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Le Jeune : rare mais pas cher 

par Clotilde de Gastines - 16 Septembre 2009

Tous les pays de l'OCDE mettent en place des dispositifs spécifiques pour les jeunes. Les plus performants comme le Canada soignent au mieux la transition de l'école à l'emploi. Anne Sonnet est responsable du Projet sur les jeunes (15-30 ans) à la division d'analyse et de politique d'emploi de l'OCDE. Entretien

 

La ressource jeunes s'amenuise, en 2050, on estime que les moins de 25 ans représenteront 15% de la population, contre 20% aujourd'hui.  Est-ce que cela remet en cause la nécessité de mesures spécifiques ?

 

Les pays de l'OCDE connaissent un vieillissement de leur population active. Les jeunes sont par conséquent un potentiel très important pour le dynamisme de l'économie et de la société future. Mais être jeune ne suffit pas, il faut être bien formé. La question de l'intégration des jeunes sur le marché du travail ne relève pas d'une équation démographique, qu'on pourrait résoudre simplement arithmétiquement : les seniors vont partir à la retraite en grand nombre et seront remplacés par les jeunes. Si ces jeunes ne sont pas bien préparés à entrer sur le marché du travail, ils seront en échec.

En effet, dans tous les pays de l'OCDE même dans les périodes de croissance économique forte, il existe un problème jeune, un petit nombre de jeunes défavorisés peu qualifiés et risquant de rester à la marge : au Canada, par exemple ce sont les jeunes  Autochtones, d'origine indienne, qui habitent dans des réserves, ou bien des jeunes qui habitent dans des endroits isolés, à Terre Neuve par exemple ; en Australie, ce sont les jeunes Aborigènes ; en France, ce sont les jeunes qui habitent dans des quartiers difficiles, souvent issus de l'immigration, tout comme au Pays-Bas et au Danemark.

 

Le Canada fait-il figure d'exception au sein des pays de l'OCDE ? Ce pays affiche un  palmarès enviable : chômage des jeunes en baisse - excellente performance PISA - transition école-emploi facile - forte chance de promotion professionnelle. 
 
Non, le Canada n'est pas une exception. Une dizaine d'autres pays de l'OCDE connaissent également un marché du travail des jeunes dynamique et performant.  Parmi les pays qui ont participé à notre examen et qui nous ont beaucoup impresssionnés, citons en particulier les Pays-Bas, le Danemark et l'Australie.

 

Quels sont les facteurs qui favorisent l'insertion professionnelle des jeunes ? La nécessité, l'insertion progressive par le cumul de l'emploi et des études, le coût élevé des études qu'il faut rentabiliser?

Le Canada a réussi à optimiser les périodes de précarité des jeunes. Ce sont les étudiants qui trustent l'emploi à temps partiel et intérimaire car ils sont obligés de travailler pour financer leurs coûteuses études post-secondaires. Mais cette expérience professionnelle est très valorisée par les employeurs. Une fois diplômés, à leur entrée sur le marché du travail, ils sont aussitôt intégrés dans des emplois permanents.

 

Le cumul études-emploi n'empêche pas la réussite scolaire. L'un des atouts du Canada, c'est de former la plus grande proportion parmi les pays de l'OCDE de diplômés du « post-secondaire »  (50%) avec une proportion élevée de cycle court (collèges d'enseignement général et professionnel ou cégeps au Québec). Le haut niveau de diplôme ne signifie pas non plus que les jeunes Canadiens soient diplômés plus tard. Ils arrivent sur le marché du travail autour de 23 ans. C'est un système où il faut faire progressivement ses preuves.

 

Ce processus est très différent du système français où la transition de l'école à l'emploi est très abrupte. En France, on fait ses preuves par le diplôme. C'est vraiment très rare que l'expérience professionnelle supplante le diplôme. Quand les jeunes Français entrent sur le marché du travail, on ne leur propose pas une insertion durable, on les fait passer par des périodes de stage et de précarité qui débouchent rarement sur une insertion durable. 

 

Le coût des études n'a pourtant pas le même effet au Royaume-Uni ?

La performance du  système anglais est beaucoup plus inégale. Certains jeunes décrochent très tôt et n'arrivent pas à réintégrer le système d'enseignement. Les Canadiens sont plus proches des jeunes Nordiques. Ces derniers cumulent souvent emploi et études, même s'ils perçoivent une aide de l'Etat, l'allocation-étude très généreuse ou l'aide au logement. Cela leur permet d'être autonomes et de quitter très vite le domicile familial.

