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Avoir vingt ans au Bénin aujourd'hui

par Valery Marius Houalanou, SICS - 04 Avril 2011

Vingt ans après le début de l'exercice démocratique, la jeunesse béninoise semble ne pas encore retrouver ses repères, tâtonne ou hésite entre les sentiers tracés par les différents régimes qui se sont succédés. Cette jeunesse, pleine de convictions, mais écoeurée par les promesses électorales, est chloroformée par les programmes (service militaire d'intérêt public, projets d'insertion des jeunes, fonds national pour la promotion de l'emploi des jeunes...) du régime actuel qui a mis les petits plats dans les grands dans un pays qui n'a comme ressources que les recettes fiscales et les aides extérieures. Metis reprend ici un article publié par www.prospective.fr .

 

benin

En réalité la majorité de ces programmes offre des emplois déguisés et temporaires pour absorber les milliers de diplômés qui sortent chaque année de nos universités publiques comme privées. Ces emplois rémunérés à moins de 70 € par mois, soit moins d'un demi € par heure de travail, sont de véritables trompe la faim et justifient bien le désarroi qui s'empare du jeune béninois. Il vit généralement encore à la charge des parents jusqu'à un âge très avancé et éprouve une certaine réticence vis-à-vis du mariage. Beaucoup, à l'âge de trente-cinq ans, voire quarante ans, sont encore célibataires ou à la rigueur entretiennent des relations libres, car ils n'ont pas les moyens de prendre certaines responsabilités dans un pays où l'espérance de vie tourne autour de 60 ans.

 

Le système de sécurité béninois ignore royalement la jeunesse : pas d'indemnité de chômage, ni d'allocation aux diplômés sans emploi. Aucune aide ou prise en charge n'est prévue pour elle, sauf pour les mineurs, et ceci sous la couverture de leurs parents salariés. Cette couverture, d'ailleurs sanitaire, est en partie constituée par les parents à travers les jeux de cotisations sociales et d'allocation familiale.

 

Cybercriminalité lucrative

Cette jeunesse, toujours en quête du mieux-être, abandonne peu à peu le rêve européen et même américain pour se consacrer depuis son avènement en provenance du géant de l'Est, le Nigéria, au job le plus lucratif depuis nos indépendances : le computer, autrement dit la cybercriminalité. "Le « scam » (« ruse » en anglais), est une pratique frauduleuse d’origine africaine, consistant à extorquer des fonds à des internautes en leur faisant miroiter une somme d’argent dont ils pourraient toucher un pourcentage" indique Hugues A. Ahounou dans un article sur le Bénin : terre promise des gaymen. Ce nouveau business rapporterait en moyenne 1 000 € par mois pour les gagne-petit et entre 20 000 et 50 000 € au moins par an pour les patrons des groupes organisés.

 

Ainsi, perplexe et déboussolée devant un avenir incertain, la jeunesse tombe aujourd'hui dans la déchéance. Tous ont le regard tourné vers l'Internet qu'ils considèrent comme une vache à lait. Il suffit de traire pour frôler cet équilibre financier, social et psychologique tant recherché et convoité dans un pays où le népotisme réserve à la jeunesse des chances inégales. Alors, ils sont des milliers chaque jour, âgés de vingt ans en moyenne, lettrés comme demi-lettrés, cadres ou non, désœuvrés, sans emplois ou au chômage, à arpenter les rues de Cotonou à la recherche d'un cybercafé ou ils espèrent bien trouver un internaute en ligne qui voudra bien se prêter à leur jeu et tomber dans leur piège. « Il faut travailler encore et encore, car seul le travail paie », se disent-ils et ils sont prêts à travailler douze heures d'affilée par jour ou à veiller toute la nuit en pianotant sur le clavier. Tout ce que la jeunesse a d'ingéniosité, de conviction, d'assiduité, de fougue et d'énergie, voilà comment elle réussit à le recapitaliser.

 

Malgré les intimidations et certaines mesures du gouvernement le nombre de « gaymen » professionnels, comme on les appelle, ne cesse d'augmenter. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, sans une bonne politique d'orientation et de prise en charge des jeunes, la cybercriminalité est une entreprise qui ne périclitera pas. Car « l'incertitude est la nuit où éclosent les vices les plus inattendus ».

 

Repère :

Le Bénin est un petit pays de l'Afrique de l'Ouest donnant le golfe de Guinée. Il est limité au Nord par le Burkina-Faso et le Niger, à l'Ouest par le Togo et à l'Est par le Nigeria. Pour une superficie de 112 620 km², il compte environ 8 millions d'habitants, un sur 100 est fonctionnaire. La principale activité est l'agriculture. Porto-Novo est la capitale, Cotonou la première ville.

 


 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Valery Marius Houalanou, SICS

Mots clés : jeunes, Benin, Afrique, protection sociale, chômage, cybercriminalité