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Formation : arme anti-crise en Franche Comté

par Clotilde de Gastines - 16 Février 2010

Avec la crise, la Franche Comté, première région industrielle de France, a bénéficié de la mobilisation de tous les acteurs et ressources existantes pour préserver son potentiel de main d'œuvre et de compétences. Entretien avec Christian Valenza, directeur de l'AFPA Franche Comté.

 

(Photo Jacques Balthazard pour Lepays.fr)

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En France, la formation professionnelle est en principe pilotée par l'échelon régional. L'AFPA (Association nationale pour la formation des adultes) est l'opérateur de formation le plus important : 240 salariés implantés dans les quatre départements. Avec 1,5 million d'habitants, la région est à taille humaine. C'est avant tout une région industrielle, marquée par le travail d'ouvrier qualifié et de technicien mais aussi par l'innovation sociale. 27% de l'emploi salarié s'inscrit dans le secteur industriel (alors que le taux moyen en France est de 19% seulement). L'automobile représente 40% du secteur avec un grand constructeur (PSA), des équipementiers et de nombreux sous-traitants. Quand les commandes baissent, tout le secteur économique est touché (métallurgie, micromécanique, plasturgie, horlogerie). 

 

Le dynamisme de la Franche Comté a été sévèrement entamé par la crise. Dans ce contexte difficile, quel a été le rôle de l'AFPA pour sauvegarder l'emploi ?

L'AFPA Franche Comté forme en moyenne 4000 personnes par an dont 2000 demandeurs d'emploi. Crise ou pas crise, notre objectif est de qualifier ou requalifier de personnes de premier niveau de qualification. 68% d'entre eux se réinsèrent durablement sur le marché du travail dans le BTP, puis dans l'industrie et le service à la personne. La crise a rappelé cette nécessité d'avoir des dispositifs de qualification et de reconversion opérationnels.

 

En amont de la crise, nous avions déjà misé sur les transitions professionnelles, avec en 2006 l'expérience du contrat de transition professionnelle (CTP) à Montbéliard (lire ici l'expérience du CTP à Morlaix). Lorsqu'en 2007, intérimaires et CDD ont été touchés par les licenciements et non-renouvellement de contrat, nous avons mis en place une Plateforme de Transition et de Mobilité Professionnelle (PTMP) qui s'inspirait de ce dispositif, pour accompagner ces salariés en rupture professionnelle vers le retour à l'emploi durable.

 

 

Quels acteurs et quels dispositifs ont joué ?

Pour aller au-delà du DIF (droit individuel à la formation) et de la VAE (validation des acquis d'expérience), Etat, Conseil régional, branche professionnelle (UIMM), OPCA et partenaires sociaux ont co-financé (avec une partie de fonds européens également) et piloté un dispositif novateur destiné à accompagner les transformations du secteur automobile et les transitions professionnelles intitulé Engagement de Développement des Emplois et des Compétences (EDEC). L'EDEC a été la possibilité d'accroître les moyens au service des entreprises et salariés fragilisés. Dans ce contexte, le Conseil régional a créé un « Fonds Régional de Sécurisation des Parcours Professionnels ».

 

L'EDEC, c'est une combinaison de 4 objectifs : 1. observer et anticiper l'évolution de l'emploi, des besoins et des équipements. 2. Mener des actions préventives au sein des entreprises. Ce dont s'est chargé une « task force », composée d'un représentant de l'Etat, du secrétaire général aux affaires régionales, des directeurs régionaux de Pôle Emploi, de l'AFPA, du FACT et du DRTEFP parfois élargi aux partenaires sociaux et aux expert du pôle « Véhicule du futur ». 3. Accompagner vers les plateformes de transition professionnelle, les entreprises en difficulté qui réfléchissaient à se diversifier en recourant éventuellement à la formation. 4. Sécuriser les parcours grâce à un passeport professionnel. Il s'adresse tant aux salariés qu'aux demandeurs d'emploi et permet de prendre en compte les compétences développées dans leur passé professionnel, d'une entreprise à une autre, voire d'un secteur à un autre. Les partenaires sociaux sont en passe de trouver un accord sur son usage.

 

Les acteurs se retrouvaient lors de rendez-vous réguliers. Tous les vendredis de l'année 2009, le comité de pilotage a examiné les dossiers d'entreprises qui présentaient des projets de formation dans le cadre du chômage partiel. Ces actions "à chaud" ont concerné 48 entreprises entre janvier et juin 2009. Cela a représenté un effectif total de 9 186 salariés au 1er janvier 2009, 8 678 salariés au 30 juin 2009, soit 302 569 heures de formation, pour un coût de 12,4 M€, cofinancées à hauteur de 77% en moyenne (OPCA, Conseil Régional, FNE, FSE, 23% restant à la charge des entreprises. Les actions de formation ont été réalisées par différents organismes de conseil ou de formation régionaux. Tous les deux mois, la « task force », s'est réunie. Tous les trois mois, les grands acteurs se sont retrouvés pour faire le point, le comité politique de la Charte Automobile, les grands élus, les partenaires sociaux et les acteurs économiques.

 

 

Comment l'offre de formation de l'AFPA est-elle conçue, s'est-elle transformée et dans quelles perspectives ?

L'AFPA a renforcé son offre de formation dans plusieurs domaines. Les métiers liés aux économies d'énergie dans le bâtiment par le bardage des maisons, l'automatisation, la pose de panneaux photovoltaïques, puis les métiers liés à la personne et à la logistique. Et enfin des formations qui élargissent les compétences technologiques de certains métiers. Les évolutions des formations sont toujours réalisées en lien étroit avec les besoins des branches professionnelles et des entreprises des secteurs concernés. Elles associent les représentants des salariés et les partenaires sociaux.

 

L'offre se devait être très flexible surtout pour les salariés au chômage partiel. Il s'est agit d'action liée à la qualité, à l'élargissement des compétences, à la diversification des tâches pour permettre aux salariés d'être davantage polyvalents. Comme les entreprises ont réduit leur effectif d'intérimaires et de CDD, les salariés ont dû acquérir de nouvelles compétences. Ensuite, ils pourront éventuellement devenir à leur tour tuteur et démultiplicateur lorsque l'entreprise embauchera à nouveau.

 

Nous avons aussi mené des actions plus lourdes de diversification des activités même de l'entreprise, financées en premier lieu par les OPCA, puis dans un second temps par l'Etat et le Conseil régional. Douze entreprises ont bénéficié d'un accompagnement dans la durée, avec diagnostics d'employabilité, études de postes, aide à la formalisation de plans de formation, au montage financier, à l'émergence d'actions collectives de territoire, information en direction des salariés, des institutions représentatives du personnel.

 

Notre objectif est de réussir à sécuriser les parcours tant des personnes salariées que des demandeurs d'emploi. Tous les dispositifs sont bons. La fonction accompagnement s'avère la plus importante pour compenser la perte de confiance. Il faut inscrire la personne dans une démarche active, qu'elle soit au sein d'une entreprise ou demandeuse d'emploi. Pour cela la personne doit porter un projet réaliste, ce qui ne signifie pas que l'AFPA est dans la dictature du projet.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Clotilde de Gastines

Mots clés : AFPA Franche Comté, formation, Christian Valenza, industrie, filière automobile, crise

Notes de lecture :

1 OPCA Organismes paritaires collecteurs agréés 

 2 FACT Fonds pour l'amélioration des conditions de travail

3 DRTEFP Direction régionales du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle 

4 FNE Fonds national de l'emploi  

5 FSE Fonds social européen