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Itinéraire d'une jeune femme pressée

par Clotilde Coron, Fanny Barbier - 14 Mars 2016

J'ai rencontré Clotilde Coron quand elle cherchait une entreprise où effectuer une thèse de gestion. C'était en début d'année 2013. Je l'ai croisée ensuite à une ou deux reprises puis ai assisté à la soutenance de sa thèse en décembre 2015, soit moins de 3 ans après sa recherche de terrain d'investigation. Assurément, elle n'avait pas perdu son temps...


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Après un bac littéraire obtenu à 17 ans, Clotilde entre en hypokhâgne et khâgne, au lycée Lakanal, à Sceaux. Elle est en section B/L. Outre le français, la philosophie et l'histoire, elle suit des cours de mathématiques et de sciences sociales. En 2009, elle intègre l'ENSAE (École nationale de la statistique et de l'administration économique). L'enseignement rigoureux, mathématique, qui va au fond des choses, plaît à cette fille dont les deux parents sont chercheurs en mathématiques ! Mais ne faire que de l'analyse quantitative de données sur un écran d'ordinateur lui plaît beaucoup moins, aussi mène-t-elle en parallèle à sa première année d'ENSAE une 3ème année de Lettres modernes à Paris III. Ce double cursus va bien à Clotilde, elle pense néanmoins que ce sera difficile, après avoir obtenu sa licence, de cumuler ENSAE et Lettres, aussi se dirige-t-elle vers Sciences Po. Et plutôt que de profiter du partenariat entre Sciences Po et l'ENSAE et d'entrer dans un des mastères scientifiques objets de ce partenariat, elle décide de présenter sa candidature pour le Master RH. « Par curiosité, je ne connaissais pas l'entreprise, ni à travers mes études, ni à travers la profession de mes parents ».


Clotilde mène et réussit ses 2 et 3 troisièmes années d'ENSAE et le M1 RH de Sciences Po. En 2012, elle est doublement diplômée et poursuit le Master de Sciences Po par une année d'apprentissage qu'elle effectue au sein du cabinet de conseil en organisation et management, Plein Sens. « Ce qui m'a plu, c'est que Plein Sens se présente comme un bureau d'études et de conseil plus que comme un simple cabinet de conseil ».


Pendant un an, elle est apprentie consultante sur des missions variées qui l'intéressent. En parallèle, parce qu'elle veut faire une thèse ensuite, elle est obligée d'effectuer un mémoire de recherche qu'elle choisit de mener au sein du Master de recherche de Sciences Po sur le thème de la charge de travail des cadres. Pour compléter le tableau, elle se met en quête, à partir de février 2013, d'un sujet de thèse, d'une entreprise qui pourrait l'accueillir dans le cadre du dispositif CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) et d'un laboratoire. « Je ne voulais pas de trou entre la fin de mon mémoire de recherche et le début de ma thèse ». Elle veut trouver un sujet de politique RH avec une double approche quantitative et qualitative. En discutant avec des chercheurs, elle décide que ce sera l'égalité professionnelle. En avril 2013, Orange lui répond positivement. Elle cherche alors un labo. Sciences Po ? Cela aurait été trop facile. Après avoir envisagé plusieurs options, Clotilde choisit l'Institut de Recherche en Gestion (IRG), sous la direction de Frédérique Pigeyre. Clotilde démarre sa thèse en septembre 2013. « L'entreprise a été formidable. J'ai eu un accès très facile au terrain, avec de nombreux entretiens. J'ai assisté à la négociation de l'accord égalité professionnelle qui a démarré en décembre 2013 pour aboutir à une signature en juillet 2014. J'ai eu accès aux bases de données RH. J'ai bénéficié d'une grande liberté dans mon travail de thèse tout en étant intégrée à l'équipe égalité professionnelle pour laquelle j'ai effectué des études, avec laquelle j'ai participé à l'écriture de l'accord et à l'organisation d'événements. » En parallèle (combien de fois ai-je eu recours à ces deux mots depuis le début de mon article ?), Clotilde commence à donner des cours à Sciences Po (« initiation à la GRH », « les méthodes quanti pour la GRH ») et à l'EHESS (« initiation aux logiciels statistiques ») et, à partir de mai 2015, elle encadre des mémoires à l'Executive Education de Sciences Po.


