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Ça Trump énormément !

par Claude Emmanuel Triomphe - 14 Novembre 2016

Dans un précédent édito, Metis vous invitait à résister au pessimisme ! Après le Brexit et autres joyeusetés d'ici ou d'ailleurs, voilà que nos cousins américains nous infligent le « T » - test ! Mercredi dernier, nous avons été nombreux à ne pas y croire. Comment un individu sexiste, raciste, homophobe, tricheur, menteur, grotesque et j'en passe, a-t-il pu accéder à la présidence des USA ? Incroyable mais vrai. Tristement vrai même s'il faut faire la part entre faire campagne et gouverner. Que faire ?

 

liberté


Comme certains d'entre vous, j'ai découvert l'article que Michael Moore avait écrit en juillet dernier où il expliquait, à l'encontre de bien de ses fans, les cinq raisons pour lesquelles Donald le méchant allait vaincre. Pour celles et ceux qui ne l'ont pas encore lu, jetez y un œil. La précision, a posteriori, est saisissante. Et plus que convaincante.


Faut-il encore s'en étonner ? On nous avait déjà fait le coup du Brexit qui ne passerait pas. On a vu. Du FN qui resterait contenu. Là encore, on a vu ? De l'Est, de la Pologne, de la Hongrie, pour ne pas parler de la Russie ou de la Turquie, qui allait adhérer à nos valeurs. Vous voyez toujours ?


Le sentiment d'être menacé, à tort ou à raison, voilà la menace. Fin de la suprématie de l'homme blanc, fin de sociétés mono-culturelles ou prétendues telles, fin de l'ère industrielle, fin d'une mondialisation prétendument heureuse : ces retournements ne trouvent aujourd'hui pas de réponse autre que celles de sécurités et de murs en tous genres. Mais à quoi sert-il de dénoncer leur vacuité si d'autres réponses, attractives et crédibles, ne sont pas forgées ?


Nous avons été terriblement touchés par la violence fondamentaliste alimentée par des utopies qui prétendent nous purifier. Et ce, alors qu'elles n'ont fait que détruire. Détruire des hommes, des femmes, des cultures et toutes sortes de liens qui permettaient, tant bien que mal, à des communautés de vivre ensemble. Mais si ces utopies prolifèrent, notamment en Europe, c'est bien qu'elles ne trouvent face à elles que de l'eau tiède. Que des accommodements en forme de renoncements. Le logiciel néolibéral a montré les dégâts dont il était capable. Le problème c'est que la seule proposition du côté social-démocrate a été de les limiter. Et que celle-ci a atteint justement ses limites. Quant au côté écolo, nous fait-il encore rêver ?


Il est donc plus que temps de nous réveiller. Pas pour nous lamenter. Pour résister. Mais à quoi ? A tout ce qui nous tire vers le bas sans doute. Mais aussi à nous-mêmes et à notre arrogance, celle qui nous amène trop souvent à sous-estimer, négliger, mépriser. Ce serait déjà pas mal. Mais ce n'est évidemment pas suffisant. Mais résister aujourd'hui c'est regarder vers le haut, c'est plus que jamais imaginer, créer, tisser, construire. Pour redonner du sens à l'humanité. Pour faire vivre en elle cette valeur qui fonde notre République, la fraternité. Bref résister, c'est s'engager.


Il nous reste donc à passer un cap. A nous dépasser en quelque sorte pour surmonter des pulsions, les nôtres et celles des autres, souvent bien délétères. C'est le grand défi de notre temps, loin du galimatias des primaires de droite ou de gauche, loin du relooking des vieilles recettes, des propositions qui n'ont plus rien à voir avec l'état du monde et de ses transformations.


Volontarisme que tout cela ? Non. Le succès des Sanders et autres Corbyn, celui des millions d'initiatives et d'innovations qui parcourent le monde montrent que l'aspiration au meilleur est possible. Reste à leur donner une traduction politique crédible, et donc à faire le ménage, dans nos représentations comme chez nos représentants. Cela dépend d'abord de nous. N'attendons pas des autres qu'ils fassent à notre place. Engageons-nous nous si nous voulons que l'horizon se dégage. Et que d'autres dégagent.

 

PS: il n'y a pas que la victoire de Donald T qui nous laisse un goût amer. Il y a aussi la disparition de Leonard Cohen. Hallelujah envers et contre tout !

