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Europe : changer de logiciel

par Metis - 27 Mai 2014

Pour ou contre l'Europe, pour ou contre l'euro ? L'enjeu des élections européennes n'était pas là. Certes, jamais l'Europe n'a été aussi affaiblie. Elle est contestée, sans projet lisible pour le futur, sans leadership légitime. Elle connait un chômage de masse, une montée inquiétante des populismes. La faute à l'Europe ? Lourdes erreurs de la Commission ? Certainement. Egoïsme des Etats et frilosité du Conseil ? Egalement. Mais on peut choisir une autre voie, dès maintenant, l'avenir reste à écrire. Le Parlement européen devrait avoir le dernier mot sur le choix du Président de la Commission.

 

Parlement européen

A l'occasion de ces élections, la rédaction de METIS a souhaité s'exprimer. Paradoxalement, pas pour revendiquer « davantage d'Europe sociale » : en le répétant comme un vieux leitmotiv, il a fini par devenir creux, et tellement loin du réel ! C'est dommage, l'objectif déclaré de l'UE reste le progrès économique et social. Beaucoup d'avancées ont d'ailleurs été accomplies dans ce domaine : de vrais progrès en matière de santé au travail, ou d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, ou bien encore dans la conduite des restructurations. De nombreux papiers de METIS en témoignent. Le mouvement syndical européen reste fragmenté et ancré sur des bases nationales mais la CES a progressé dans sa capacité à fédérer, à conjurer le dumping social, fiscal et environnemental (cf le salaire minimum, le contrôle des travailleurs détachés) Quant à la situation des salariés des pays qui ont rejoint l'Europe en 2004, elle a beaucoup changé, même s'il demeure beaucoup à faire.

 

Trois grandes idées ont guidé cette construction inédite qu'est l'Europe : la paix, le marché et la démocratie.

 

Nous avons le grand marché...

Nous avons une zone d'une grande puissance démographique et économique, mais sans en tirer les avantages en termes de croissance, de développement technologique et industriel, d'innovation. Ce marché existe. De fait, il domine. Il est même devenu un diktat, tant la Commission Européenne s'est faite le défenseur d'une concurrence idéale et pure, bien au-delà de ce que font les Etats européens qui, en majorité, sont pourtant libéraux. En s'ouvrant grand sur l'espace de l'économie mondialisée, le marché européen s'est transformé en guerre entre les Etats. Ni la Commission, ni le Conseil n'ont mesuré l'impact dévastateur de certaines décisions. Ainsi, le programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis était l'un des rares dispositifs ressemblant à une politique sociale européenne. Il a été remis en cause suscitant l'indignation des opinions publiques. Les égoïsmes nationaux font la loi, là où les fondateurs de l'Europe imaginaient la recherche de coopérations.

 

La crise qui a accentué les concurrences a aussi poussé à rechercher des solutions européennes : construction de mécanismes de régulation bancaire, règles du Pacte de stabilité évolution du rôle de la Banque Centrale Européenne, laquelle finira peut-être par faire ce pourquoi elle est faite, de la politique monétaire. De réelles avancées mais sur fond d'une croyance aveugle dans les bienfaits de l'austérité budgétaire imposée (penser à l'exemple grec). Conduire une politique économique aujourd'hui est de l'ordre du « fine tuning » : il faut savoir réduire les dépenses publiques mais aussi savoir dépenser, investir : pour la R&D, pour l'innovation, pour la révolution numérique, pour la transition énergétique, pour la formation et l'emploi des jeunes en les aidant à mettre le pied dans la vie active... Il n'y a pas eu jusqu'à maintenant de vraie politique économique intégrée. L'Europe a besoin d'une consolidation et d'un développement d'acteurs européens forts. Il est bien tard pour se dire que Siemens et Alstom auraient pu avoir des projets à développer ensemble... L'Europe a besoin de territoires innovants, de clusters transfrontaliers, de groupes de PME complémentaires. Les marchés sont des institutions, ils demandent à être pensés collectivement et gouvernés a minima au niveau de la zone Euro.

 

La paix et la démocratie

La paix aujourd'hui : elle existe entre pays européens. On en mesure le prix dès que l'on porte son regard sur d'autres points du monde. On oublie sans doute trop de l'apprécier tant c'est devenu pour nous Européens une chose naturelle. Mais la paix à nos frontières, en Ukraine aujourd'hui ? Au Kosovo hier ? La paix en Afrique ? Il suffit d'énumérer ces désastres pour percevoir à quel point la voix de l'Europe ne compte pas : quasi aucune diplomatie commune, peu d'interventions concertées, pas de moyens de défense commune et surtout, pas de réflexion stratégique partagée.

 

Alors quelle démocratie ? L'Europe sait avancer et cela doit se traduire dans des initiatives citoyennes, sociales, des formes nouvelles de débats avec de nouvelles parties prenantes. L'Europe n'est pas seulement un appareil institutionnel : elle est aussi un construit entre les peuples qui tissent ensemble des relations (commerciales, culturelles,...) et apprennent à vivre ensemble. Un « nous » européen est en train d'émerger. Si nous nous plaignons du manque de démocratie au niveau de l'Europe, nous ne sommes pas beaucoup plus satisfaits des fonctionnements traditionnels de nos démocraties représentatives nationales et de notre personnel politique.

 

Une Europe en mouvement

L'Europe prend de la consistance quand elle construit des projets : Erasmus est un succès approuvé par tous, les fonds structurels ont permis beaucoup de réalisations dans de nombreux pays. L'Europe est intéressante quand elle bouge et cesse d'être engoncée dans les conservatismes, les a priori d'une Commission qui lui a fait beaucoup de mal et l'attitude, notamment au sein du Conseil, de responsables nationaux trop nationaux. Et elle bouge : une étude récente de l'OCDE constate que la mobilité est devenue plus importante en Europe qu'aux Etats-Unis, mais une mobilité qui, pour une part, conduit les migrants européens vers les pôles de richesse, accentuant par là les disparités.

 

Vous n'avez pas adoré l'Europe de l'ultra libéralisme et de la récession, nous non plus. Nous voulons davantage d'Europe politique et intégrée. Commençons par des coopérations renforcées entre Etats membres qui le souhaitent et faisons place à une Europe de l'imagination, de l'innovation et de l'initiative de ses citoyens, dans le respect des diversités et de la pluralité des cultures.

Les résultats électoraux n'ont pas changé l'équilibre parlementaire, le futur président de la Commission sera t-il Jean Claude Juncker ? La politique en oeuvre depuis dix ans va t-elle se poursuivre? On peut le craindre.

 

Crédit image : CC/Flickr/Giorgio Tomassetti

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Metis

Mots clés : enjeux, élections, union européenne, paradoxe, édito collectif, construction européenne