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« Congelez vos ovocytes », business as usual !

par Laurène Fauconnier - 20 Octobre 2014

Apple et Facebok prendraient-ils leurs employées pour des quiches ? « Nous offrons à nos salariées de financer la congélation de leurs ovocytes ». Telle est la proposition des deux géants du net. Une extension de l'assurance santé en quelque sorte, si ce n'est qu'il ne s'agit pas de santé, dans un pays, les USA, où toutes les femmes sont autorisées à congeler leurs ovocytes à leurs frais. Le monde de l'entreprise s'empare d'une question qui relevait jusqu'alors de choix individuels devenus possibles grâce au progrès scientifique. Ce faisant, il en fait un enjeu d'entreprise qui en dit long sur sa conception des ressources dites humaines, du travail, du management et finalement de la course au profit.

 

grossesse

Cette annonce a le mérite d'être assez explicite. En termes clairs, une salariée enceinte représente un coût (absentéisme, baisse de productivité, remplacement...) et cela conduit donc à ne pas lui donner de promotion. Bref, tout le monde est perdant. On pourrait gloser longtemps sur cette conception comptable, à courte vue et marquée du sceau d'atavismes culturels, mais les faits sont là. Les salariées redoutent en effet de mettre en péril leurs carrières si elles mettent en route un enfant. En Europe, on tente, au travers des politiques d'égalité professionnelle, de faire évoluer les mentalités et d'adopter des mesures correctrices, les pays scandinaves étant en pointe à cet égard. Aux Etats Unis, les entreprises ne sont pas réputées pour encourager la « gender equality ». En 1990, les Etats unis occupaient la 6ème place pour l'activité féminine au sein de l'OCDE, en 2010, ils occupaient la 17 ème place. Un recul dû principalement aux politiques d'égalité développées ailleurs dans le monde.

 

Apple et Facebook s'attaquent donc directement à ce qu'ils estiment être un facteur de baisse de productivité et la cause des disparités professionnelles entre hommes et femmes : la différence biologique, la grossesse. N'engendrez pas afin de vous consacrer pleinement à l'entreprise et rester compétitives et vous serez traitées à l'égal des hommes. Les grossesses sont mauvaises pour le business, mais les femmes sont les bienvenues dans le monde du travail, voilà le postulat qui prime. Les entreprises ont en effet besoin des compétences des femmes, et pas seulement dans le numérique. La solution : retarder leur grossesse, voire y échapper, ces femmes ne seront peut être plus dans l'entreprise dans 10 ans ou le bébé envisagé n'arrivera pas ou encore elles renonceront. Le coût des congélations est un investissement qui rapportera plus qu'il ne coûtera. D'ailleurs, l'histoire ne dit pas ce qu'il adviendra quelques années plus tard de la carrière et du coût de l'indisponibilité des grossesses retardées. Le pari des entreprises, c'est qu'il y en aura moins et que l'opération sera donc rentable.

 

Les salariées sollicitées vont-elles entendre au travers de cette proposition que pour leurs employeurs grossesse et carrière sont incompatibles et que pour y remédier la balle est dans leur camp et seulement dans leur camp ? Vu d'Europe, un cynisme assuré, affiché et tranquille.

 

De nombreuses compagnies ont été crées lorsque la loi américaine a autorisé la congélation des ovocytes, les cliniques de maîtrise de la fertilité se sont développées. Pourquoi pas ? Le problème c'est que les intérêts financiers ne sont jamais loin. Les compagnies font beaucoup de lobbying en la matière et se frottent les mains suite à l'annonce de Facebook et d'Apple. Par exemple Extend Fertility, « la première entreprise qui permet aux femmes de prendre le contrôle de leur fertilité via la congélation de leur ovocytes », ou Eggbanxx qui aide les femmes à financer ce choix et qui organise des « egg-freezing parties » un peu partout aux Etats unis. Un processus de prélèvement coûte environ 10 000 $ (il en faut au moins deux) et a minima 500 $ par an pour la conservation. Business as usual.

 

Une salariée de la Silicon Valley interviewée ces jours-ci déclarait : « j'ai 32 ans et je n'ai pas encore trouvé l'homme qu'il me faut, je vais peut être accepter cette proposition au cas où je tarderais à le rencontrer ». A proposition cynique, réponse opportuniste.

 

Crédit image : CC/Flickr/Scarlet Lark

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Laurène Fauconnier

Mots clés : égalité professionnelle, travail, carrière, management, Apple, USA, Facebook, Laurène Fauconnier

 
 

Réactions

  • 21/10/2014 10:34

    par bridie lehuenen

    Merci Chère Laurène pour votre article qui fait suite à une actualité qui fait froid dans le dos ! amitié.