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Italie : le défi jeune de Mario Monti

par Mathilde Auvillain, à Rome - 17 Avril 2012

En Italie, un jeune sur trois entre 15 et 34 ans n'a pas d'emploi. La crise a aggravé le chômage des jeunes. Mario Monti en a fait une priorité pour sa réforme du marché du travail, mais les avis sont partagés.      

 

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« L'objectif principal de la réforme du marché du travail, comme de toute la politique économique du gouvernement, c'est de trouver un remède au chômage des jeunes » répète Mario Monti, président du conseil et ministre de l'économie. Fidèle à la mission qu'il s'est fixée en novembre - lutter contre le déficit et relancer la croissance en Italie - Mario Monti peine cependant à convaincre la société italienne de la justesse de ses réformes.

 

L'ex-commissaire européen avait promis de porter une attention particulière à deux catégories particulièrement touchées par la crise : les jeunes et les femmes. Mais six mois après sa prise de fonction, les chiffres de l'emploi des jeunes restent alarmants. Le 7 avril, l'ISTAT, l'institut italien de la statistique révélait qu'en 2011, le nombre de jeunes italiens entre 15 et 34 ans disposant d'un emploi avait diminué de plus d'un million par rapport à 2008. Sur une seule année, entre 2010 et 2011, 233 000 jeunes de moins avaient un emploi. Dans le sud de l'Italie, un jeune sur deux est au chômage, la moitié des jeunes sans emploi sont des femmes.

 

« Le CDI, quelle monotonie »

Mario Monti estime que la réforme du marché du travail en Italie passe d'abord par une opération de dépoussiérage : à bas les « corporatismes », ancrés dans la mentalité des Italiens et faisant obstacle au dynamisme; à bas l'idéal anachronique du « posto fisso », le CDI, pour toute la vie. « Le CDI, quelle monotonie ! » s'est-il exclamé au début de l'année, s'attirant les foudres des jeunes précaires. En 2007, Tommaso Padoa Schioppa, alors ministre de l'Economie du gouvernement Prodi, avait raillé les « bamboccioni », catégorie toujours plus large de jeunes Italiens pas encore autonomes et vivant chez leurs parents. Si la question est aussi sensible, c'est parce que le problème est réel. En 2009, 480 000 familles subvenaient aux besoins d'au moins un des enfants ayant perdu son travail au cours du mois précédent. La question qui taraude les Italiens, c'est de savoir qui subviendra alors aux besoins de la jeune génération pas encore insérée sur le marché du travail ou vivotant d'emplois précaires, si demain leurs parents se retrouvaient sans emploi.

 

Pour le chef du gouvernement, la solution réside dans le modèle de « flexicurité ». Mario Monti entend compenser l'introduction d'une plus grande flexibilité sur les contrats à durée indéterminée, réclamée par les entreprises, par un accroissement des garanties sur les contrats à durée déterminée et contrats précaires. Si la réforme du marché du travail est adoptée en mai, les CDD ne pourront plus être prorogés au-delà de 36 mois, les stages gratuits seront abolis et les contrats d'apprentissage de six mois seront généralisés. L'objectif étant de forcer la main aux entreprises qui ont souvent abusé des contrats précaires ces dernières années, tout en donnant l'assurance aux 15-34 ans du soutien des autorités publiques dans leur insertion professionnelle. Reste un point d'interrogation, la limitation du recours aux CDD sera-t-elle véritablement favorable à l'insertion des jeunes sur le marché du travail?

 

Secteur public, travail au noir : les oubliés de la réforme

Face à ce projet de réforme, les avis sont partagés. Pour l'économiste Nicola Rossi, sénateur centriste, proche de la fondation de Luca Cordero di Montezemolo, « ce texte est le fruit d'un compromis politique et syndical élaboré sur le dos des jeunes précaires. L'article 18 (qui oblige de justifier les licenciements) reste plus ou moins identique, mais l'entrée sur le marché du travail est rendue plus rigide, ce qui aura un effet négatif sur la demande de travail » explique-t-il, soulignant également le décalage avec l'absence de réforme concernant le secteur public.

 

« Le risque c'est que les entreprises effrayées par les nouvelles contraintes, n'aient même plus recours aux CDD » met en garde Emma Marcegaglia. La secrétaire générale du syndicat patronal Confindustria dénonce une « mauvaise réforme » qui risque de favoriser le travail au noir, une des plaies de l'économie italienne. Invisible sur les tableaux statistiques de l'emploi, le travail au noir est aussi absent des projets de réforme du gouvernement. En 2011, selon une enquête menée par l'institut d'Études politiques Eurispes, le volume de travail non déclaré représentait 35% du PIB de l'Italie et concernait deux catégories en particulier : les retraités et les jeunes. 40% des 15-34 ans affirmaient avoir eu au moins une expérience de travail au noir.

 

 

A lire :

- les mesures pour réintégrer sur le marché du travail les NEET italiens : ni en formation, ni au travail sur le site de la fondation de dublin.  

 

Image "I giovani vogliono lavorare" : les jeunes veulent travailler. Campagne de sensibilisation dans la province de Mantoue

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Mathilde Auvillain, à Rome

Mots clés : jeunes, emploi, Italie, précarité, réforme, marché du travail,article 18