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Des Comités des Forges au Medef

par - 25 Juin 2008

fraboulet

Entretien avec Danièle Fraboulet. Cette historienne, spécialiste des organisations patronales, vient de publier aux éditions Septentrion, "Quand les patrons s'organisent, stratégies et pratiques de l'Union des Industries Métallurgiques et Minières 1901-1950".

 

Quand apparaît la question de la représentativité pour les organisations patronales ?

 

Il faut remonter à la fin de la première guerre mondiale pour voir apparaître pour la première fois la question de représentation des organisations d'employeurs, plutôt que de représentativité. En 1919, pour tenter de trouver des solutions pacifiques aux conflits, les Etats créent la Société des Nations et mettent en place l'Organisation Internationale du Travail et le Bureau International du Travail, deux organismes internationaux plus spécifiquement chargés de traiter des questions sociales. Il fallait alors trouver des représentants français des employeurs et des salariés pour y siéger. C'est en partie pour cette raison qu'Etienne Clémentel, ministre du commerce décide de fonder une organisation patronale interprofessionnelle. Ainsi est née la Confédération Générale de la Production Française (CGPF) l'ancêtre de l'actuel Medef. Il existait peu d'organisations patronales à cette époque. L'Union des industries métallurgiques et minières, créée en 1901, dominait largement le paysage puisqu'elle représentant environ 60% de la production française. En fondant la CGPF, Etienne Clementel souhaite s'appuyer sur l'ensemble du patronat et non sur la toute puissance UIMM.

 

Comment a réagi l'UIMM à cette initiative ?

 

Ne pouvant contrer cette création imposée par Clementel, l'UIMM propose alors d'accueillir dans ses locaux cette nouvelle organisation et de lui proposer ses services, moyen de la contrôler. Cela a parfaitement bien fonctionné, l'UIMM, non seulement a maintenu sous sa coupe la jeune CGPF, mais ses dirigeants ont représenté les entreprises françaises à l'OIT et au BIT. Le fonctionnement et les méthodes de l'UIMM n'ont plus rien à voir avec ceux du vieux Comité des Forges qui n'était plus à la fin du XIXe siècle qu'un rassemblement de notables assoupis. Dès sa création, l'UIMM réunit des chambres professionnelles liées à un métier (dont le Comité des Forges) et des chambres régionales. Le succès de l'Union est lié à cette organisation qui lui permet d'accroître le nombre de ses adhérents et de peser sur les pouvoirs publics au niveau national et local. L'UIMM joue, dès le départ, un rôle d'expertise en fournissant, notamment aux commissions parlementaires, des enquêtes et des données sur des sujets sociaux en débat comme, par exemple, le temps de travail ou les retraites. L'UIMM a ainsi rapidement acquis une légitimité et une capacité à peser dans les décisions. Créée pour faire échouer le projet des Conseils du Travail d'Alexandre Millerand, ministre du commerce et de l'industrie, elle y est parvenue : il était en effet peu supportable pour le patronat de siéger au côté des représentants des salariés, L'UIMM souhaitait continuer à gérer sans partage les relations professionnelles.

 

La question de la représentativité des organisations patronales n'a-t-elle jamais fait débat ?

 

Cette question ne peut être appréhendée de la même façon que pour les organisations de salariés. Contrairement aux syndicats de salariés, qui ont vocation à représenter l'ensemble des travailleurs, les organisations patronales ne représentent que les intérêts exclusifs de leurs membres. Des divergences existent et peuvent se manifester. Ainsi, en 1936 au moment de la signature des accords Matignon, les petits patrons se sont dressés contre les dirigeants des grandes entreprises qui avaient conclu ces accords. L'UIMM a réglé le problème en octroyant une plus grande place dans ses structures aux PME. La CGPME n'a été créée qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce qui n'empêche pas les petites et moyennes entreprises d'être présentes aujourd'hui à l'UIMM et au MEDEF. Le patronat n'est pas un ensemble uni et homogène. Les intérêts des patrons peuvent être beaucoup plus divergents qu'entre organisations syndicales de salariés, cependant le patronat a cette très forte capacité à ne faire plus qu'un lorsqu'il s'agit de défendre ses intérêts. Cela étant dit, cette question de la représentation des employeurs ne pourra pas ne pas être bousculée par les évolutions de la fonction patronale - patron-propriétaire, dirigeant salarié -, du type d'entreprise - PME, grand groupe international -, et d'autre part par l'évolution du paritarisme et de la place de l'Etat.

 

 
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A propos de cet article

Mots clés : UIMM, comité des forges, représentatitivité, organisation patronale