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Elections en Italie : quel programme social ?

par Francesca Umech - 26 Février 2013

Les 24 et 25 février , les Italiens ont été appelés aux urnes afin d'élire un nouveau gouvernement. Après la bruyante sortie de scène du Premier Ministre Silvio Berlusconi, après l'instauration en toute urgence du gouvernement du « professeur » Mario Monti et sa douloureuse série des réformes, le nouveau chapitre de la saga italienne est écrit par les électeurs.


elezioni

L'Europe entière a regardé cette élection avec autant d'espoir que de crainte. Une victoire de Monti aurait rassuré profondément l'establishment bruxellois, alors qu'un éventuel quatrième mandat de Berlusconi aurait fait grincer les dents de bien des leaders européens ; une victoire des démocrates pourrait réjouir le Président français, mais quoi dire de ses homologues dans l'Union ?
Cependant, ce sont les électeurs italiens qui ont choisi, face à des candidats qui savaient sur quels  points sensibles il fallait appuyer. Emploi, chômage, retraites, santé sont les sujets qui inquiètent les plus le peuple de la botte. Même si l'Etat italien souffre de bien d'autres problèmes tristement structurels, la crise économique oblige citoyens et décideurs publics à donner la priorité au social.
En profitant de la pluie de manifestes électoraux qui précède le scrutin, cherchons à faire un rapide panorama des propositions faites par les différents candidats lors de cette course pour le Palais Chigi (siège du Gouvernement italien).


Dans son programme, le Parti Démocratique souligne tout d'abord la grande importance reconnue au travail. Gianluigi Bersani propose de redessiner le système fiscal afin de peser plus lourd sur les gros patrimoines (mais sans pour autant faire allusion au 75% français), ainsi que de lutter contre la précarité du travail. Fortement souhaitée aussi, la féminisation du travail (qui implique forcément une réforme du welfare). Enfin, la lutte contre toute forme d'inégalité (où s'inscrit l'éternel débat Nord/Sud) et la nécessité de booster l'éducation et la recherche sont elles aussi mises à l'honneur.


Le discours (comme prévu) très pro européen de Mario Monti, propose en premier lieu un assainissement des finances de l'Etat, sans lequel aucune croissance n'est possible (une dette publique de 120% empêchant forcément de baser la croissance sur d'ultérieurs emprunts). L'ajustement fiscal permettrait ensuite sur le moyen terme de réduire les impôts. Il s'agit non pas de « moins dépenser » mais de « mieux dépenser », en poursuivant sur la voie des libéralisations (héritage de son poste de Commissaire à la DG concurrence). Par ailleurs, Monti souhaite la création d'un fonds pour la restructuration industrielle, le développement de l'éducation et de l'innovation, une réforme des retraites et du travail, un plan pour l'occupation des jeunes, ainsi que la promotion du « vieillissement actif » en facilitant l'embauche des plus de 55 ans et la valorisation des femmes au travail. Enfin, le candidat propose une réforme du welfare pour protéger le capital humain, le développement de l'assistance domiciliaire et l'augmentation de la mobilité, tant géographique que sociale.


Dans un registre complètement différent, le sempiternel candidat du Peuple de la Liberté, Silvio Berlusconi, vise surtout sur l'opposition à "l'eurocratie germano-centrique et porteuse d'austérité". Grande importance est accordée à la famille, qui sera sauvegardée et soutenue grâce à des bonus (pour les nouveaux nés, pour l'école, pour les personnes âgées à charge). Sur le volet fiscal, le PDL propose l'assouplissement des contrôles fiscaux, l'élimination des impôts introduits par Monti, ainsi que la réduction de toute autre taxe préalablement existante. L'ex premier ministre vise aussi à favoriser l'accès au crédit et à soutenir les PME et les jeunes entrepreneurs. L'éducation devrait être améliorée et les formations professionnelles devraient être encouragées. Enfin, le PDL promeut un essor des infrastructures et, par conséquent, du tourisme dans la péninsule.


En ce qui concerne les outsiders de cette course pour le gouvernement, l'ex magistrat Antonio Ingroia propose, dans son programme de « Révolution Civile » (Rivoluzione Civile), de lutter tant contre le Fiscal Compact que contre la mafia, de soutenir l'emploi (notamment féminin) et le développement du système sanitaire ainsi que de réformer la fiscalité en surtaxant les plus gros patrimoines et les propriétés de l'Eglise (chose actuellement interdite en Italie).


La Ligue du Nord (Lega Nord), déjà connue par ses coalitions avec la droite berlusconienne, propose essentiellement le même programme que ce dernier (la plupart des sections sont juste des copier-coller, avec cependant une mise en page savamment modifiée), en mettant toutefois l'accent sur la nécessité de renforcer le régionalisme et l'autonomie territoriale (sénat fédéral, autonomie financière des régions, etc.).


L'ex comique Beppe Grillo et son « Mouvement 5 étoiles » (Movimento 5 Stelle) proposent pour la prochaine législature d'éliminer tous les privilèges dont jouissent les parlementaires et de rendre la politique plus proche des citoyens. Sur le plan plus économique, le Mouvement propose d'introduire la class action, de séparer finance et industrie (afin d'éviter des spirales vicieuses en Bourse) et d'abolir tout monopole. Enfin, un renforcement du système sanitaire national et de l'éducation publique est également prôné.


Enfin, la liste « Faire pour arrêter le déclin » (Fare per Fermare il Declino) d'Oscar Giannino propose de réduire les dépenses publiques et, avec elles, la dette nationale. Le programme insiste sur la nécessité de réformer l'école, la santé, les retraites et l'administration (un vrai jeu d'enfant) ; de plus, la poursuite des libéralisations dans tous les secteurs est également souhaitée, de même que le développement du travail des femmes et des jeunes.

 

Les résultats électoraux montrent le très grand trouble qui traverse les citoyens Italiens. Incertain destin de la péninsule. Qu'en sera t-il des audacieuses propositions des différents partis. Le doute ne peut qu'envahir les esprits : le prochain gouvernement sera-t-il capable de redresser le pays, de réformer le social, de rassurer l'Union ?

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Francesca Umech

Mots clés : Elections Italie, programme social, parti politique, Francesca Umech