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Crise : changer de politique sociale

par Claude Emmanuel Triomphe - 18 Novembre 2008

Triomphe article

Depuis des semaines, les medias sont saturés d'avis d'experts « ès crise ». Peu l'avaient anticipée mais tous y vont de leurs commentaires, pronostics, recommandations et autres solutions.
Metis essaie de comprendre, tout en essayant de percevoir ce que tout cela peut produire pour ce qui nous tient à cœur, le travail, le modèle social et la manière dont l'Europe peut, y compris à la faveur de la crise, avancer.

Comprendre

Les économistes, très divers, que nous avons interrogés aux quatre coins du monde, nous disent que cette crise n'arrive pas par hasard, qu'elle va bien au-delà d'une crise financière ou de liquidités, qu'elle révèle et catalyse des mouvements beaucoup plus profonds. La croissance mondiale était largement tirée par la Chine, l'Inde et les autres économies émergentes ; elle était aussi bien alimentée par l'endettement, notamment immobilier. Le tout sur fond d'une croyance martelée en l'auto-régulation et la nécessité d'une adaptation généralisée. Que va-t-il rester de tout cela ? Obama - la bonne nouvelle dans cette spirale négative - et la Chine suffiront-ils à relancer le système ? L'injection massive de fonds publics dans les banques - et vous noterez que les contreparties ont été minimales au Royaume Uni, en France ou ailleurs, ce qui vu les dégâts paraît inouï - va-t-elle remettre le crédit à flots et sauver des milliers de PME au bord du gouffre ? Les régulations discutées à Washington s'arrêteront-elles au seul système financier, comme c'est probable, ou bien ira-t-on plus loin sur le chemin d'une coordination économique plus poussée et d'une relation plus saine entre la sphère financière et l'économie dite réelle ? L'Europe en tirera-t-elle des conclusions pour elle même ? Ou bien, une fois passée l'hyperactivité de Sarkozy, poursuivra-t-elle sur sa trajectoire terne, dénuée autant de cohésion que d'ambition ?

Réviser

Quelle que soit la sympathie que l'on peut avoir pour Obama, et il faut bien avouer, qu'en comparaison, les leaders européens sont bien pâles, la crise risque de bousculer son programme de « changement », de faire évoluer ses priorités. Elle pousse à repenser l'économie et le social. A cet égard, le programme du président élu - que Metis vous présente - s'il est innovant aux yeux des Américains n'a rien de révolutionnaire pour un Européen : allongement de la couverture chômage, assurance maladie universelle, renforcement du droit syndical.... Mais quid d'un nouveau deal européen ? En 2000, l'UE s'était mise d'accord sur une stratégie décennale de progrès économique et social, dite stratégie de Lisbonne qui misait à la fois sur la société de la connaissance, l'innovation et la cohésion sociale. A deux ans de l'échéance, nous sommes loin du compte. La flexicurité allait réaliser l'équilibre des contraires mais si la flexibilité a beaucoup avancé, la sécurité, elle, a nettement reculé. La crise nous contraindra-t-elle à procéder là aussi à une révision salutaire ? L'Europe était en mal de perspectives pour la jeune génération. La voilà - et la France encore plus que d'autres - au pied du mur pour bien d'autres : seniors, minorités dites visibles, travailleurs « atypiques » et tous ceux qui immanquablement vont dérouiller dans la finance, l'automobile, la construction, victimes des restructurations de crise qui ont commencé ou des restructurations de compétitivité qui vont continuer. Soyons sérieux et sachons inventer autre chose que le travailler plus, que la rupture plus aisée du contrat et la construction individuelle d'une employabilité aléatoire.

Innover

Les pouvoirs publics ont voulu en France et en Europe se défausser de bien de leurs responsabilités. Les voilà appelés à la rescousse de toutes parts. Et l'on voit bien qu'ils s'y résolvent, parfois difficilement. Les réformes entreprises depuis 10 ans vont-elles dans le bon sens ? Prenez l'exemple des services publics de l'emploi « restructurés » dans de nombreux pays et du « Pôle Emploi » français qui, péniblement, sort de terre. Sauront-t-ils s'adapter à la situation d'aujourd'hui ? Pour lutter contre les restructurations qui pleuvent, le retour aux contrats aidés et l'extension des contrats de transition professionnelle suffiront-ils ? Allons-nous revenir, faute de mieux, aux prétraites massives ? On veut en finir avec les 35 heures : ne serait-il pas plus intelligent de mettre au point une combinaison efficace entre temps réduit et formation tout au long de la vie ? La France est engagée dans des négociations sociales tous azimuts : aurons une pensée et des actes conséquents pour tous ces salariés précaires, victimes déjà toutes désignées, et probablement résignés ? Saurons-nous articuler réformes structurelles et justice sociale ? La période qui s'achève n'a pas vraiment été exemplaire du point de vue de l'équité. Petite idée au passage : vu les dérives et la responsabilité du secteur financier dans la crise, pourquoi ne pas appliquer le principe pollueur-payeur ? Il ne serait pas injuste qu'il contribue au financement des coûts sociaux occasionnés, via un fonds de solidarité spécifique ! Enfin, que penser du silence syndical, qui sévit en Europe comme en France où l'on a l'impression que les prud'hommes éclipsent tout le reste ? Nous avons pourtant un impérieux devoir : celui de résister et d'innover. A nous, à vous de s'y mettre. De dire ce qui ne peut plus aller et ce qui devrait émerger. À l'image de notre nouvelle rubrique "Manager sous X", où des responsables d'entreprises écrivent, sous couvert d'anonymat, ce qui leur tient à cœur. A vous de l'alimenter, dans l'esprit de Metis. Et si d'autres lecteurs et acteurs veulent s'y mettre, chiche !

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : crise économique, crise sociale, protection sociale, économie,

 
 

Réactions

  • 25/11/2008 15:56

    par Philippe Vouters

    Je crois qu'il est urgent de remettre le travail qui produit du progrès dont le monde a besoin à l'honneur en mettant un gros bémol sur l'enginierie financière qui n'a servie qu'à s'accaparer les richesses monétaires du monde en valorisant le dumping social à l'échelle planétaire. Pourquoi en France, ne nous tournons pas vers des produits de plus en plus élaborés et aux meilleurs coûts, méritant la taxe sur "la valeur ajoutée". Pourquoi ne nous engageons pas vers le meilleur rapport qualité/prix, au lieu de rechercher constamment le plus bas coût grâce à un dumping social planétaire et suite à quoi ne pouvoir consommer que de la merde qui personnellement ne me satisfait pas.