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Education et travail : vous avez dit MOOC ?

par Albane Flamant - 15 Septembre 2014

MOOCs, ou Massive Open Online Courses pour les intimes : depuis l'apparition de ces "Cours Ouverts pour Tous" aux Etats-Unis, puis partout dans le monde à la fin des années 2000, il semble que c'est le mot qui se trouve sur toutes les lèvres. Peut-on imaginer qu'un jour l'enseignement se fera principalement en ligne ? En France, plus de 88 cours sont déjà disponibles sur la plateforme France Université Numérique (FUN). Au-delà du contexte universitaire, ces nouveaux outils joueront peut-être un rôle capital dans le monde du travail.

 

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Et non, un MOOC, ce n'est pas tout simplement quelques vidéos de mauvaise qualité disponibles sur YouTube, ni les cours en ligne auxquels vous avez peut être eu accès pendant vos années de faculté. Crédit image : CC/Flickr/Platform

 

Mais d'où viennent les MOOCs ? 

Parlons d'abord du ‘père' des MOOCs. En 2001, l'illustre Massachusetts Institute of Technology (MIT) lance un projet intitulé ‘OpenCourseWare', qui donne accès à ses cours en ligne au monde extérieur. Le contenu varie en fonction du cours, car les profs ont toute latitude quant aux matériaux qu'ils rendent disponibles, de la simple vidéo du cours à des quizz ou des listes de lectures. Un élément-clé de cet ancien modèle : il n'y aucune interactivité, et les étudiants sont seuls responsables de leur apprentissage. Le MIT sera bientôt imité par d'autres tenors de l'éducation américaine (Harvard, Stanford, etc.), et en 2005, ils seront déjà plus de 200 instituts en tout genere dans le monde entier à proposer un enseignement en ligne.

 

Cependant le premier MOOC à proprement parler n'apparaîtra qu'en 2008 à l'Université de Manitoba, au Canada. Georges Siemens et Stephen Downes, deux professeurs en charge d'une classe de 25 étudiants, décident de l'ouvrir à un réseau de plus de 2000 personnes ! Quel intérêt ? L'idée était de créer un réseau d'échange numérique où les participants pouvaient apprendre les uns des autres à travers des forums de discussion. C'était pour eux cet aspect de connectivité qui était révolutionaire.

 

Trois ans plus tard, la plupart des grandes universités américaines proposaient gratuitement des MOOCs. Stanford par exemple en a directement offert trois, et s'est retrouvé presque instantanément avec plus de 100 000 inscrits. Mais de quel genre de MOOCs s'agissait-il ? Même nom pour tous, mais pas forcément la même approche : pour la plupart, ces premiers cours ouverts à tous respectaient davantage le modèle académique traditionnel, avec relativement peu d'interactions entre professeurs et étudiants. Aujourd'hui, ils forment un ensemble hétéroclite avec peu de caractéristiques communes, et un niveau de connectivité très varié : il s'agit avant tout de cours qui se donnent en ligne, et qui sont accessibles à plus ou moins n'importe qui disposant d'une connexion internet.

 

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Crédit image : CC/Flickr/Giulia Forsythe

 

Feu de paille ou révolution ? 

Reste qu'ils sont (très) populaires : la plateforme Coursera a atteint à elle seule la barre des 9,2 millions d'utilisateurs en septembre 2014 ! Et les médias n'y sont pas pour rien : entre partisans et critiques, on retrouve dans la presse les positions les plus extrêmes sur le sujet. Pour certains, ces cours massifs sont un feu de paille, et pour les autres il s'agit de la technologie qui transformera pour toujours la face de l'enseignement. Le New York Times déclarera même dans ses colonnes que 2012 est sans conteste l'année du MOOC.

 

On peut comprendre que cette nouvelle tendance soit particulièrement en vogue aux Etats-Unis, terre de l'endettement étudiant : en quatre ans d'étude, les diplômés américains accumulent en moyenne des dettes allant de $26 000 à $29 000. Les législateurs californiens et floridiens ont d'ailleurs récemment passé des lois permettant aux étudiants de faire valoir dans les universités publiques de ces états les crédits académiques obtenus dans des MOOCs. C'est pourtant un phénomène marginal : au début de l'année académique 2013, la Colorado State University avait annoncé en fanfare qu'elle accepterait elle aussi les crédits des MOOCs. Un an plus tard, aucun de ses 30 000 étudiants n'avait tiré avantage de ce nouveau système...

 

Une question se pose dès lors: qui sont aujourd'hui les utilisateurs des MOOCs ? Selon les statistiques de Coursera, la majorité ne sont pas des étudiants à proprement parler : plus de 75% détiennent déjà au moins un diplôme de l'enseignement supérieur. Il s'agit en fait surtout de professionnels essayant de développer leurs compétences, ou encore de jeunes diplômés cherchant à faciliter leur transition vers le monde du travail. Ce nouvel outil met donc, selon le chercheur canadien (et co-fondateur du 'premier' MOOC) Stephen Downes, une pression supplémentaire sur les individus qui doivent construire leur propre "environnement personnel d'apprentissage" (Personal Learning Environment) en exploitant au mieux les différents réseaux de savoir de notre société.

