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Egalité professionnelle : la formation, outil incertain

par Laurène Fauconnier - 16 Février 2010

La Cour des Comptes Européenne assure le contrôle des finances communautaires. Son dernier « rapport spécial » porte sur les formations professionnelles cofinancées par le Fonds Social Européen et destinées aux femmes. Ce sont environ 3 milliards d'euros qui ont ainsi été consacrés à la promotion de l'égalité des chances sur le marché du travail au cours de la période de programmation 2000-2006.

 

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La Cour a audité les services de la Commission, ainsi qu'une sélection de programmes (1) dans cinq Etats membres (Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni et Italie). Ensemble, ces cinq pays comptabilisent 76 % des dépenses du domaine.

L'audit s'est organisé autour de deux questions :

- Les actions de formation professionnelle pour les femmes ont-elles été choisies en fonction d'une analyse claire des priorités du marché du travail ?
- Les informations de suivi ont-elles été suffisantes pour apprécier si ces actions avaient atteint leurs objectifs ?

Et la réponse aux deux questions est globalement... non

 

La Cour déclare en effet que « la sélection des actions de formation n'a pas répondu directement à une analyse des exigences du marché du travail et que les mesures prises, n'étant pas suffisamment axées sur des groupes cibles déterminés, ont eu tendance à laisser une marge de manoeuvre considérable dans la mise en oeuvre des actions ».
Les analyses des différents marchés de l'emploi ont bien été effectuées, de même que l'analyse des principaux obstacles rencontrés par les femmes pour accéder à l'emploi.

 

Mais, dans une majorité de cas, les résultats de ces analyses n'ont pas servi à déterminer des objectifs précis et développer les formations adéquates. Par exemple, certains projets, dont l'objectif déclaré était de promouvoir l'emploi des femmes dans des secteurs où elles étaient sous - représentées, sont restés centrés sur la formation à des activités traditionnellement « féminines », culture, santé ou nettoyage. Autre cas, ce ne sont pas les candidates qui avaient le plus besoin d'aide pour intégrer le marché du travail qui ont été retenues, mais de jeunes diplômées de l'enseignement supérieur. Enfin, trop de formations généralistes ont été reconduites en se focalisant simplement sur une meilleure participation des femmes aux actions proposées.

 

S'agissant du suivi, la Cour affirme « que les informations disponibles concernant les programmes audités n'ont pas permis d'apprécier si les actions de formation avaient atteint les objectifs déclarés ». Mesurer le résultat des actions entreprises est « un exercice difficile » souligne le rapport, mais semble t-il des progrès significatifs pourraient être faits dès lors qu'Etats membres et Commission verraient un intérêt à mieux définir des objectifs clairs. Si la Cour a relevé quelques bonnes pratiques, elle a aussi constaté que les indicateurs mis en place étaient trop limités. Des indicateurs parfois réduits au seul nombre de participantes et souvent très insuffisants pour mesurer l'efficacité des actions menées. Choisir des indicateurs de résultats est en effet une gageure lorsque les objectifs ne sont pas définis. Dernière critique, les informations de suivi proprement dites se sont avérées peu fiables ou incomplètes.
En conséquence, la Cour conclut que « ni les autorités chargées de la mise en oeuvre dans les États membres, ni la Commission n'ont été à même d'évaluer dans quelle mesure les objectifs ont été atteints ». Un constat pour le moins sévère.

 

La formation reste une fin en soi

Pourtant, l'on ne saurait affirmer que les programmes de formation n'ont eu aucune incidence positive, les statistiques relatives aux taux d'emploi montrent que l'écart entre hommes et femmes se réduit au fil du temps.

 

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Les efforts de formation déployés y ont sûrement concouru mais lesquels et pour quelle part ? Faute d'évaluation sérieuse, la formation reste une fin en soi, panacée à tous les maux du sous-emploi proclamée par les politiques de tous bords et ressource financière appréciable pour bien des opérateurs. Et ce depuis fort longtemps, malgré les mises en garde, les audits et les nombreuses enquêtes diligentées sur le sujet.

 

Bref, en forçant le trait : on forme, on dépense l'argent public et l'on ne veut pas savoir si tout cela sert à quelque chose. Et le système pourrait ne s'améliorer que très lentement si l'on en juge par les réponses que la Commission a données à la Cour et qui figurent dans le rapport. De bonnes intentions et beaucoup de langue de bois émaillent les réponses.

 

Regrettable tout cela, d'autant que des sommes non négligeables sont engagées pour parvenir à l'égalité des chances. S'agirait-il d'une manne tombée du ciel et non de la poche des citoyens européens ?

 

(1) Les programmes sont élaborés par les États membres à l'issue d'un processus de consultation avec la Commission (DG Emploi, affaires sociales et égalité des chances) et avec les autorités régionales et locales et les autres autorités publiques compétentes, ainsi qu'avec les partenaires économiques et sociaux. La Commission évalue et approuve les programmes. Les États membres sont chargés de la mise en oeuvre des programmes et, en coopération avec la Commission, ils doivent garantir que l'utilisation des fonds communautaires est conforme aux principes de la bonne gestion financière. La Commission reste globalement responsable de l'exécution budgétaire.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Laurène Fauconnier

Mots clés : formation, audit, cour des comptes, commission, emploi, Laurène Fauconnier