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Environnement et emploi : avis de la CES

par - 01 Novembre 2007

La Confédération européenne des syndicats a analysé les conséquences pour l’emploi de la lutte contre le réchauffement climatique. Cette étude, réalisée par le cabinet français Syndex, l’institut allemand Wupertal et l’Istas espagnol révèlent un enjeu inédit pour les politiques d’emploi et pour les partenaires sociaux.

Quels sont les principaux enseigements de cette étude ?

Le réchauffement climatique a jusqu’à présent été analysé sous un angle scientifique et beaucoup plus rarement sur le plan social. Ce travail a été conduit afin d’évaluer les impacts sur l’emploi des objectifs de réduction des émissions de CO2 de l’Union Européenne à l’horizon 2030 dans quatre secteurs économiques pesant cumulativement 90% des émissions de CO2 en Europe : l’énergie, le bâtiment, les transports et la production d’acier et de ciment. Les mesures de diminution des émissions de CO2 ne détruisent globalement pas d’emplois mais induisent des modifications substantielles de l’offre et de la demande d’emplois et de qualifications. Dans le transport, par exemple, il existe un fort potentiel d’emplois dans les transports collectifs et les alternatifs aux véhicules routiers. En revanche, les effectifs du transport routier de fret et de la filière automobile pourraient décliner. Le réchauffement aura aussi d’importantes conséquences sur l’emploi dans les zones rurales du sud ou dans les régions de montagne. Nous avons un fort besoin de prospective pour accompagner ces périodes de transition. Il est notamment nécessaire que les partenaires sociaux européens soient représentés dans le groupe consultatif européen sur l’adaptation aux changements climatiques que la Commission va mettre en place. C’est d’autant plus important que cette étude se fonde sur une hypothèse d’un réchauffement de 2 degrés, ce qui semble être une estimation très optimiste par rapport à ce qui nous attend. Un réchauffement plus intense aura probablement des conséquences encore plus graves.

Est-ce qu’il existe un consensus des organisations syndicales sur les solutions aux problèmes environnementaux ?

La nécessité de réduire des émissions de CO2 est partagée par les syndicats. Ceci dit, les prises de position vont se complexifier lorsque l’on entrera dans le concret des mesures à mettre en oeuvre. Les enjeux de maintien de l’emploi vont inévitablement créer des tensions. Dans le secteur de l’automobile, en proie aujourd’hui à des difficultés, les véhicules 4X4 constituent un marché en plein essor alors qu’ils sont connus pour être pollueurs. Si vous prenez en compte l’importance de ces secteurs pour l’économie nationale, les difficultés s’accroissent. En Allemagne, où l’automobile est le fleuron de l’industrie, la gestion de ces sujets est aussi délicate que la question du nucléaire en France. Nous avons déjà une expérience de ces difficultés avec le règlement Reach. Dès le départ, la CES avait adopté une position favorable à Reach alors que les syndicats européens de la chimie y étaient opposés. Mais est-ce que nous pouvons aujourd’hui, au nom de la défense de l’emploi, rester sourds aux enjeux sociétaux ?

Comment dépasser ces points de tension ?

La perspective d’un développement durable va nous amener à nous interroger sur la nature de notre système économique. Prenons l’exemple des transports. La solution avancée pour les rendre plus propres consiste à combiner camion et rail sauf que ce mode de transport induit des ruptures de charge qui ne le rendent pas concurrentiel. Il faut s’interroger sur notre organisation de la production dominée par la règle du flux tendu et du zéro stock. Les processus de production sont jusqu’à présents restés des sujets dont les organisations syndicales étaient tenues à l’écart au nom du sacro-saint principe de compétitivité. L’expérience Reach a fait bouger les frontières. Le syndicalisme a beaucoup travaillé sur les questions de santé dans les entreprises et les usines, mais jamais sur les modes de production et la nature des produits et substances utilisés. Le débat ne fait que commencer.

Propos recueillis par Frédéric Rey

 
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A propos de cet article

Mots clés : Frédéric Rey, environnement, développement durable, écologie, emploi, CES, Joël Decaillon, Commission, syndicalisme, syndicats, partenaires sociaux, CO2,