 

La différence qu'illustre bien le Danemark, c'est que comme les études sont gratuites, le jeunes Danois ont tendance à rester étudiants très longtemps, ce qui préoccupe leur gouvernement. Le cumul emploi-études retarde la préparation des examens. Nombreux sont ceux qui effectuent une année de césure, après leur bac ou se réorientent. Ils ne vont se présenter sur le marché du travail que vers 30 ans, sept ans environ après les jeunes Canadiens.

 

Comment gérer l'impact de la crise sur l'emploi et l'insertion professionnelle des jeunes ?

Les jeunes sans qualification et les moins formés sont les premiers touchés par la crise, mais les gouvernements doivent aussi intervenir pour aider les jeunes qui vont finir leurs études cette année, car ils risquent de constituer une génération sacrifiée. Les jeunes peu formés cumulent les difficultés et risquent d'être les derniers dans la file d'attentequand la reprise sera là. Les gouvernements doivent les aider à obtenir une qualification, par exemple en subventionnant leur apprentissage.

En France, il faut aussi aider les jeunes qui sont à l'université et ne parviennent pas à obtenir leur diplôme. Ils risquent également de se retrouver sur le carreau au moment de la reprise, même s'ils ont leur bac. Laurent Wauquiez a émis l'idée de « formation-commando », pour faire en sorte que ceux-ci puissent se réorienter vers des formations pour métiers en tension, de la psycho aux métiers d'aide à la personne ou de l'assurance par exemple.

 

Pourquoi le taux de chômage de longue durée est-il si important chez les jeunes Européens ?
 
C'est surtout un problème de fonctionnement du marché du travail et d'obstacles à l'embauche de débutants. Ainsi en France, l'incidence du chômage de longue durée chez les jeunes est de 25 %. Le système français crée beaucoup trop de « débutants en mal d'insertion », en transit entre emploi précaire et chômage, premières victimes du chômage de longue durée. C'est notamment en raison du coût du travail relativement élevé des travailleurs peu qualifiés  et parce qu'il y a des barrières en terme de protection de l'emploi des gens en place.

Le Canada a un marché du travail plus dynamique avec davantage d'opportunités d'emploi pour tous. L'assurance-emploi est peu accessible aux jeunes débutants et s'arrête après un an. Certaines provinces connaissent par contre un chômage répétitif des jeunes qui ont des activités saisonnières comme dans le secteur de la pêche à Terre Neuve.

 

Quelles sont les réformes à venir ? Des solutions à court terme ou bien des réformes structurelles ?

Il faut des solutions à court terme comme nous l'avons mentionné plus haut mais à l'OCDE, on voit la crise comme une opportunité pour enclencher des réformes structurelles. L'enjeu majeur est de créer davantage de secondes chances à la qualification pour les jeunes Européens. Au Canada, les transitions école-emploi sont très variées avec des décrocheurs mais aussi beaucoup de raccrocheurs :  les jeunes ont l'habitude de bouger car leur seconde chance est bien réelle.

En France, la Commission Hirsch a pris en compte dans son Livre vert le principe de ne laisser aucun jeune à l'abandon et ce serait regrettable de ne pas mettre en œuvre les propositions qu'elle a faites. De nombreux pays de l'OCDE se lancent dans des réformes de leur système d'enseignement. En Australie, le gouvernement va faire passer l'obligation de formation à 18 ans et a instauré une aide aux apprentis qui ont perdu leur emploi car leur entreprise a fait faillite. Au Royaume-Uni, durant les deux années qui viennent on prévoit de donner un bonus aux jeunes de 16-17 ans qui continuent leurs études. Ce sont également des mesures à court terme pour retarder les effets de la crise.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Clotilde de Gastines

Mots clés : Anne Sonnet, OCDE, Jobs for Youth, emploi, crise

Notes de lecture :

Capital.fr, Interview d'Anne SONNET, La France doit avancer des solutions pour éviter que la génération 2009 soit sacrifiée sur le marché du travail.


La série de l'OCDE

Après l'emploi des seniors, des personnes handicapées, l'OCDE examine l'emploi des jeunes dans douze pays différents : Australie, Norvège, Japon, Royaume-Uni, Canada, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Espagne, Corée, République Slovaque, France et Belgique. Quatre rapports supplémentaires seront livrés à la fin de l'année sur le Danemark, la Pologne, les Etats-Unis et la Grèce.

 

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