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Ecole en Europe : des défis insurmontables ?

par Danielle Kaisergruber - 03 Mars 2011

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Partout en Europe, l'école et l'université sont en chantier. Les enseignants et la nature de leur travail sont sur le devant de la scène. On a enfin cessé de croire que c'était uniquement une question de moyens pour s'attacher à la structure même des systèmes éducatifs : centralisation et uniformité ou décentralisation et autonomie des établissements, et au métier des enseignants : transmettre des connaissances ou favoriser des apprentissages variés.
Partout l'éducation croule sous les diktats : trouver un métier, transmettre des connaissances, de la culture, un héritage historique, apprendre à apprendre. Et corriger les inégalités de la société, intégrer ceux qui viennent d'ailleurs, faire progresser tout le monde... Et puis ?

 

Reprenons : globalement et sur le parcours d'une vie professionnelle, en Europe et en France, les diplômes et un bon niveau d'éducation initiale protègent du chômage. Mais... le déclassement existe aussi en Europe et persiste : au Portugal, en Italie et même au Royaume-Uni ! Au fil du temps, et malgré des systèmes éducatifs très différents, les pays européens sont confrontés aux mêmes problèmes : hétérogénéité des élèves, éclatement des tâches des enseignants qui voient leur métier changer profondément et s'alourdir de nombreuses tâches comme en Finlande où les enseignants ont désormais un horaire de 35heures comme tous les fonctionnaires . Alfreda Ferreira da Fonseca vit ces changements au Portugal et les décrit. Il y a des « décrocheurs » partout : que penser du choix anglais de supprimer l'allocation au maintien dans l'école et d'aller jusqu'au bout de l'idée d'autonomie des établissements ?

 


Partout le système de formation initiale (école, collège, lycée et enseignement supérieur) détermine l'emploi et le métier de chacun le plus souvent, quoiqu'on en dise, pour toute une vie. Quelques constats :

 

- En France, l'orientation vers les filières professionnelles se fait toujours par défaut. François Dubet souligne qu'il en est de même pour les formations en alternance (« dépotoirs ») : assez paradoxal puisqu'en fait il faut davantage travailler lorsque l'on mène de front travail et cours...Le seul pays qui échappe à cette malédiction de l'apprentissage est l'Allemagne : avec un système dual qui perd du terrain mais structure toujours les formations professionnelles. En France tous les gouvernements successifs depuis des lustres ont fait des plans de « relance », ou de « revalorisation » de l'apprentissage, on peut devenir ingénieur, comptable ou notaire par la voie de l'alternance, mais l'image reste la même et les familles répugnent à ce que leurs enfants suivent cette filière s'ils n'y sont pas contraints.

 

- C'est que le système éducatif français est comme « aimanté » par les filières générales, et au sein des filières générales par la voie mathématiques + physique (les classes « S ») et au bout les classes préparatoires aux grandes écoles. C'est un peu comme si tout était bâti à l'envers, on ne s'intéresse pas à la base de la pyramide de ce que serait une population qualifiée et éduquée (des savoirs de base et des apprentissages de méthode - apprendre à apprendre - pour tous) mais à sa pointe extrême : Polytechnique et le « Top 5 » des grandes écoles d'ingénieurs et des business schools. « Égalitarisme de façade (puisqu'on entre dans ces écoles par concours), et hiérarchies des plus affirmées », écrit Pierre Veltz dans son livre « Faut-il sauver les Grandes Ecoles ? ». Or cette sélection par les matières les plus abstraites et par les canaux élitistes des meilleurs établissements, voire des établissements privés, forment des responsables peu innovateurs, qui ne créent pas d'entreprises par peur du risque (à la différence des étudiants des grandes universités américaines) et incultes en matière de management et relations humaines. Rachel Beaujolin montre combien les relations sociales, le monde du travail a peu de place dans les enseignements des business schools et comment cela contribue à fabriquer une conception de l'être humain/ ou d'une élite hors-sol.

 

- La formation permanente « tout au long de la vie » selon l'expression européenne consacrée ne permet pas, sauf exceptions notables, de corriger les inégalités de départ. Sauf peut-être dans les pays où « l'on retourne facilement à l'université » (les pays scandinaves) ou dans quelques exemples d'open universities en Grande-Bretagne.

 

Les pays avec un système éducatif plus décentralisé et une plus grande autonomie des établissements font-ils mieux face aux changements sociaux et culturels de leurs élèves : la Finlande, champion des enquêtes PISA, montre des cursus scolaires avec de nombreuses périodes de travail et d'apprentissage professionnel. L'Allemagne au contraire revient sur son fédéralisme pour diffuser des standards communs à tous les Länder.

 

Le cheminement de chacun dans le système éducatif détermine donc fortement l'emploi ou les emplois que l'on va occuper, le travail que l'on va faire, les conditions de travail que l'on va subir. D'où la grande mobilisation des familles pour chercher les bonnes filières, pour « pousser » les enfants, mais qui est, elle aussi conditionnée par leur niveau socio-culturel et surtout leur insertion dans la société. Marie Duru-Bella souligne l'importance du « maillage relationnel », de « la confiance dans les institutions, les autres et soi-même ». Des comparaisons entre de nombreux pays (dont le Canada et les USA) lui permettent de montrer comment le système scolaire et la société peuvent diverger l'un de l'autre.

 

Nombreux sont les enseignants qui s'emploient à mettre en place des innovations. Jean-Marie Bergère raconte la belle aventure des « ateliers philo » dans une classe maternelle, menée par Pascale Dogliani et captée par le film « Ce n'est qu'un début ». Il en conclut que le dialogue, la démocratie ne s'apprennent pas comme les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) ou ce que l'on a longtemps appelé « l'éducation civique », mais se pratiquent. Le Prix Nobel de physique Georges Charpak favorisait avec son association « La main à la pâte » des apprentissages autres que la transmission de la parole du « Maître »... Cela peut valoir pour le management et les relations de travail !

 

Pour poursuivre:

- Pierre Veltz, Faut-il sauver les grandes écoles?, Les Presses de Sciences Po, 2007
- Christian Baudelot, Roger Establet, L'élitisme républicain, L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales, La République des Idées, Seuil , 2009

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Danielle Kaisergruber

Mots clés : école, éducation, réformes,