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L'école allemande, dix ans après le choc Pisa

par Thomas Schnee - 02 Mars 2011

L'école allemande est-elle réformable ? A-t-elle évolué dans le « bon sens » depuis le Pisa-Schock de 2001 ? Ces questions, toujours d'actualité, sont nées du formidable « choc éducatif » déclenché par les résultats médiocres de l'Allemagne à la première étude Pisa, l'enquête comparative de l'OCDE sur le niveau des écoliers de 15 ans.

 

Schule

«Pendant des années, l'Allemagne a refusé de participer aux tests internationaux. Par ailleurs, chaque Land a son système. Ce cloisonnement n'a pas favorisé les comparaisons et les prises de conscience», analyse Martina Schmerr, spécialiste du primaire pour le GEW (syndicat de l'éducation). Au classement final, le pays de Goethe et Humboldt est arrivé en 21e position sur 31 ! L'Allemagne, fière de sa culture et tributaire de ses spécialistes de haut vol, a ainsi découvert que son système éducatif modèle n'en était pas un.

 

« L'étude Pisa ne nous dit pas ce que nous devons faire. Elle nous dit simplement où se trouvent les problèmes », rappelait en décembre dernier le Pr. Eckhard Klieme, coresponsable pour l'Allemagne de l'étude Pisa 2009. Pisa a révélé d'importants déséquilibres de niveaux entre les Länder, un système qui favorise ceux qui ont déjà accès au savoir et qui privilégie une pédagogie centrée sur le développement d'une personnalité équilibrée mais peu préoccupée par les résultats. Cette situation s'explique en partie par des structures scolaires marquées par le fédéralisme et l'Histoire.

 

Après 1945, la présence parentale dans la conduite des écoles a été favorisée et le système scolaire, primaire et secondaire, est resté sous la tutelle des Länder. Peu gênées par des lignes programmatiques nationales extrêmement lâches, chaque région, et même chaque école, a développé son modèle sans se demander si un bachelier berlinois valait un bachelier bavarois : « J'ai passé le bac comme tout le monde, dans mon lycée, corrigé par mes profs et j'ai planché sur les sujets qu'ils nous avaient préparés », se rappelle Uwe, un Berlinois qui a obtenu son Abitur (Bac) en 1983. Quant au système à trois branches, où les enfants sont sélectionnés dès onze ans, il a permis d'alimenter une filière d'apprentissage très efficace, mais n'a pas favorisé l'ascension sociale. Aujourd'hui encore, le lycée (Gymnasium) est la voie des futurs universitaires et ingénieurs, la Realschule, celle des techniciens supérieurs et la Hauptschule, celle des ouvriers qualifiés ou non.

 

Frénésie de réformes

Ayant regardé de l'autre côté de la barrière, parfois avec effroi, les Allemands se sont lancés dans une frénésie de réformes: « Celui qui échoue à mobiliser tout le potentiel des dons de la nation perdra la compétition internationale », déclarait le chancelier Schröder en 2002 en présentant un plan de 4,3 milliards d'euros destiné à permettre le passage à l'école à plein temps, jugée plus apte à former. En 2003, les Länder et le gouvernement fédéral ont aussi créé un Institut pour le développement de la qualité dans le système éducatif (IQB). Celui-ci a défini pour la première fois de vrais standards nationaux en mathématiques, Allemand et langues étrangères. Enfin, chaque Land a commencé à réformer son propre système, en fonction de ses moyens financiers: « À Berlin, tout est en réforme. Les maternelles ont été dotées d'un vrai programme éducatif, les écoles primaires se transforment en école à plein temps, il y a des cours de langues étrangères dès le CM1 et on expérimente des classes à plusieurs vitesses. Et depuis 2007, tous les lycéens passent le même baccalauréat », énumère Stephanie, enseignante du secondaire. 

 

Dix ans après le choc Pisa, il est trop tôt pour évaluer les résultats de ces réformes, mais il y a du mieux : « La dernière étude Pisa montre que le niveau des élèves allemands s'est amélioré. Nous sommes au moins remontés dans la première moitié du tableau. Dans le même temps, le nombre des enfants qui sortent de l'école sans aucun diplôme se maintient à 7 % d'une classe d'âge pour les enfants d'origine allemande et 13,4 % pour les enfants d'immigrés», explique Chritian Ebel, spécialiste de l'éducation pour la Fondation Bertelsmann : « Pisa a réveillé les consciences dans tous les milieux. Les parents espèrent plus pour leurs enfants et les poussent vers les meilleures écoles », précise-t-il. Résultat, les effectifs des lycées et des Realschule sont en progression pendant que ceux de la Hauptschule, qui devient une voie de garage, diminuent et s'affaiblissent. Renforcée par le recul démographique, cette tendance pose un réel problème pour l'enseignement professionnel.

 

Alors que le rapport entre l'offre et la demande de places d'apprentissage est à peu près équilibré, les entreprises se plaignent que le niveau des candidats baisse. En 2010, un sondage réalisé auprès de 15 000 entreprises par la Fédération  des  Chambres  de  commerce  et  d'industrie allemandes (DIHK) montre que 54 % des entreprises organisent des cours de remise à niveau pour des apprentis aux connaissances de plus en plus lacunaires et de moins en moins capables d'arriver à l'heure à un rendez-vous. 

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Thomas Schnee

Mots clés : Allemagne, Pisa 2001, système compartimenté, niveau, sélection précoce, apprentissage