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Italie en crise : les femmes démissionnent « en blanc »

par Mathilde Auvillain à Rome - 05 Novembre 2012

En Italie, seule une femme sur deux travaille. Ce taux chute après la naissance d'un premier enfant. En l'absence de politiques familiales, les femmes payent un lourd tribut suite à la crise économique. Mario Monti avait pourtant promis d'en faire une priorité de son mandat.

 

ouvriere italienne

« Les jeunes et les femmes sont les grandes ressources gaspillées de notre pays » affirmait Mario Monti, quelques jours après sa prise de fonction à la tête du gouvernement italien, en novembre 2011. Il avait alors juré qu'il ferait tout pour développer des politiques en faveur d'une plus grande insertion des femmes sur le marché du travail. Alors que la fin de son mandat approche, ce défi n'a pas été relevé.


Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les jeunes femmes sont la catégorie la plus touchée par l'augmentation du chômage, et ce, malgré des disparités régionales. En 2010, 35,6% des jeunes Italiennes entre 25 et 34 ans étaient sans emploi, en 2011 elles étaient 36,4%. Dans le Sud du pays, le travail des femmes devient une exception : selon l'institut italien de la statistique (ISTAT), le taux d'activité des jeunes femmes de moins de trente ans atteint à peine 16,9%.


Une fois insérées sur le marché du travail, les femmes italiennes ne sont pas pour autant au bout de leurs peines. Selon le rapport « Mères dans la crise » réalisé par la branche italienne de l'ONG Save the Children, le taux d'activité des femmes dans la Péninsule est d'environ 50,6% pour les femmes sans enfant - alors que la moyenne européenne est de 62,1%. Le taux chute à 45,6% après la naissance d'un premier enfant, 35,9% après le second et 31,3% après le troisième.



Démission en cas de grossesse
Absence de politiques de soutien aux familles, difficultés à trouver un mode de garde pour les enfants, inégalités de traitement par rapport aux hommes, contrats précaires sont autant de facteurs qui pèsent sur le travail des femmes. « L'Italie est une des nations en Europe qui investit le moins sur les services aux familles. En 2009, la dépense destinée à la protection sociale pour les familles atteignait à peine 1,4% du PIB, par rapport à une moyenne européenne de 2,3% » soulignent les auteurs du rapport de Save The Children Italia.


L'étude révèle également qu'entre 2008 et 2009, 800 000 femmes ont déclaré avoir été licenciées ou avoir subi des pressions à la démission après avoir annoncé leur grossesse. En Italie, la pratique des « démissions en blanc » - consistant à conditionner la signature du contrat de travail à celle d'une lettre de démission en cas de grossesse - est en effet très répandue. La RAI, l'audiovisuel public italien, a été au cœur d'un scandale en février dernier, lorsque des employés ont découvert dans le règlement une clause prévoyant qu'une collaboratrice externe puisse être licenciée si « sa productivité devait être compromise par une grossesse ».

Elsa Fornero, ministre du travail du gouvernement Monti a finalement inséré dans la réforme du marché du travail, adoptée en juin par l'Assemblée, une disposition visant à abolir cette « pratique honteuse ».
« L'Italie est très en retard concernant la participation des femmes au marché du travail » reconnaît la ministre du Travail du gouvernement Monti, « les femmes sont aujourd'hui le segment le plus sacrifié ». Un constat insuffisant pour l'ONG et les comités de défense des droits des femmes qui demandent des politiques concrètes pour enrayer « la détérioration progressive de la condition des femmes actives en Italie », qui a des conséquences sur la santé économique et sociale de tout le pays. Car si la crise pèse sur la croissance économique, elle pèse aussi sur la croissance démographique.


En 2011, 546 000 enfants sont nés en Italie, soit environ 15 000 de moins que l'année précédente (alors que le taux de natalité remontait progressivement depuis 2001). « Un pays sans enfants est un pays sans avenir » met en garde Save the Children Italia, réclamant une prise de conscience politique urgente de la gravité de la situation.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Mathilde Auvillain à Rome

Mots clés : taux d'activité, égalité hommes femmes, politique familiale, Italie, Clotilde de Gastines