0

Après le plombier, l'informaticien polonais ?

par François Gault, Varsovie - 23 Mai 2011

Encore sonnée par l'ampleur de la vague d'émigration (2 millions de départs) qu'a provoqué son entrée dans l'UE en 2005, la Pologne mise sur la qualification de sa main d'œuvre et tente de la retenir au pays, non sans mal.

  

frontiere pologne

Au XIXème siècle, ils sont 800 000 à avoir quitté leur pays ; dans les années 80, ils étaient 1 million ; après 2005, près du double. Beaucoup sont allés en Angleterre où, selon l'Office national de Statistiques, 550 000 Polonais travaillent actuellement. 140 000 personnes ont trouvé un emploi en Irlande, 90 000 en Italie, 80 000 en Espagne, 50 000 en France, 70 000 en dehors de l'Union européenne.

 

Pour attirer des migrants qualifiés, la Pologne a mis en place des facilités pour les étudiants internationaux, qui peuvent obtenir un permis de travail. Sinon, il est très laborieux d'obtenir un permis de travail. Les travailleurs saisonniers viennent pour un maximum de 6 mois des pays voisins non-européens : Ukraine, Biélorussie, Russie et Moldavie. Contrairement à la République Tchèque et à l'Estonie, la Pologne restreint encore l'accès à son marché du travail. Les migrants peuvent monter leur propre affaire, mais seulement dans des secteurs bien précis, sauf s'ils le font sous le statut de travailleur indépendant (comme l'exige la directive européenne sur le travail indépendant).

 

Le pari informatique

La Pologne mise avant tout sur la qualification de sa main d'œuvre pour la retenir au pays ou valoriser le profil des candidats à l'immigration. « A partir de 2011, l'informatique sera traitée comme un secteur stratégique en Pologne, déclare le Vice-Premier ministre Waldemar Pawlak en charge de l'économie. Dans une dizaine d'années, il représentera 15% de notre PNB  ».

 

 « La Pologne sera bientôt la capitale mondiale de l'informatique ! » affirment scientifiques et  chercheurs à Varsovie, mais aussi à Washington ou à Londres. Début mars, pour l'ouverture de la grande Semaine de l'Informatique à Hanovre, Pawlak inaugurait le Stand de la Pologne, sous une banderole triomphante : « L'Informatique, Spécialité Polonaise ». Il explique : « En jumelant l'excellente formation des jeunes cadres informaticiens polonais et les Fonds de l'Union européenne consacrés aux innovations, l'informatique peut devenir bientôt une des spécialités les plus importantes de la Pologne ».

 

Jan Enfer, directeur de Télémain, une PME polonaise d'informatique, énonce les trois clés du succès polonais. « En 1989, nous étions en retard dans tous les domaines. Aujourd'hui, nous avons les ressources humaines, l'accès aux technologies et, en plus, nos produits ne sont pas chers ! Le compte y est ! »

 

  

Un vivier de jeunes informaticiens

Premier constat : dans ce pays, la valeur du marché informatique ne cesse de croître. De 7 milliards d'euros en 2007, elle est passée à 9,2 milliards en 2010. Sur trois ans, selon les prévisions, elle devrait augmenter d'environ 13% chaque année. Résultat : pour l'informatique, la Pologne est aujourd'hui un des marchés les plus dynamiques d'Europe. 

 

Deuxième constat : l'effectif des étudiants  polonais en informatique progressent en permanence. Dans 427 établissements supérieurs (publics et privés), 40 000 jeunes  étudient l'informatique et 14000 en sorte diplômés chaque année. Profil indispensable : multilinguisme, capacité à manager, adaptabilité, acceptation d'une formation permanente et régulière.

 

La Pologne est ainsi devenue un véritable vivier de jeunes informaticiens. 47% d'entre eux, par ailleurs, se déclarent prêts à émigrer pour exercer leur métier. De plus en plus, ils décrochent les premières places dans les concours internationaux : Microsoft Imagine, Google Code Jam, TopCoder... Certains sont  recrutés par les plus grandes sociétés d'informatique et 300 travaillent déjà dans la Silicon Valley.    

 

Les données de Lewiatan, la Confédération des employeurs privés, témoignent de la demande importante de travailleurs polonais en Allemagne, qui a aujourd'hui besoin de 30 000 informaticiens, autant d'ingénieurs et environ 50 000 personnes pour s'occuper des personnes âgées.

 

Troisième constat : le niveau des salaires n'est bien sûr pas étranger à l'engouement pour cette discipline et à cette réussite spectaculaire. En Pologne, le salaire d'un jeune informaticien se situe entre 6500 et 9800 zlotys (1625 et 2500€), alors que le salaire moyen polonais est deux à trois fois inférieur (3400 zlotys soit 850 €).

 

La Pologne a été le seul des 27 pays de l'UE à ne pas avoir connu de récession pendant la crise économique. En 2010, l'inflation a dépassé les 3%, mais les perspectives de croissance pour 2011 tournent autour de 4%. À Varsovie, on s'attend à ce que la prospérité informatique booste l'emploi. En effet, les effectifs dans le domaine de l'informatique progressent en permanence. Depuis trois ans, chaque année, il manque entre 8 et 10 000 informaticiens.

 

 
haut de page

A propos de cet article

Auteur(s) : François Gault, Varsovie

Mots clés : plombier, polonais, informaticien, qualification, brain drain, fuite des cerveaux