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Jeunes : l'Europe vieillissante se tire une balle dans le pied

par Claude Emmanuel Triomphe - 04 Avril 2012

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L'Europe vieillit. La France vieillit. Les effets et impacts de ce processus sont multiples. On le voit avec la hausse continue des dépenses de santé qui y est étroitement corrélée. Et les coûts potentiels d'une assurance sociale en matière de dépendance sont tels que les promesses faites en la matière, il y a quelques années, sont renvoyées à des lendemains plus roses. Le vieillissement nous conduit aussi à interroger la place des seniors dans nos sociétés et, recul de l'âge de la retraite oblige, au travail. Tous ces efforts sont louables et doivent être poursuivis. Mais quid en revanche de la place des jeunes ? Car si l'on examine les politiques menées en leur nom - par les pouvoirs publics mais aussi par les entreprises - il y a de quoi s'inquiéter.

 

Ces toutes dernières années, la part des jeunes dans les mouvements sociaux qu'a connus l'Europe - sans oublier les printemps arabes ou bien encore les mobilisations étudiantes canadiennes ou chiliennes - est non négligeable. Du CPE français aux jeunes Grecs ou aux Indignés espagnols en passant par les étudiants allemands ou britanniques, sans parler des jeunes Polonais ou des jeunes Roumains qui ont plusieurs fois montré combien certains modes de gouvernement leur déplaisaient : la liste est conséquente. Evidemment il y a de tout dans ces mouvements, du conservatisme et une soif de renouveau. Mais n'y a-t-il pas aussi et d'abord une sorte de colère face à des sociétés qui, consciemment ou non, ont décidé de leur faire porter une partie significative des sacrifices auxquelles elles sont contraintes ?

 

Comme le montre notre dossier, en matière d'emploi, c'est une longue précarité qui attend des jeunes de plus en plus diplômés. Il ne s'agit pas la précarité de leurs pères, sorte de passage obligé, assez court, et qui préludait au début d'une ascension sociale. Mais la perspective ascendante est devenue beaucoup plus fragile et les temps de galère se sont sensiblement rallongés. Derniers entrés, premiers sortis : en ces temps de restructurations privées et publiques, force est de constater que les jeunes font partie de ceux que notre « consensus social » sacrifie au nom de la préservation des acquis. Et le statut d'emploi de beaucoup d'entre eux - CDD ou intérim - ne fait qu'accélérer le mouvement.

 

Ajoutons à tout cela un aspect ethnique devenu fondamental dans la plupart des pays européens. Les discriminations qui touchent les jeunes issus de l'immigration - et nous en sommes parfois à la 3ème, voire 4ème génération - sont massives. L'on pense aux discriminations dans l'emploi mais celles qui s'exercent à l'école, pour ne pas parler de la Cité, sont au moins aussi fortes. L'échec scolaire qui marque certains pays européens plus que d'autres, à commencer par la France, a une composante ethnique non négligeable, même si elle n'est pas l'unique explication. Il est temps de considérer les jeunes issus de l'immigration de manière racialement différente : jusque dans certains des errements qui les touchent, il ya là, non pas un « problème », mais une source de dynamismes et de renouveaux considérables, que nos politiques et nos systèmes s'emploient le plus souvent à ignorer, écarter, voire anéantir.

 

Quant à la place de jeunes dans la démocratie, et, pour ce qui nous intéresse, dans la démocratie sociale, elle n'est guère plus brillante. En dépit de quelques efforts ici et là, les troupes syndicales et représentatives sont bien grisonnantes (et nous laisserons de côté la question du genre qui pèse elle aussi lourdement). En matière de représentation, les difficultés sont démultipliées par la précarité. En d'autres termes la masse des jeunes en intérim ou en CDD n'a guère de porte-voix. Beaucoup sont tentés de mettre en cause leur individualisme ou leur passivité. Mais les chiffres de la vie associative comme la vitalité des Facebook, Twitters et autres réseaux sociaux viennent contredire ce préjugé. D'autant, qu'en matière d'individualisme, les générations plus anciennes peuvent leur en remontrer...

 

Bref il est temps de faire autrement. De faire des choix « pour » mais aussi et surtout des choix « avec » : les jeunes, pas moins que d'autres groupes, n'ont que faire de politiques compassionnelles. Dans de nombreux pays européens la crise oblige aujourd'hui à des choix drastiques. Et le débat austérité contre croissance a son pendant générationnel : jeunes versus seniors. Dans les deux cas, les choix qui se dessinent semblent ahurissants et témoignent d'une sclérose globale qui pourrait bien être fatale . Avons-nous vraiment décidé de persévérer dans nos déséquilibres et de nous tirer une balle dans le pied ? Les impasses passées et présentes sur les plus jeunes sont lourdes de menaces pour tous.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : Jeunes, senior, discrimination, politiques, emploi, précarité, Claude-Emmanuel Triomphe