 

Quel futur pour les MOOCs ? 

Un autre donnée qui remet en question la valeur pédagogique des MOOCs est leur taux d'assiduité pour le moins affligeant : en moyenne, moins de de 10 % des participants suivent le cours dans son ensemble, et la majorité de ces défaillants ne dépasseront même pas le tiers de la matière proposée !

 

Bien sûr, il y aussi le problème de la rentabilité de ces cours. Dans l'effervescence initiale, de nombreuses universités se se sont empressées de créer leurs propres MOOCs, mais reste qu'entre les frais fixes de plateforme, de techniciens et d'enseignants, chacun de ces cours coûte près de 23 000 à 58 000 euros à produire. Du fait de la quasi-gratuité actuelle de ces cours, les universités et les grandes plateformes sont donc toujours à la recherche d'un business model qui tienne la route.

 

Ce qui explique les réactions variées du monde académique : aux USA, le pays qui a pour l'instant la plus grande expérience MOOC, on observe d'un côté le Georgia Insitute of Technology, qui offre depuis 2013 un master en informatique entièrement en ligne, et accessible à tous pour 7 000$, en lieu de son équivalent traditionnel à 40 000$. A l'autre extrême, des géants tels que l'université de Duke ou d'Amherst ont refusé de prendre toute part au phénomène. En France, des grands noms tels que l'Ecole Polytechnique, HEC ou Sciences Po se sont lancés dans l'aventure et proposent une variété de cours sur la plate-forme France Université Numérique ou sur Coursera. Pour certains, l'arrivée des MOOCs dans l'enseignement s'apparente aux révolutions générées par le numérique dans l'industrie du disque, ou dans le monde des médias, et sera donc l'occasion de réinventer l'enseignement.

 

Reste que le phénomène des MOOCs s'étend dans le monde de travail, au-delà de leur importance pour les travailleurs individuels : depuis début 2014, LinkedIn propose par exemple à ses utilisateurs d'ajouter leurs crédits académiques numériques à leur profil. Il y a déjà de nouveaux métiers crées par ces outils dans l'enseignement (créateur de cours en ligne, community managers...), mais aussi de nouvelles opportunités pour les professeurs : les dix enseignants les plus populaires sur Udemy auraient totalisé en 2012 des revenus communs de plus de cinq millions de dollars ! Deux phénomènes à souligner : d'une part, l'apparition de professeurs 'indépendants', qui développent leurs cours en dehors de toute institution (c'est par exemple le cas de Victor Bastos, un développeur web basé à Lisbonne qui gagne très confortablement sa vie sur Udemy), et d'autre part, la nécessité de développer un nouveau type de pédagogie adaptée à ce nouveau format. 

 

Les plateformes les plus populaires (Coursera, Khan Academy, Udemy, etc.) cherchent quant à elles le moyen de rentabiliser leurs services non seulement auprès des universités et de leurs clients directs, mais aussi surtout auprès des entreprises en leur proposant de l'aide pour leur recrutement ou des cours customisés pour aider à la formation en entreprise. En Juin 2014, Starbucks a ainsi annoncé un partenariat avec l'Arizona State University pour offrir gratuitement à tous ses employés qui travaillent plus de 20 heures par semaine des cours universitaires en ligne. De son côté, Coursera est en négociations avec des grandes compagnies telles que MasterCard, Shell et AT&T pour développer des MOOCs aidant à la formation de leurs employés. Un modèle qui se généralisera dans les années à venir ?

 

Références

- Fiona M. Hollands & Devayani Tirthali. MOOCs: Expectations and Reality. Center for Benefit-Cost Studies of Education, Columbia University. Mai 2014 (en anglais)

- Andrew Kelly. Disruptor, Distracter, or What ? A policymaker's guide to Massive Open Online Courses (MOOCs). Mai 2014 (en anglais)

- Les MOOC , Massive Online Open Courses. Lettre TIC'Édu thématique N°03. Eduscol. Avril 2014 

- Stephen Downes. E-learning 2.0. National Research Council of Canada, October 17, 2005 

 

Pour aller plus loin 

Les MOOCs qui existent en France

Enseigner au XXIème siècle : les mutations sont loin d'être finies

MOOC : les profs face aux nouveaux cours en ligne. France Culture. Avril 2013

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Albane Flamant

Mots clés : MOOCs, Stephen Downes, education, numérique, cours en ligne, Albane Flamant,

 
 

Réactions

  • 04/10/2014 23:31

    par http://astouric.icioula.org/

    Intéressant. L’explosion du numérique devrait permettre la bonne formation au bon moment avec souplesse organisationnelle, économie de temps et de déplacement. Oui mais voilà, aller au bout d’un cours en ligne demande énormément d’autodiscipline et d’organisation. Pourquoi ? Simplement parce que la pédagogie ce n’est pas seulement transmettre du savoir, c’est aussi de l’adaptabilité, de la chair, des sentiments et des émotions. Toutes choses dont les outils électroniques ne sont pas (encore?) capables : Ne reproduisons pas une fois de plus l’erreur qui consiste à confondre quantité et qualité de l’information. Cf. Réussir vos interventions de formation, livre 160p., en vente dans toutes les librairies http://astouric.icioula.org/