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Le départ du plombier polonais

par François Gault, Varsovie - 18 Février 2009

polish plumber

Près d'un Polonais sur dix retourne dans son pays d‘origine. Cinq ans après l'intégration européenne, le mouvement d'émigration s'inverse.

En 2004, lorsque la Pologne intègre l'Union européenne, c'est la ruée : près de deux millions de Polonais émigrent vers l'Ouest de l´Europe. Ils ont entre 25 et 40 ans, et représentent 11% de la population active. En quatre ans, la Pologne (38,2 millions d'habitants en 2008) devient le principal foyer d'émigration interne à l'Union européenne, destinations la Grande-Bretagne et l'Irlande.

Depuis 18 mois, 100 à 200 000 Polonais sont rentrés au pays, près d'un immigré sur dix ! « Celui qui rentre, après avoir travaillé en Grande-Bretagne ou dans un autre pays de l'UE, s'enregistre auprès de nous, explique Bozena Diaby, experte au ministère du Travail polonais. Ils sont près de 5000 par mois. Mais cette vague de retour n´est pas définitive ! ».

Une réadaptation difficile

Parmi ceux qui rentrent, beaucoup repartent quelques mois plus tard. A l'origine, les salaires constituaient le principal attrait. Mais, beaucoup ont découvert une autre façon de vivre et de travailler, correspondant sans doute, à ce qu'ils attendaient de la vie professionnelle.

C'est le cas de Slawomir Szostak. Cet enseignant, marié, père d'un enfant s'explique : « après quatre années de travail à Londres, j´ai le même problème que la plupart des émigrés polonais. Je suis totalement déphasé. Ici, en Pologne, on se retrouve parfois sous la coupe d'une hiérarchie et dans une ambiance de travail, proche du harcèlement. Les relations de travail entre employeurs et employés sont féodales ! Si bien qu´après un trimestre ou deux passés en Pologne, la plupart d'entre nous repartent à l'étranger ! ».

Ceux-là considèrent qu'ils se sont parfaitement assimilés ans dans leur ancien pays d‘accueil. Ils déplorent le manque de reconnaissance surtout en province et dans les petites villes. Résultat : ils remettent le cap sur la Grande-Bretagne, ou bien vers la Norvège et la Finlande. Et, cette fois, beaucoup emmènent leurs familles. C'est le cas de Slawomir Szostak.

Ce phénomène de « ré-émigration » est tout à fait nouveau. Aucun observateur social ne l'avait anticipé. La crise économique mondiale pourrait renforcer cette tendance. A terme, ces migrations peuvent modifier durablement la carte de l'emploi en Union européenne. Quant à ceux qui décident de rester en Pologne, ils pourraient exiger une nouvelle donne dans les domaines du dialogue social, des relations au travail, de la formation professionnelle et des rapports entre syndicats.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : François Gault, Varsovie

Mots clés : migration, crise, grande bretagne, pologne