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Effractions syndicales dans la mondialisation

par Henri Vacquin - 01 Novembre 2006

Henri Vacquin Henri Vacquin

Ce mois ci dans notre survol européen, vous trouverez deux faits insolites qui donnent à voir que le syndicalisme n’est pas totalement soluble dans la mondialisation, indépendamment même de ce qui s’est initié à Vienne avec la création de la Confédération Mondiale. La mondialisation est en effet à plusieurs facettes, dont celle des transferts de population des pays économiquement et démocratiquement pauvres vers les nôtres. La mondialisation déplace beaucoup plus d’immigrés qu’elle ne délocalise d’entreprises. Les syndicalismes des pays d’accueil de l’immigration sont en premier lieu plus sensibles aux délocalisations qui font fuir l’emploi qu’à l’intégration par la syndicalisation.

Il y a en effet quelque différence entre ces « gens » qui mangent de chez eux l’emploi et à travers ça le pain des Français par exemple, et ceux qui viennent carrément le manger chez nous, quand bien même n’en connaissent-ils que les miettes.

 

La mondialisation c’est donc aussi pour beaucoup l’immigration et ce qu’elle stimule chez les autochtones de xénophobie et de rejet comme de volonté de reconnaissance et d’intégration de l’autre.

 

S’imaginer aux Philippines, sans papiers, sans travail, sans famille et sans consulat de France

 

C’est aussi, vu des immigrés, ce que l’on néglige trop, le regard qu’ils doivent porter sur les enfants gâtés de l’économie et de la démocratie que nous sommes. Un accès à cet aspect des perceptions des immigrés à notre propos qui ne nous serait possible que du cauchemar d’une nuit à s’imaginer par exemple aux Philippines, sans papiers, sans travail, sans famille et sans consulat de France pour appeler au secours. Pourquoi les Philippines diriez vous ? Et bien justement parce que c’est une Philippine, sans papier, aux Pays Bas, qui vient, tirant les leçons du possible en démocratie via l’existence du syndicalisme, de décider de créer un syndicat des Philippines employées de maison et sans papiers. Elle a tenté de le confédérer auprès de l’organisation syndicale nationale la FNV qui s’y est opposé.

 

Une défense de tous les salariés, même les plombiers polonais

 

En face, outre Manche, des TUC viennent, en accord avec Solidarnosc, de créer un syndicat d’ouvriers polonais. Aux Pays bas, une demande de syndicalisation, en Grande Bretagne, une offre de syndicalisation…

La FNV n’est pas une tenante de la « désobéissance civile » mais elle n’a pas pu ne pas débattre du sujet en son sein, quelle que soit sa décision.

 

Versant britannique, doit-on taxer les TUC de communautarisme ou plutôt y voir l’appropriation par le syndicalisme d’une défense des salariés qu’il doit à tous, dont les plombiers même polonais. Une reconnaissance par l’offre de syndicalisation nationale qui, à se doubler de la reconnaissance de la spécificité culturelle de l’autre, fait de la carte syndicale une carte de double appartenance identitaire, britannique et toujours polonaise. Une pratique syndicale antixénophobe qui relève du meilleur aloi.

 

Henri Vacquin

 
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Auteur(s) : Henri Vacquin

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