À l'automne 2015, deux ans après l'avoir démarrée, Clotilde termine sa thèse dont voici le titre : « L'appropriation, les effets et l'évolution des politiques d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans les grandes entreprises : Combiner les approches qualitative et quantitative pour appréhender ces politiques ». La soutenance a lieu le 14 décembre 2015. Depuis, Clotilde a cherché un emploi pour devenir en janvier 2016, Chef de projet big data RH chez Orange, tout en continuant ses enseignements et encadrements de mémoires et en prévoyant de faire des publications pour, un jour peut-être, rejoindre le monde académique.


Comment Clotilde vit-elle son poste de salariée lambda depuis janvier 2016 ? « Je suis moins libre, moins autonome dans la gestion de mon temps. C'est parfois un peu difficile. Mais je trouve extrêmement intéressant de participer à la vie de l'entreprise sur des missions ayant un vrai impact. Faire une thèse implique de prendre du recul ce qui n'est pas le fonctionnement normal dans les entreprises. En général, la capacité à prendre du recul diminue avec le temps passé sur un poste, c'est dommage. » Cela étant, le big data RH est un enjeu qui passionne la jeune docteure : « je ne sais pas ce que je ferai dans 5 ans. Ce sujet, à mon avis, ne sera pas bouclé alors et je pourrai continuer à m'y investir. Et si je rejoins le monde académique, pourquoi ne pas imaginer créer une chaire sur le big data RH en école de commerce ? »


Quels conseils Clotilde aimerait-elle donner aux jeunes qui arrivent ? « Je les vois en cours. J'en vois beaucoup qui se brident dans le choix de leur formation par peur de manquer de débouchés. Certes c'est une question importante, mais il faut faire un vrai arbitrage. C'est important de choisir une formation qui nous intéresse. »


Et aux plus anciens ? « Il faut qu'ils sachent que nous n'avons pas la même vision qu'eux de la carrière. Je trouve pesant de devoir coller aux stéréotypes de la génération Y ! Quand j'ai signé mon CDI chez Orange, les plus de 35 ans m'ont dit que j'allais y rester toute la vie. Je sais que j'y resterai tant que j'aurai des postes intéressants. Le jour où ce ne sera plus le cas, je partirai. Mais cela ne signifie ni un manque de loyauté ni un manque d'engagement ! »


C'est sur ces paroles que se terminera l'entretien mené un dimanche de mars. Dernière précision, Clotilde Coron trouve aussi le temps de jouer du violoncelle depuis l'âge de 5 ans, elle court et danse la salsa. Elle a 25 ans !

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Clotilde Coron, Fanny Barbier

Mots clés : Gestion, thèse, ENSAE, Science Po, IRG, GRH, big data, Orange, Clotilde Coron, Fanny Barbier

 
 

Réactions

  • 15/03/2016 10:43

    par Fanny Barbier

    Merci pour votre réaction. Ce portrait ne devrait pas figurer dans la rubrique "analyses" mais dans une rubrique que nous allons créer que nous appellerons "Parcours de travail". Cela étant, à nos yeux, sinon une analyse, il y a une leçon à tirer de l'article qui est la suivante : il ne faut pas s'arrêter dans un parcours professionnel. Il ne faut pas laisser de vide. C'est ce qu'a très bien su faire Clotilde Coron et ce que montre l'article, je l'espère.

  • 15/03/2016 08:32

    par Antoine

    J'ai lu cet article paru dans la rubrique "analyses", j'attendais donc des choses sur le contenu, en termes d'"analyses", par exemple des informations sur le contenu des travaux et de la thèse de la personne présentée, l'intérêt de ces travaux, et rien. Rien d'autre que la présentation d'un parcours de grande réussite d'une jeune personne certes très méritante mais aussi bien née, là où il fallait. Mais quel enseignement en tirer en termes de compréhension des questions sociales ? quel intérêt pour le lecteur, qui à la fin de l'article a l'impression d'avoir perdu son temps