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Bilan social de l'Union européenne :  carrefour ou terminus ?

par - 28 Juin 2012

Chaque année depuis 12 ans, l'Observatoire social européen (OSE) publie le « Bilan social de l'Union Européenne », en collaboration avec l'Institut syndical européen (ETUI). La nouvelle édition intervient dans un contexte de crise aigüe qui voit les fondements mêmes de l'Union européenne vaciller. À mi-chemin entre l'analyse scientifique et l'outil politique, l'ouvrage vise autant, selon ses auteurs, à informer qu'à influencer les principales parties prenantes aux décisions européennes. Entretien avec David Natali, directeur scientifique de cette nouvelle édition.

 

carrefour europe

L'année 2011 a été riche en rebondissements, sur quoi avez-vous décidé de vous concentrer pour cette nouvelle édition du « Bilan social de l'UE »?

Comme d'habitude, nous avons cherché à donner un aperçu des principaux développements intervenus au niveau de l'Union européenne en matière de politiques sociales, prises au sens large. Cela inclut donc des questions économiques ou de gouvernance par exemple. L'actualité nous a évidemment imposé de traiter de certains sujets, comme les différents outils mis en place pour faire face à la crise de la dette. Mais nous avons également souhaité tenir compte du débat scientifique, ainsi que des préoccupations des acteurs directement impliqués dans les processus européens. C'est le cas notamment des interrogations des partenaires sociaux entourant l'utilisation des fonds structurels européens dans le cadre de la crise.

 

Pour ce faire nous avons sollicité les experts « habituels » de l'OSE et de l'ETUI pour qu'ils livrent leur analyse des évolutions européennes en matière de lutte contre la pauvreté, de réforme des systèmes de soin de santé, d'impact des politiques d'austérité ou encore des grandes décisions judiciaires qui ont marqué l'année 2011.

 

Mais nous avons également souhaité donner la parole à des acteurs politiques et/ou des intellectuels de premier plan, aux orientations diverses mais partageant un même intérêt pour l'Europe. L'ancien premier ministre italien et ancien vice-président de la convention européenne, Giuliano Amato ou encore Roger Liddle, membre de la Chambre des Lords britannique lié au « New Labor » et ancien président du « think thank » Policy Network, ont ainsi accepté de partager leurs impressions et inquiétudes quant aux récents bouleversements ayant agité l'Union européenne.

 

Au-delà de la variété des sujets traités dans cet ouvrage, quelles conclusions en tirez-vous?

L'impression que l'Union européenne est arrivée à un carrefour. Pendant la guerre froide, on avait l'habitude d'évoquer l'horloge qui nous rapprochait inexorablement de la catastrophe nucléaire. Cette fois, c'est le chronomètre de l'Union européenne qui est en marche et il semble nous amener tout droit à la crise finale. Qui peut dire si dans un an l'Union européenne existera toujours dans sa forme actuelle? On parle beaucoup de la sortie de la Grèce de la zone Euro. Une telle issue pourrait contribuer à alléger les tensions sur la monnaie unique, mais elle pourrait aussi ouvrir des dynamiques inconnues et entrainer d'autres États dans la même direction.

 

Il est donc urgent pour l'UE de retrouver sa capacité à avancer des projets communs et surtout à les mettre en place. Elle doit aussi aborder le problème des déséquilibres entre l'Allemagne et le reste des États membres. La situation de divergence croissante qu'on observe actuellement ne peut pas durer. Il y va de l'intérêt de l'Allemagne comme de celui du reste de l'Europe. Idem pour le Royaume-Uni. Les Anglais ne peuvent rester indéfiniment à la fois dans et hors l'UE. Mais ces problèmes nécessitent des solutions politiques aux implications diplomatiques et économiques complexes.

 

Vous êtes vous-même l'auteur d'un chapitre sur l'avenir du modèle social européen, quel jugement portez-vous sur ce dernier ?

2011 a été le théâtre d'une inquiétante nouveauté. Pour la première fois, une autorité européenne de premier plan a explicitement remis en cause le modèle social européen. Il s'agissait de l'actuel président de la BCE, Mario Draghi, qui a affirmé que le modèle social européen était mort. Cette question va donc être essentielle pour l'année à venir. Et pour l'instant, force est de constater que la situation est plutôt sombre. Les partenaires sociaux - en particulier le mouvement syndical - semblent coincés. Ils n'ont pas su trouver d'alliance stratégique avec d'autres partenaires politiques ou économiques capables de changer le paradigme allemand. Or, si on continue à ne miser que sur l'austérité pour sortir de la crise, on peut dire adieu au modèle social européen.

 

Dans ce contexte, la proposition du bilan est de retourner à la logique « traditionnelle » qui a inspiré la construction européenne, une logique incarnée par Jacques Delors. Selon lui, on ne pouvait faire l'Europe sans coopération et sans solidarité. Depuis 1957, il y a toujours eu une forme ou une autre de mécanisme de compensation visant à pallier aux déséquilibres inhérents au processus de construction européenne, à l'image de la PAC ou des fonds structurels. Plus récemment, on a tenté de mettre en place différents fonds d'assistance destinés à répondre à la crise de l'Euro, mais ceux-ci ne marchent pas. Ne peut-on pas imaginer d'autres instruments, comme les Eurobonds par exemple? Tout est possible, mais il faut agir.

 

 
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A propos de cet article

Mots clés : Observatoire social européen, bilan social, ETUI, 2012