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Le logement à La Poste : histoire et enjeux

par Philippe Saillard, interviewé par Pierre Maréchal - 14 Juillet 2015

Le logement a toujours constitué un élément important de la politique sociale de La Poste. Le 6 juillet 2006, l'entreprise signait un accord social sur la mise en œuvre de sa politique du logement social. Pour simplifier l'accès à l'offre de logement, un Service Logement de La Poste était créé. Depuis, deux autres accords unanimes ont été reconduits en 2011 et 2014. Tradition, hébergement, logement familial, pacte social... Pierre Maréchal s'est entretenu avec Philippe Saillard, délégué au logement du groupe La Poste, pour retracer l'évolution du logement des postiers.

 

Une tradition ancienne des PTT qui remonte au début du XXe siècle

 

La Poste

Pendant tout le XXe siècle, le service des Postes, des Télégrammes puis des Télécommunications avait un besoin important de main-d'œuvre dans un contexte de croissance, engendrée par une forte urbanisation et des nouveaux services apportés (le téléphone notamment). Au début du XXe siècle, il fallait loger les « demoiselles de téléphone ».

 

C'est ainsi qu'en 1906, un foyer s'ouvrit rue de Lille à Paris où ces jeunes femmes célibataires étaient logées. C'était une sorte d'internat.

 

Tout au long du XXéme siècle, le développement des activités des PTT ont nécessité des vagues de recrutements massifs de jeunes postiers venant de province qu'il fallait héberger dans des immeubles de l'administration. Ils y passaient quelques années en attendant de s'installer ou d'être muté, souvent pour rejoindre leur région d'origine.

 

Cette politique permettait de recruter et d'offrir un logement sain, évitant au personnel de vivre dans des conditions d'hygiène précaires.

 

Les receveurs avaient de leur côté, droit à logement de fonction situé généralement dans les locaux des bureaux auxquels ils étaient affectés.

 

C'est ainsi que le logement a toujours constitué un élément important de la politique sociale de l'entreprise.

 

 

De l'hébergement au logement familial

 

 

L'après deuxième guerre mondiale est marquée par plusieurs choses :


• une forte croissance qui implique des besoins importants en main-d'œuvre dans les zones urbaines,
• l'élévation importante de la norme des logements : on veut bénéficier du confort moderne. La reconstruction se fait avec des normes plus exigeantes et des formes d'urbanisme expérimentées entre les deux guerres,
• la prise de conscience que les entreprises doivent collectivement s'impliquer dans le logement de leur personnel.

 

Pour les PTT, il s'agit de construire des logements familiaux pour les postiers, principalement dans la région parisienne et dans les grandes métropoles régionales.

 

C'est ainsi qu'en 1957, « Toit et Joie » (aujourd'hui ESH sous forme de SA HLM) est créée sur le modèle coopératif à l'initiative d'Eugène Thomas, secrétaire d'État aux PTT.

 

Par ailleurs, les PTT, qui sont toujours une administration, et ne contribuent pas au 1% (PEEC Participation des Employeurs à l'Effort de Construction), construisent sur leurs fonds propres des ensembles immobiliers patrimoniaux pour loger les personnels de la Poste (comme par exemple la tour Keller à Beau Grenelle - Paris 15ème).


Ce n'est qu'en 1995 que les PTT, en changeant de statut, sont assujettis au 1 %.

 

La politique logement du Groupe La Poste est aujourd'hui construite sur cette double origine.

 

- La Poste est la première entreprise française par le montant de sa contribution à la PEEC, ce qui lui permet de proposer à ses salariés les offres de services d'Action Logement (ex 1%) au travers de six CIL partenaires, et en particulier du GIC.
- La Poste mobilise, sous le label Poste Habitat, ses propres structures ESH pour offrir une offre additionnelle de logement sociaux et de solutions d'hébergement temporaire à ses personnels.


Les mécanismes de financement et de conventionnement offrent des logements qui ne sont plus destinés aux seuls postiers, ce qui favorise la mixité sociale et professionnelle dans ces zones urbaines.

 

Bien qu'il soit difficile d'avoir une vision globale des conditions de logement des postiers aujourd'hui, quelques ordres de grandeur permettent de cerner le niveau d'implication de l'entreprise.

 

La Poste compte plus de 231 000 collaborateurs dont plus des deux tiers seraient propriétaires de leur logement, proportion supérieure à la moyenne nationale (57 %). Ceci s'explique par l'âge relativement élevé des postiers et une répartition sur l'ensemble des territoires, ce qui facilite l'accession à la propriété.

 

Combien La Poste loge-elle de postiers ?

