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La liberté, moteur de performance et de révolution managériale

par Laurène Fauconnier - 09 Janvier 2013

Liberté + responsabilité = performance + bonheur. Telle pourrait être la devise d'Isaac Getz, professeur de leadership et de l'innovation à ESCP Europe. Il faudrait construire les organisations pour l'homme et non contre lui et bannir les vocables management, motivation, culture et valeurs pour faire de l'entreprise un modèle de performance. Décapant et sûrement bouleversant !

 

getz

Isaac Getz s'inscrit résolument à l'encontre des pratiques managériales qui, crise aidant, auraient tendance à limiter les initiatives, augmenter les reportings, les normes et faire de la frilosité une habitude. Son dernier ouvrage écrit en collaboration avec Brian M. Carney « Freedom Inc » analyse et relate les expériences et succès des entreprises et managers dorénavant devenus « leaders » qui permettent une initiative complète à leurs collaborateurs. Situées en France, aux États-Unis ou encore en Finlande, ces entreprises ont été « libérées » par des dirigeants visionnaires qui ont révolutionné l'organisation et la culture de leurs firmes.

 

Elles connaissent une forme d'organisation sans pyramide hiérarchique, les managers deviennent supports, facilitateurs, catalyseurs au service des salariés. Chaque membre de l'entreprise est traité comme « intrinsèquement égal » dans un environnement qui facilite le développement de leurs compétences, qui permet l'auto-direction des salariés et favorise créativité, réactivité, innovation. Dans de telles entreprises, les signes distinctifs hiérarchiques disparaissent (bureaux individuels, voitures de fonction, etc...).

 

Chacun est libre de son action dans son périmètre de responsabilité s'il juge que son action est bonne pour l'entreprise. « Cette liberté s'accompagne de la responsabilité d'agir dans le sens de la vision de l'entreprise car la liberté sans la responsabilité mène immanquablement à l'anarchie du chacun pour soi » (I Getz RH tribune). Tout ceci suppose de faire un pari, celui de la confiance et non du contrôle a priori.

 

La conviction d'Isaac Getz est que l'organisation classique des entreprises conduit à la frustration et à la sous - performance. Il donne l'exemple de Harley Davidson qui a mis 10 ans à se transformer en « Freedom Inc » et qui dans le même temps est passé de 17% de parts de marché à 50%. Ou encore le cas d'une PME de Picardie, Favi, qui exporte en Chine des produits moins chers que ceux que fabriquent les Chinois.

 

La crise n'a fait que renforcer ses convictions. Ainsi, évoquant l'exemple des banques et autres institutions financières, il affirme que « pour réduire la probabilité des catastrophes, les entreprises (organisations privées comme publiques) doivent trouver un moyen d'augmenter de manière continue la complexité, la richesse de relations humaines de leurs organisations. Or, les organisations continuent de réduire cette complexité humaine. Dans les bureaucraties, les gens sont fondamentalement réduits à des automates ou à des êtres primaires dont on cherche à contrôler le comportement et ils se comportent comme tels. Mêmes les plus enthousiastes et les plus futés d'entre eux sont "digérés" par la bureaucratie et deviennent frustrés, voire cyniques. » (I Getz La Tribune).

 

Ces entreprises « libérées » sont peu nombreuses dans le monde mais elles existent bel et bien avec des résultats impressionnants à la clé. Les auteurs de « Freedom Inc » en tirent donc des enseignements et des principes qui, ils l'admettent, ne peuvent être appliqués à toutes les organisations, notamment les plus rigides et les plus hiérarchisées, non plus qu'à tous les salariés, car ceux-ci doivent se comporter en « vrais adultes » ce qui, d'après les auteurs, est loin d'être le cas de tous.

 

La liberté est supposée performante, sans doute, mais ça ne suffit pas. Par contre reconnaître que la confiance est fondamentale mériterait d'être largement partagé. Les recommandations d'Isaac Getz ont le mérite de secouer certaines idées reçues, mais il n'est pas le seul, et de parler tant aux salariés qu'aux managers, mais en évitant les sujets qui fâchent. Les bonnes pratiques relevées sont insuffisamment contextualisées et elles laissent un certain sentiment de gêne et de scepticisme. Peut être une réaction trop française à une proposition trop américaine.

 

Pour en savoir plus

Isaac Getz et Brian M. Carney «Liberté & Cie» (Fayard 2012; édition poche Champs Flammarion 2013), traduction française de « Freedom Inc »

Philosophie et Management

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Laurène Fauconnier

Mots clés : management, liberté, autonomie, responsabilité, Isaac Getz, Laurène Fauconnier