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La face cachée de l’émigration polonaise

par François Gault, Varsovie - 01 Mars 2008

En Pologne, plusieurs enquêtes analysant les conséquences sociales et familiales de l’émigration suscitent l’inquiétude. Elles démontrent que cette émigration massive casse les liens familiaux.

Depuis 2004, et l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, environ deux millions de Polonais (12% des « actifs ») ont émigré dans les pays de l’Ouest de l’Europe, Grande-Bretagne et Irlande en priorité. Age : entre 25 et 30 ans. Tous sont partis pour de meilleurs salaires. Mais, en même temps, ils ont découvert une autre façon de vivre et de travailler, correspondant sans doute davantage à ce qu’ils attendent de la vie.
Certains secteurs d’activités ont été plus touchés que d’autres par cette vague : informatique, commerce, bâtiment et travaux publics, professions de santé etc… En Pologne, un tel flux a entrainé une véritable pénurie de main d’œuvre. En revanche, il a eu un double effet : d’une part, en trois ans, le taux de chômage est passé de 21% (2003) à 11% (2007) ; d’autre part, dans les secteurs où sévit la pénurie, les salaires ont augmenté de 15 à 40%, meilleure façon sans doute de retenir les Polonais au pays.
Pour limiter les effets de cette émigration, les chefs d’entreprises ont embauché Russes, Ukrainiens, Asiatiques. Or, la plupart de ces autres émigrés aspirent, - eux aussi - , à travailler plus à l’Ouest de l’Europe. Sans doute, la Pologne n’était-elle pas préparée à une telle émigration, aussi massive, estiment les experts. Certes, le flux a ralenti. Depuis un an, les départs sont moins nombreux et l’on chiffre entre 5 et 10% le retour au pays des émigrés polonais.

500 000 procédures de divorce

Mais quelques années après des vagues de départ, une autres réalité de cette émigration apparaît. Aujourd’hui, on enregistre plus de 100.000 divorces dûs à cette émigration massive, 80.000 pour la seule année 2007. Aujourd’hui, 500.000 couples vivent séparément, l’un des conjoints travaillant à l’étranger. « Le divorce concerne 30% des jeunes couples dont l’un des deux a émigré ! » affirme un professeur de l’Université de Jagellon, à Cracovie. Dans les grandes Voivodies, les départements familiaux des Tribunaux enregistrent en permanence une centaine d’affaires relevant des « droits des enfants ». Raison : l’éclatement du couple. Et les juges de réclamer la réforme ou l’amménagement des droits parentaux, quand l’un des parents vit à l’étranger et que l’autre se trouve dans l’incapacité d’élever seul l’enfant.
Les Associations des Droits parentaux et des Droits des enfants lancent des avertissements répétés : les procès relatifs à la garde, voire à l’enlèvement d’enfants ne cessent de se développer. Lorsque les deux parents émigrent ensemble, il arrive aussi que la garde des plus jeunes enfants soient confiés aux frères aînés. Depuis deux ans, 140.000 enfants sont placés dans des orphelinats sociaux. En Pologne, on les appelle aussi les « orphelinats d’émigration».

François Gault, Varsovie

 
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Auteur(s) : François Gault, Varsovie

Mots clés : François Gault, pologne, migration, émigration, immigration, travailleur migrant, pénurie, main d'œuvre

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