 

Il est très difficile d'estimer la partdes Postiers bénéficiant d'un logement locatif social réservé au moyen de la politique logement de La Poste.

 

La Poste détient encore aujourd'hui des droits de réservation sur 14 000 logements sociaux auxquels s'ajoutent un parc patrimonial de plus de 15 000 logements.

 

En 2014, la politique logement de La Poste a permis de proposer un nouveau logement à 2524 postiers.

 

 

Les besoins ont évolués et se complexifient

 

 

Les difficultés rencontrées par les Français pour se loger dans des zones tendues (région Île-de-France et Provence-Côte d'Azur) sont évidemment partagées par les postiers : cherté des logements dans le parc privé, éloignement du travail, dégradation de certains quartiers, forte sensibilité à la qualité du quartier où l'on vit.

 

En 2014, plus de 5000 postiers ont fait une demande de logement social : ce chiffre reflète des situations disparates avec des degrés d'urgence très variée. Cela exige de plus en plus des solutions sur mesure, au cas par cas. Par exemple, répondre à une demande de meilleure localisation ne veut pas simplement dire avoir une diminution du temps de transport : cela peut vouloir dire se rapprocher de parents pour faciliter la garde des enfants etc.

 

La politique logement doit également répondre aux besoins induits par les évolutions de la société et de leur impacts sur la vie de la famille (divorce, recompositions familiales ...) au besoins d'accompagnement des enfants, voire à des difficultés économiques.

 

Il faut, d'une manière générale, accroître l'accompagnement personnalisé des salariés sous différentes formes.

 

En 2014, plus de 9 000 postiers ont ainsi bénéficié d'aides diverses comme par exemple:


- l'aide à la mobilité avec Mobil-pass (qui couvre certaines dépenses occasionnées lors d'un changement de domicile nécessité par une mutation interne ou par une nouvelle embauche) et Locapass (qui prend en charge le dépôt de garantie pour une location)
- hébergement temporaire et solutions de logement pour les étudiants et les apprentis.
- l'aide à l'accession à la propriété sociale en sécurisant les familles qui achètent des logements du parc social.
- le soutien des familles en grande difficulté économique ou sociale en proposant l'intervention de l'association Droit de Cité Habitat qui permet de faire face à une situation d'urgence (expulsion, ...), une situation de déséquilibre financier (ressources précaires, chômage du conjoint, séparation, surendettement...), et à l'absence de logement.
- L'aide aux débutants

 

Dans le cadre de sa contribution à la Transition Energétique de la France, la Poste réfléchit à des dispositifs pour faciliter le financement des travaux pour économiser l'énergie dans les logements pour les postiers propriétaires de leur résidence principale.

 

 

Un élément du pacte social

 

 

Dans le préambule de l'accord signé en 2014, il est rappelé que le logement constitue un enjeu et un atout de la politique sociale de La Poste.

 

Cet accord pour les trois années à venir 2014-2015-2016 fait suite aux accords unanimes de 2006 et 2011.

 

La Poste y réaffirme ses ambitions :


- loger le plus grand nombre possible de postières et de postiers dans le cadre de sa Participation des Employeurs à l'Effort de Construction (PEEC),
- au-delà des dépenses réglementaires obligatoires, La Poste entend confirmer son engagement en faveur du logement social au profit des postières et des postiers. Il s'agit de poursuivre l'effort financier .... notamment au travers du fonds logement social (FLS),
- accompagner les postières et les postiers dans leur vie professionnelle et personnelle, en particulier lors de l'implantation de nouveaux sites industriels de La Poste ou à l'occasion de projets de mobilité, ...
- faciliter l'intégration dans l'entreprise des personnels débutants
- accompagner les postières et les postiers difficultés d'accès ou de maintien dans le logement.

 

Une rapide comparaison des accords de 2006 et 2014 montre comment La Poste a du intégrer dans sa politique du logement la hausse importante des loyers que les jeunes subissent d'abord.

 

Il est également stipulé que La Poste s'engage à proposer l'hébergement aux débutants en CDI , en CDD, aux personnels en contrat d'apprentissage, d'alternance, de professionnalisation et d'emplois d'avenir sur tout le territoire national.

 

Face à la crise du logement, La Poste ne pouvait rester passive, tant ce sujet est essentiel à la « qualité de vie au travail » de ses personnels.

 

L'accompagnement apporté à ses agents dans le cadre des accords logement combine l'accès aux dispositifs généraux proposé aux salariés des entreprises et des mesures spécifiques négociées avec les partenaires sociaux.

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Philippe Saillard, interviewé par Pierre Maréchal

Mots clés : logement à la poste, hébergement, logement des jeunes, Philippe Saillard