0

Espagne : mer, soleil et béton

par Clotilde de Gastines - 16 Juillet 2009

¡Sol y playa! Ce modèle de vacances a fait de l'Espagne la seconde destination touristique au monde. Des provinces se mobilisent pour restreindre l'avancée du béton sur le littoral et en milieu rural.

Espagne tourisme

A Torremolinos, où le béton tutoie la plage et à Ibiza, où s'agglutinent les touristes, le modèle héliotrope espagnol a atteint ses limites. Première source de richesse du pays, le tourisme représente 12% du PIB et 10% de l'emploi national espagnol. Mais cette industrie touristique s'est développée dans un cadre juridique flou.

Les infrastructures espagnoles sont adaptées au tourisme de masse. Cinquante millions de vacanciers s'y pressent tous les ans. En 50 ans, le taux de croissance urbaine a explosé. Les formes d'occupation du sol sont toujours plus denses suite à la demande croissante, nationale et d'Europe occidentale, sur les espaces littoraux. Dans les années 70, des édifices en hauteur sont venus border les grandes plages de sable. Puis la construction « horizontale » est devenue générale, occupant des espaces sans cesse plus vastes et grignotant sur les communes rurales d'une large frange pré-littorale et intérieure. En Andalousie, destination d'un touriste sur deux, la population locale a doublé, mais la surface bâtie a sextuplé.

L'impact écologique du tourisme sur les 6000 km de côtes espagnoles (îles comprises) fait l'objet d'une condamnation sans appel dans le dernier rapport de Greenpeace « Costas » : 90% du littoral souffre de problème de regénération estime l'expertise. Depuis mai 2002, le gouvernement prélève un impôt d'1€ par nuitée dans un logement touristique. Un prélèvement bien faible au regard des dégâts écologiques. Un touriste consomme 7 fois plus d'eau qu'un usager local. Un golf épuise l'équivalent de la consommation de 9000 habitants !

Sans foi ni loi ?

La Loi de protection des Côtes de 1988 (Loi 22/1988, BOE 29-6-1988) est restée lettre morte. Selon une étude parue dans la revue Rives. Cette loi annonçait « les garanties nécessaires pour la défense du littoral par la protection et la conservation de ses valeurs naturelles et culturelles, l'utilisation rationnelle de ses ressources, l'adoption de mesures appropriées pour leur restauration, l'usage public, et l'élargissement et la consolidation du domaine public maritime et terrestre ».

Mais la démarcation du domaine maritime et terrestre n'a pas été aussi efficace que prévu ; aujourd'hui encore, « il existe des zones qui ne sont pas bornées, la délimitation des aires de services et de protection est en retard, et ce qui empêche l'Etat d'accroître son patrimoine avec des terrains qui relèvent actuellement de la propriété privée ».

En Andalousie, un tiers du littoral seulement est protégé. L'urbanisation touristique occupe certes une bonne partie des 200 km de littoral de la province d'Alicante, ce qui a permis depuis les années 1960 de diversifier l'économie, conviennent les auteurs de l'article. Elle a cependant provoqué un déséquilibre dans l'usage des sols et une dégradation des paysages naturels. « La détérioration des zones humides, le modèle touristique de Benidorm (constructions en hauteur au centre, pavillonnaire dans les alentours, énorme parc thématique de loisirs Terra Mitica) et les politiques d'urbanisme de Santa Pola et de Elche sont autant d'exemples négatifs alimentés par la pression spéculative sur le foncier et la permissivité des autorités locales face à la demande nationale et étrangère. »

Les zones humides ont été associées à des zones insalubres et improductives ce qui a largement bénéficié à certains intérêts spéculatifs actuels. D'autant plus que ni l'Administration ni l'Université n'ont défendu ni les valeurs ni les fonctions intrinsèques de ces écosystèmes, et ont opté au contraire pour la solution de facilité consistant à s'aligner sur les critères économiques et à encourager la réalisation de projets urbanistiques « pharaoniques » ou encore la transformation de zones humides en parcs et jardins.

Les terrains bon marché sont un objectif très intéressant pour les spéculateurs fonciers, et la loi ne les protége pas suffisamment (Loi du Sol de 1956, BOE 15-5-1956 ; Loi pour la protection des côtes 1969, BOE 28-4-1969) ou autorise à leur transformation (Loi sur les Centres et Zones d'Intérêt Touristique National, BOE 31-12-1963). La loi du littoral autorise la construction d'hôtel en zone protégée, à condition qu'elle ait lieu à 100 m du littoral. Le béton menace donc directement les réserves naturelles. Les sanctions sont rares. Dans la province d'Almería un promoteur a réussi à faire construire à 14m de la plage sur le parc naturel Cabo de Gata-Níjar ! Il n'a pas obtenu sa licence d'ouverture. Cet été commence aussi le plus grand procès anti-corruption à Málaga avec 103 inculpations et 86 procès en perspective.

Sauver le rural !

Afin d'épargner le milieu rural, l'Espagne bénéficie de l'impulsion de l'Union européenne. Les programmes PRODER, FEDER et LEADER misent sur le développement durable et la protection de l'environnement. Exemple probant, la Catalogne s'est adaptée aux exigences européennes en développant un Droit du Tourisme restrictif. La loi sur le Tourisme 13/2002 définit des zones « saturées », menacées de surpopulation. Elle interdit la construction de complexes touristiques, restreint les hôtels à une capacité de 60 lits. La construction de « maisons rurales » est également limitée à 20 couchages et à 3 étages. L'architecture des bâtiments doit être conforme à la tradition de la région et leur propriétaire avoir des revenus agricoles. Un strict moyen pour préserver les équilibres naturels et sociaux.

 Lire :

Les territoires du tourisme littoral et les pouvoirs locaux dans la province d'Alicante (Espagne) de Vicente Gozálvez, Juan Antonio Larrosa, Gabino-Antonio Martín-Serrano, S. Palazón et G. Ponce

Destrucción a toda costa 2009, Greenpeace

Desarrollo rural y actividad turística: principios vertebradores para la armonización del binomio de Carlos Sanz Domínguez in Revista Electrónica de Derecho Ambiental - Num. 14-15, Décembre 2006, 

 

 
haut de page

A propos de cet article

Auteur(s) : Clotilde de Gastines

Mots clés : tourisme, béton, Costa Brava, rural, agriturismo