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Europe : le mandat de la dernière chance ?  

par Marcel Grignard - 18 Novembre 2014

Le Parlement européen et la Commission européenne dirigée par Jean-Claude Juncker entament leur mandat dans un contexte difficile. Bien que des progrès aient été réalisés depuis le début de la crise en 2008 (comme avec l'Union bancaire), l'Europe n'est pas sortie d'une situation de chômage élevé frappant particulièrement les jeunes. Le faible niveau de croissance, la panne des investissements renforcent le sentiment d'inquiétude et poussent un peu plus au repli, tandis que l'absence de perspectives fait douter de l'Europe beaucoup de nos concitoyens. D'aucuns parlent de « mandat de la dernière chance ». 

 

Juncker

Nous sommes dans une période à risques et l'on peut mettre en perspective l'avenir européen en lisant l'ouvrage d'Edgar Morin et de Mauro Centi "Notre Europe - décomposition ou métamorphose". Cependant, les premiers pas de la Commission Juncker incitent à l'optimisme. Sa composition et sa structure peuvent faciliter un travail plus collégial et une vision politique décloisonnée, permettant à la Commission de mieux assurer son rôle de force prospective et de propositions .Ses priorités, l'investissement en Europe et la lutte contre le chômage, sont les bonnes. La rapidité avec laquelle elles ont été placées au sommet de l'agenda tranche avec l'habitude d'une longue période d'inaction lors des changements de Commission.

 

Si le projet de 300 milliards d'euros d'investissement proposé par le Président Juncker va dans la bonne direction, les besoins d'investissements pour assurer l'avenir des peuples européens sur le long terme sont d'une tout autre ampleur ; le financement ne doit pas être cantonné à la récupération de fonds existants ; et les projets doivent contenir une véritable dimension d'intérêt européen.

 

L'investissement est le bon angle pour sortir de la torpeur actuelle. Il doit produire rapidement des résultats sur l'emploi, seule manière de montrer aux salariés que l'Europe peut être une solution.

 

Il faut donc considérer que le plan Juncker (dont on ne connait pas encore le contenu) est un premier pas qui appelle des réformes importantes dans beaucoup de domaines. Sur le plan du financement tout d'abord, il est nécessaire de mobiliser des milliards d'euros pour des investissements de long terme d'intéret commun, tout en assumant les risques y afférant (technologiques, financiers... ) alors que les finances publiques sont à sec ; d'orienter l'épargne vers des investissements créateurs de richesses et d'emplois, d'organiser un débat permettant de définir les priorités (qui sont en fait des choix de société) ... voilà une série de problèmes qu'il faut clairement énoncer et mettre en débat. Les « Assises européennes du long terme » de Confrontations Europe des 3 et 4 décembre prochains et notre dernière revue sont consacrées à ces enjeux.

 

Les investissements d'avenir ne peuvent se résumer aux investissements matériels et immatériels, l'investissement social doit y avoir une place importante et la priorité doit être mise sur la formation. Pour que les investissements produisent les effets attendus sur l'emploi, les entreprises concernées doivent disposer des compétences dont elles ont besoin. A titre d'exemple dans le domaine du numérique, les entreprises alertent sur le déficit auquel elles font (et vont faire) face. Sans parler des compétences qui seront nécessaires pour assurer les transformations des secteurs plus classiques devant intégrer la donne numérique pour transformer leur activité. Il y a là des enjeux majeurs, non seulement en termes d'emplois et de contenus des emplois mais aussi à travers la concurrence que se livrent les grandes régions du monde, la capacité de l'Europe d'être un acteur qui compte, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Des enjeux considérables de choix de société et de devenir des droits fondamentaux sont liés à ces questions de développement économique et social.

 

La formation est une priorité parce qu'il faut aussi permettre à de très nombreux salariés de passer d'un métier à un autre tant les mutations en cours vont percuter le contenu et l'organisation du travail. Il s'agit également de permettre à ceux qui sont à la marge du marché du travail de le réintégrer. Les besoins d'accompagnement pour rendre plus acceptables les conséquences de ces mutations (qui vont au-delà des restructurations) et les mobilités qui en découlent sont importants. Enfin la promotion de nouvelles formes de dialogue entre les parties prenantes aux différents niveaux est la voie pour des démarches plus coopératives et innovantes.

 

Les politiques d'investissement en Europe ne peuvent faire fi du besoin de réduire les disparités et inégalités qui se sont développées, en particulier au sein de l'Union Economique et Monétaire. Elles doivent donc être différenciées pour tenir compte des besoins spécifiques et réduire ces disparités dans des objectifs de cohérence et de convergence. Dans le domaine social, en lien avec la réalisation du marché unique, la convergence des réformes structurelles prenant appui sur un socle social solide devrait être une priorité.

 

Tous ces enjeux pourraient donner lieu à un bel agenda de la Commission pour le mandat qui débute.
Nos attentes vis-à-vis de la Commission et du nouveau Parlement n'enlèvent rien à nos exigences envers le Conseil et les Etats membres. C'est d'eux que dépendra pour beaucoup une démarche qui concilie intérêt européen et intérêts nationaux, indispensable à une véritable dynamique. Or, une des raisons de la crise profonde qui affecte l'Europe, c'est cette incapacité (ou refus ?) des Etats membres à reconnaître qu'ils n'ont pas à leur niveau les moyens de répondre à la plupart des défis auxquels ils sont confrontés alors que l'Europe a cette possibilité.

 

Il est du rôle de la Commission de proposer un agenda qui réponde aux besoins exprimés par les entreprises, par les salariés, par les organisations qui les représentent. Il est du rôle de ces dernières de prendre leur part de responsabilité dans l'immense chantier qui est devant nous.

 

A propos de l'auteur

Marcel Grignard est le President de l'association Confrontations Europe.


Crédit image : CC/Flickr/European Parliament

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Marcel Grignard

Mots clés : Commission européenne, Jean-Claude Juncker, Marcel Grignard, Confrontations Europe, Union européenne, politiques d’investissement, réforme du financement, investissement social, numérique, formation