux et d'organisations de la société civile. Rien ne précise si ce sera la cas dans les LEP. Dans les Midlands, le partenariat du « pays noir » compte par exemple cinq chefs d'entreprise, quatre conseillers territoriaux et un professeur d'université. Exit, les partenaires sociaux et la société civile.

 

Sur leur site, les RDAs prennent acte de leur disparition dans la partie « Foire aux questions ». Elles s'étaient déjà engagées à réduire leur budget initial de £1,760 milliards sur 2010-2011, une première fois de £300 millions, puis concéder à nouveau £270 millions en mai dernier. Certaines régions notamment l'East Midlands, South East, East and South West - vont supporter ces coupes. Dans la plupart des cas, cela signifie des suppressions d'emploi (2700 emplois au total (sans compter Londres) et l'arrêt des projets pour lesquels l'argent n'avait pas encore été alloué. Les LEPs vont hériter du pilotage des projets financés. Le fonds régional de croissance (Regional Growth Fund - RGF) mettra un milliard à disposition dans le but de « rééquilibrer l'économie » dans les régions où « la dépendance vis-à-vis du secteur public est trop forte ». 

 

Le cabinet PricewaterhouseCoopers avait pourtant salué l'excellent retour sur investissement de l'action des agences régionales. Chaque livre publique investie par les RDA a généré £4,50 entre 2002 et 2006. De plus, d'après l'étude "Smarter government: Putting the frontline first" 2009, les RDA étaient parmi les instances publiques les plus rentables du pays en terme de management financier, ressources humaines, nouvelles technologies et frais de fonctionnement.

 

Beaux joueurs, les RDA s'engagent à transmettre leur savoir-faire aux 26 partenariats qui ont reçu l'aval du gouvernement.

 

 

Les 9 agences de développement régional :

East of England Development Agency (EEDA), basé à Cambridge
East Midlands Development Agency (emda), basé à Nottingham
London Development Agency (LDA)
One NorthEast (ONE), basé à Newcastle
Northwest Regional Development Agency, basé à Warrington
South West of England Regional Development Agency, basé à Exeter
South East England Development Agency (SEEDA), basé à Guildford
Advantage West Midlands, basé à Birmingham
Yorkshire Forward, basé à Leeds

 

La carte des 26 nouveaux partenariats entreprises-pouvoir local (LEP)

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A propos de cet article

Auteur(s) : Clotilde de Gastines, Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : agences régionales de développement, regional development agencies, RDA, Local Enterprise Partnerships, LEP