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Des dangers d'un patronat de combat quand on a un syndicalisme réformiste

par Henri Vacquin - 03 Avril 2013

Depuis le 29 mars, on est au clair sur la représentativité syndicale via le résultat des élections (CE-DP) dans les entreprises de plus de 10 salariés, et ce jusqu'en 2017. A 0,77% près, la Cfdt (26%) fait jeu égal avec la Cgt (26,77%). L'ensemble des réformistes Cfdt, Cgc, Cftc sont majoritaires, sans compter Fo qui, du temps de la toute puissance de la Cgt, incarnait le réformisme et n'en a pas perdu toute trace dans son ADN. Quelle que soit la tactique actuelle de Fo, les 2 Cgt n'atteignent pas les 50% requis pour s'opposer à un accord interprofessionnel. L'accord du 11 janvier, qui eût souffert si les non signataires avaient disposé des 50%, s'en trouve d'autant plus légitimé.


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Depuis le 29 mars, la France dispose d'une majorité syndicale réformiste.
Mais depuis le 28 mars, on ne sait plus bien ce qui nous attend versant patronal. Des jours difficiles sont à prévoir car, des règles négociées, ultérieurement validées par la Loi, seront essentielles pour cadrer les violences en puissance latentes dans la société. Ce qui va se passer en milieu patronal revêt une importance toute particulière.


Nos patronats, dont la représentativité n'est pas moins problématique que celle des syndicats, se clivent comme le salariat : une masse d'indifférents à leurs institutions dans les Tpe et Pme (la majorité) et des patrons de moyennes, grosses et très grosses entreprises. Parmi ces derniers qui tiennent le manche des branches et des régions, le clivage le plus important s'opère entre libéraux classiques et ultra-libéraux.
Pour faire bref, les premiers sont des tenants du « Contrat » entre individus comme entre corps intermédiaires, mais sous l'égide d'un tiers, en l'occurrence l'Etat de Droit, pour marquer les limites de la relation à deux afin qu'elle ne soit pas fondée sur le seul rapport de force.


Les ultra-libéraux ne sont pas sur ce registre. Pour eux, le « Droit de l'économie » doit en amont tout gérer sur la planète et ici dans l'hexagone. Pour eux, l'individu comme le patronat est sans dette à l'égard de la société, c'est même cette dernière qui lui devrait tout. L'individu comme le patronat se construit seul, il est autonome et libre de contracter avec quiconque, et que le meilleur, c'est à dire le plus fort, gagne. Pour eux, le « Contrat » c'est du « one to one », sans un Etat de Droit qui tienne les rapports à égalité de dignité entre individus ou corps intermédiaires. Une conception très répandue en milieu patronal qui s'exaspère d'autant plus quand c'est la gauche, aussi sociale démocrate soit elle, qui est aux affaires et qui y cafouille quelque peu faute d'avoir la latitude de faire des miracles.


En l'état de l'irrationalité ambiante due à la crise, puisse le discours d'un Kessler ne pas être accueilli au Medef comme l'a été le discours de Mélenchon au congrès de la Cgt. Puissent les tenants de la négociation l'emporter. En l'état du discrédit politique actuel, nos corps intermédiaires syndicaux et patronaux ont l'opportunité sans précédent d'endosser la responsabilité (qui leur a trop manquée) de jouer la fonction de régulation sociale qui est la leur, et en l'occurrence de produire de la règle négociée. Celle-ci, de la double crédibilité syndicale et patronale pourra faciliter l'acceptabilité sociale. Mais pour y arriver, la condition à éviter est un patronat de combat.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Henri Vacquin

Mots clés : représentativité, syndicats, patronat, Henri Vacquin