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La flexicurité emportée par la crise économique et financière    

par Frédéric Turlan - 28 Novembre 2011

Claude Emmanuel Triomphe répond aux questions de Liaisons sociales Europe et tire les leçons d'un projet européen consacré au droit social en Europe par temps de crise.

 

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La flexicurité a-t-elle été emportée par la crise économique et financière ?

La flexicurité n'est pas conçue pour les temps de grosse tempête : les mesures adoptées par les onze États membres étudiés sortent du schéma du donnant-donnant et de la compensation en cas de réduction des droits. Dans les pays les plus touchés par la crise, les droits ont été réduits, un point c'est tout !


Au moment de la crise de 2008, le recours massif au chômage partiel a été présenté comme une mise en œuvre de la flexicurité. Ce n'est pas faux, mais c'est par un hold-up que les partisans de la flexicurité ont intégré le chômage partiel dans le concept de flexicurité. Jusque-là, cet amortisseur social fondé sur la réduction du temps de travail et la flexibilité interne n'était quasiment jamais évoqué comme un outil de flexicurité.

 

La flexicurité est-elle enterrée ?
Non, mais ce concept a clairement montré ses limites et il ne peut plus être considéré comme le paradigme central des politiques européennes du marché du travail. Enfin, une des finalités de la flexicurité, qui était de réduire la fragmentation du marché du travail entre les salariés permanents et les précaires, n'a pas résisté à la crise. D'une part, les premières victimes des effets de la crise financière ont été les travailleurs temporaires. D'autre part, dans tous les pays étudiés, qu'ils soient ou non touché par la crise de la dette, la segmentation du marché du travail est toujours là - voire s'est aggravée - et les inégalités n'ont cessé de croître. Aujourd'hui les partisans de la flexicurité admettent qu'elle n'obtient pas les résultats escomptés car, selon eux, les États ne seraient pas allés assez loin dans sa mise en œuvre. Or, les grandes institutions internationales, comme l'OCDE et le FMI, soulignent elles que le grand enjeu est la réduction des inégalités plus que l'introduction d'une fluidité dans le marché du travail.

 

Assiste-t-on à une « déconstruction » du droit du travail sous la pression de la crise de la dette ?
Sur l'ensemble des pays étudiés, on ne peut pas répondre de façon générale. Des pays comme l'Autriche ou la Suède sont passés rapidement à travers la crise économique et financière et ne connaissent pas la crise de la dette. Mais il est vrai que dans certains pays fortement touchés, on assiste à des remises en cause drastique du droit du travail - par exemple sur la remise en cause du modèle conventionnel en Grèce et peut-être bientôt en Espagne, la volonté d'avoir « le Code du travail le plus flexible du monde » en Hongrie - et des protections sociales (réduction d'indemnités, conditionnalité des aides...). L'Europe est mal à l'aise par rapport à la segmentation du marché du travail et au sacrifice des précaires. La crainte est que les plans d'austérité annoncés partout ne juguleront pas ce phénomène voire vont l'aggraver.

 

Cet article est paru dans le n° 290 de Liaisons Sociales Europe

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Frédéric Turlan

Mots clés : droit du travail, protection sociale, flexicurité, chômage partiel, crise, marché du travail, Grèce, Espagne, Hongrie, Claude-Emmanuel Triomphe