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La mondialisation remet en cause les modèles d'intégration  

par Blanca Jiménez García - 10 Mai 2013

Le Centre d'analyse stratégique (CAS), publie une note « Multiculturalisme et mondialisation »  qui s'appuie sur diverses analyses présentées lors du 20ème rendez vous de la mondialisation en novembre 2010. Au delà des différentes conceptions du multiculturalisme, une question se pose : « comment concilier au niveau d'un Etat-nation  une hétérogénéité sans cesse croissante de groupes sociaux voués à vivre ensemble ? » 

 

Multiculturalisme, diversité culturelle

Yudhishthir Raj Isar, professeur à l'université américaine de Paris, s'interroge sur la réalité du multiculturalisme aux Etats-Unis. Il note le peu d'initiatives en la matière au niveau fédéral et un discours qui privilégie aujourd'hui le respect des différences sexuelles ou le respect du genre. 
Le Royaume-Uni qui a opté pour l'égalité raciale est actuellement confronté à des difficultés, à l'instar des Pays Bas. Dans de nombreux pays d'Amérique Latine, « le multiculturalisme est là pour répondre aux revendications de groupes qui défendent leurs droits, au nom d'origines antérieures à celles des autorités détentrices du pouvoir ou au nom des discriminations passées ». En Europe de l'Est et en Europe centrale les minorités « nationales » veulent affirmer leur place dans des Etats-nations succédant aux empires « multinationaux » Ainsi, il existerait peu de pays animés d'un vrai respect du multiculturalisme, il ne cite que l'Inde, l'Indonésie et l'Afrique du Sud ett revient aux modèles qui ont historiquement prédominé :

 

 

  • le « procéduralisme » prend pour axiome principal la non intervention de l'Etat, garante d'une paix sociale qui, en ne mettant pas ou peu de barrières aux choix individuels, favorise l'expression maximale de la diversité ». Pourtant ce modèle ne serait qu'une idée illusoire.

 

 

  • « l'assimilationisme civique » affirme la nécessité d'une culture politique partagée mais accepte l'expression des différences dans l'espace privé ». Ce serait le cas de la France qui montre néanmoins combien la distinction entre sphère publique et sphère privée reste problématique.

 

  • le « millet », où chaque individu est situé dans une communauté et peut agir librement. Le cas de l'Empire ottoman est cité avec la particularité d'une absence d'espace public. Un modèle impraticable dans la mondialisation estime Yudhishthir Raj Isar.

 

 

« Aucune de ces approches ne saurait concilier unité et diversité » affirme t-il. Il faut « une reconstruction des identités nationales, par l'intermédiaire de quatre principes : définition d'un socle de valeurs d'ordre politique plutôt qu'ethnoculturel, reconnaissance du droit à l'identité multiple, conception inclusive de la communauté nationale, affirmation de l'égalité d'opportunités pour tous ».

Lors de cette conférence, Philippe d'Iribarne, directeur de recherche au CNRS, analyse le modèle français d'assimilationisme civique et souligne ses limites. Un modèle bâti sur une « muraille de Chine » censée séparer un « espace public voué à la stricte neutralité et un espace privé qui permet l'expression de la diversité ». Il revient au cas de la crèche Baby Loup dans laquelle une salariée voilée avait été renvoyée, et aux contradictions que cette affaire révèle, service public, espace public, espace privé... ?

Par ailleurs, il évoque les sociétés multiculturelles, Empire ottoman ou Etats-Unis, qui sont d'après lui des sociétés fortement ségréguées et inégalitaires. A l'inverse, le Japon, société traditionnellement égalitaire, ne connaît pas ou peu le multiculturalisme. « Il n'est pas anodin que le populisme rencontre actuellement le plus de succès dans les sociétés du Nord de l'Europe, par exemple la Norvège, qui ont affirmé avec le plus de constance leur refus de toute ségrégation ». Philippe d'Iribarne souligne la différence entre corps politique et corps social auxquels renvoient les débats sur le multiculturalisme. Si les immigrés connaissent en France une intégration « relativement peu difficile » dans le corps politique, il n'en va pas de même dans le corps social.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Blanca Jiménez García

Mots clés : modèle d'intégration, mondialisation, discrimination positive, reconnaissance, ethnie, différences culturelles