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La zone grise du sous-emploi

par Paul Santelmann - 19 Décembre 2016

Une étude de l'Insee Auvergne-Rhône-Alpes (Insee Analyses n° 27 - octobre 2016) met l'accent sur les situations de sous-emploi qui se développent à la frontière du chômage et de l'emploi « stable ». Cette zone recouvre ce qu'on appelle le halo autour du chômage (les inactifs qui souhaitent occuper un emploi sans répondre à tous les critères du Bureau International du Travail pour être recensés comme chômeurs) et le sous-emploi (les personnes qui travaillent moins qu'elles ne le souhaitent). Paul Santelmann, directeur de la veille « emploi & qualifications » à l'Afpa nous parle de cette zone grise dans cette chronique reproduite avec son accord :

 

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Image : Martin Vlach


Dans cette région qui possède une situation d'emploi plus favorable que celle de la France métropolitaine (enquête emploi 2014) les actifs en sous-emploi et les inactifs faisant partie du halo autour du chômage sont plus nombreux (330 000) que les chômeurs (300 000).


Cette zone interstitielle progresse depuis des années à la faveur du développement du sous-emploi largement occupé par les femmes (72 %) à temps partiel contraint et qui souhaitent travailler davantage. Ce sous-emploi est fortement développé dans les services et représente dans certains secteurs plus de 8 % des actifs en emploi... Ce sont les employés peu qualifiés qui connaissent le taux de sous-emploi le plus élevé : 19 % pour les femmes et 11 % pour les hommes. Chez les femmes, les professions les plus touchées sont celles d'animateurs socioculturels et de loisir, d'aides de cuisine, d'employés de maison et de ménage, de surveillants et d'aides-éducateurs des établissements d'enseignement, mais aussi de formateurs et animateurs de formation continue. Chez les hommes, ce sont les serveurs de restaurants et bars et les ouvriers et employés peu qualifiés, en particulier les employés de nettoyage...


Le sous-emploi concerne également les artisans et commerçants. Parmi les non-salariés hommes, les artisans du bâtiment, en particulier les maçons, connaissent des taux de sous-emploi élevés. Parmi les femmes, les artisans de coiffure, de manucure, d'esthétique sont les plus concernées par le sous-emploi. Enfin, les formes de précarité de l'emploi se cumulent : les actifs qui travaillent en CDD sont plus souvent en situation de sous-emploi : 20 % sont dans ce cas, et jusqu'à 23 % pour les femmes.


Ainsi donc la focalisation sur le taux de chômage n'est pas la meilleure façon d'apprécier le rapport à l'emploi des personnes en âge de travailler. Rappelons qu'au niveau national (66 millions de personnes) les 16-65 ans sont environ 40 millions pour une population active de moins de 30 millions dont 26 millions d'actifs en emploi. Il y a donc à la fois un faible taux d'emploi et un sous-emploi en augmentation qui font reposer sur une minorité de la population l'emploi productif reconnu comme tel, mais qui masque toutes les autres formes d'activités socialement utiles.


Cette situation soulève la question de la transition vers un nouveau modèle de répartition (et de reconnaissance) des activités contributives à la production de biens matériels et de biens sociaux. De nombreuses activités et fonctions d'intérêt général ne sont pas assurées (malgré le bénévolat) alors même que nombre de personnes veulent travailler non pas seulement pour avoir un revenu, mais pour concourir à la vie collective et sortir d'une situation d'assistanat intolérable en termes d'identité sociale. Plutôt que de se focaliser sur la courbe du chômage, il est temps de s'intéresser à tous les leviers appropriés à une réorganisation collective et individuelle des activités économiques, sociales et sociétales en privilégiant leur mixage plutôt que leur séparation.


Pour en savoir plus :
- La web TV de l'AFPA 
- Le blog de la web TV de l'AFPA 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Paul Santelmann

Mots clés : Sous-emploi, halo du chômage, chômage, modèle de répartition, CDD, bénévoles, artisans, commerçants, vie collective, Paul Santelmann