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Crise de l'Europe : le nécessaire retour à la question démocratique

par Claude Emmanuel Triomphe - 30 Août 2012

 

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Les vacances d'été nous permettent parfois de faire des sauts hors d'Europe et de découvrir d'autres mondes. Autres sociétés, autres cultures, autres situations : du point de vue de l'Asie de l'Est, du Sud ou du centre comme du point de vue de nombreux latino-américains, la crise qui nous hante paraît aujourd'hui autant incongrue que liée à un continent - l'Europe - dont le modèle ne fait plus autorité. Il en va de même du théorème selon lequel l'alliance entre marché et démocratie constituerait la voie royale de la prospérité : certaines réussites semblent aujourd'hui démentir - au moins temporairement - cette hypothèse, par ailleurs plutôt récente dans l'histoire européenne. Bref, ce qui interroge « les autres », c'est à la fois notre capacité à agir et la force que nous procure l'état démocratique.

 

Notre capacité à agir tout d'abord. Depuis la fin des années 1990, l'intégration  européenne s'est grippée. Des divergences croissantes entre Etats membres - pour ne pas mentionner les blocages quasi systématiques de certains d'entre eux, Royaume-Uni en tête - des élites nationales repliées sur elles-mêmes et dépourvues de visions et d'ambitions communes, un élargissement réalisé sans aucun approfondissement ont, entre autres, abouti à de nombreux errements : une monnaie dépourvue de gouvernance économique, une incapacité à intervenir de manière commune face aux crises majeures financières, sociales ou géopolitiques, une construction devenue illisible pour l'immense majorité des citoyens du continent.

 

Notre force démocratique ensuite. En dépit des errements préoccupants de certains, aucun pays de l'Union n'a à ce jour basculé dans des systèmes dictatoriaux ou autoritaires et, partout ou presque, la société civile montre de belles énergies. Mais dans beaucoup de pays, force est de constater d'inquiétantes progressions : celle de l'abstention aux élections, celle de la corruption et des conflits d'intérêts, celle de la distance entre dirigeants et dirigés, mandants et mandataires. Ce qui est vrai pour la démocratie politique l'est à bien des égards aussi pour sa composante sociale, si chère aux lecteurs de Metis ! Quant au niveau proprement communautaire, il reste largement embryonnaire et fragmentaire et n'est, en ces matières, guère plus exemplaire. 

 

Agir commun et démocratie ont partie liée. La restauration de l'un ne peut pas - ne peut plus ! -  continuer à faire l'impasse sur l'autre. La solution à la crise européenne va aujourd'hui bien au-delà des questions de la stabilisation financière et de résorption de la dette publique : elle passe par une nécessaire clarification de ceux qui veulent en être (ou pas), elle requiert la (re)construction  d'une vision commune comme de mécanismes démocratiques appropriés permettant à chacun(e) d'en devenir les acteurs à tous les niveaux : villes et territoires, entreprises et secteurs, Etats et Union. Reste à savoir quel pourrait être l'aiguillon d'un tel sursaut. La pression des angoisses d'avenir qu'évoque Michel Rocard dans l'entretien accordé à Metis. La décision tant attendue de la Cour Constitutionnelle allemande sur le Mécanisme européen de stabilité qui tombera le 12 septembre ? Une révolte des peuples marqués par une austérité aveugle ? Une crise géopolitique majeure ? Un nouveau tsunami financier ? 

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : crise, délocratie, Union européenne, Claude-Emmanuel Triomphe