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : Trump, Etats-unis, USA, utopie, néolibéralisme, Brexit, Pologne, Hongrie, Turquie, Russie,social-démocratie, résister, engagement, mondialisation, primaires, Claude-Emmanuel Triomphe

 
 

Réactions

  • 18/11/2016 10:58

    par Martine Theveniaut

    Une réflexion conduite dans une perspective de transmission. Le passage de relais risque d’être d’autant plus brutal que la situation générale caractérise la fin d’un monde dans lequel les sécurités qu’apportaient les solidarités se sont affaiblies. La bonne volonté n’empêchera pas, à elle seule, les effondrements auxquels nous assistons. Mais l’impuissance, le désespoir, le cynisme, la revanche, les bunkers de l’ego, les stigmatisations du « c’est la faute à » nous enfoncent encore plus. Sauf à vivre dans l’attente du naufrage dont la possibilité n’est pas exclue, mieux vaut parier, identifier et nommer les ressources dont nous disposons, pour délimiter l’impact des dominations et ne plus nous y soumettre. Nous sommes un certain nombre, auréolés de cheveux argentés, à déplorer que la jeunesse ne nous rejoigne pas, ou peu, dans nos mouvements. Il faut bien reconnaître que nous avons été bien peu loquaces pour exprimer et décrire comment les chemins de l’inventivité font grandir une vie. À l’inverse, avons-nous tiré objectivement les leçons de celles de nos intentions qui n’ont duré que le temps d’une opportunité ? En l’absence d’un débat de fond sur les finalités, le système politique a perdu beaucoup de sa légitimité. Pour que l’aliénation de nos pouvoirs créatifs ne devienne pas « l'alliée de nos propres fossoyeurs » , il faut déconstruire et nommer avec des mots justes les carences de systèmes obsolescents qui absorbent l’énergie de transformation sociale d’habitants-citoyens pour se maintenir en place. Une chose est sûre, si celles et ceux de ma génération ne se sentent pas concernés par le désir de transmettre, les jeunes pousses seront laissées à elles-mêmes pour grandir. Cette recherche entend montrer comment des réalisations, suffisamment nombreuses et significatives, entretiennent une espérance d’avenir sous les vents contraires qui arrachent ou déplacent les repères, comme à plaisir ! Ce bilan critique, tourné vers l’avenir se propose comme une occasion de dialogue avec la génération qui nous suit. « C’est à l’humanité tout entière que s’adresse cet appel. Mais, à cet endroit-là, en ce moment, l’humanité c’est nous, que ça nous plaise ou non ! » .

  • 15/11/2016 10:40

    par jean KASPAR

    Merci à Claude Emmanuel pour ce bol d'oxygène. Oui se lamenter ne sert à rein il faut se ressaisir et se dégager d'une culture issue du 19ième siècle qui nous a conduit à donner une place trop importante à l'idéologie, à la volonté de changer de société plutôt qu'à la transformer, à l'idée que le politique était le seul moteur du changement oubliant le rôle des acteurs économiques, sociaux, associatifs et culturels, négligeant la recherche du compromis c'est à dire la recherche de ce point d'équilibre qui nous permet de mieux vivre ensemble. Les clivages issus du 19ième siècle sont totalement obsolètes. Il faut créer l'union des progressistes c'est à dire de tous ceux qui croient que la société idéale n'existe que dans la tête des totalitaires et des intégristes qu'ils soient politiques, religieux, culturels ou sociaux. Notre grandeur c'est d'agir au quotidien pour petit à petit faire progresser des valeurs toute simple: permettre à chacun(e) de construire son destin, de participer à à la construction de notre destin collectif, faire en sorte que chacun puisse avoir une activité, aider ceux qu'un type de développement économique a laissé au bord du chemin, mobiliser les hommes et les femmes pour mieux partager les richesses et faire en sorte que le progrès des techniques et de la science soit au service de tous. Nous devons nous réveiller pour préserver notre planète, croire qu'il n'y a pas de fatalité et qu'un monde plus juste et fraternelle est possible car malgré les difficultés il est déjà en gestation grâce à l'action de ces hommes et de ces femmes qui au quotidien agissent et ne se contentent pas de rêver à la société idéale mais la construisent au quotidien. La culture issue du 19ième siècle nous a conduit à construire des murs alors qu'il nous faut construire des passerelles et des ponts. Ce qui doit nous unir ce n'est pas une vision idéologique ou politique mais un projet mobilisateur autour des valeurs humaines, autour de l'idée que le but d'une société ce n'est pas la production de richesse mais la production des moyens permettant à chacun de vivre et de développer son humanité... Il est urgent de faire de la fraternité cette valeur de la République laissée totalement en jachères le moteur de l'action collective.

  • 15/11/2016 08:37

    par Tristan Klein

    Merci de cette chronique. Oui, devant cette mauvaise surprise, sans renoncer à la nécessaire et utile part de dénonciation individuelle, il me semble essentiel de faire avec et pour lutter contre tout ce qui nous tire vers le bas, retrouver confiance en repassant par le terrain. Pour ceux qui y sont englués, cela veut dire aussi que les autres soient capables de renouer des solidarités d'acteurs pour s'entraider. Là où le populisme met en avant le "vous" et la haine de l'autre, retrouvons le fil du "nous" et cultivons l'entraide.