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Un verre de trop et tout bascule...

par Jean-Marie Bergère - 30 Octobre 2013

Le nouveau film d'Albert Dupontel, « 9 mois ferme », est drôle et intelligent. On y rit d'un cocktail bien frappé de loufoquerie et de tendresse. Le cinéaste a un regard acéré, juste et léger à la fois. Il a eu un jour cette formule «je regarde les travers du monde avec un nez rouge ». Elle résume bien l'esprit de ses films.

 

neuf mois

Et le travail dans tout ça ?
Sans jamais songer à convoquer l'esprit de sérieux, « 9 mois ferme » nous dit des choses sérieuses sur le travail. Sur celui de cambrioleur d'abord. Bob Nolan, cambrioleur senior et expérimenté, a bien du mal à être jugé sur la réalité de son travail. La magistrate chargée de son évaluation a une vision a priori et bien arrêtée du métier : « Les justiciables sont débiles ou pervers » et « Qui vole un œuf bute un veuf ». Elle a justement besoin d'un coupable - un veuf a été atrocement tué-, celui-ci fera l'affaire. Comment, lors d'un entretien dont on pressent qu'il sera lourd de conséquences, expliquer ce qu'on a vraiment fait à une personne qui, bien qu'ayant un pouvoir sur vous, n'a aucune connaissance directe de l'activité, n'accorde qu'une importance distraite aux situations concrètes et méprise les règles de métier ? On peut souffrir de troubles psycho-sociaux pour moins que ça.

Sur le travail des juges d'instruction ensuite. Ariane Felder, très intelligemment interprétée par Sandrine Kiberlain, a bien compris l'importance de séparer sa vie privée et sa vie professionnelle. Pour être certaine de ne pas laisser l'une envahir l'autre en profitant de la porosité de la frontière qui les sépare, elle a bannie toute vie privée. Comme elle sait néanmoins que la vie repose sur deux piliers, l'amour et le travail, alors elle aura l'amour de son métier. Deux en un, et une carrière prometteuse. Oui, mais ça ne marche pas.

 

Affronter les imprévus
Un aléa, un événement imprévu et la patiente construction s'écroule. Les routines, les règles et le prescrit ne sont plus d'aucune aide. En occurrence, un abus inopiné de champagne lors d'un pot au Palais de Justice, et voilà notre juge enceinte. Enceinte par effraction -mais non sans consentement- d'un parfait inconnu. Le déni prolongé de ce dérèglement que rien ne laissait prévoir fait perdre un temps précieux et lorsqu'il n'est plus possible d'ignorer le problème, il est trop tard pour le régler par une simple mesure d'expulsion. Comble de l'improbable : les moyens d'investigation de la police gentiment détournés à des fins personnelles, sont formels. Le géniteur est le cambrioleur injustement accusé de meurtre. Peu importe désormais l'intrigue et les péripéties. Ariane Felder, cette parfaite professionnelle à la carrière prometteuse, a la tête ailleurs. Pour elle comme pour ses interlocuteurs, il y a une vie et des dilemmes que les dossiers et les procès verbaux ne restituent pas. Les sentences ne peuvent plus être prononcées en tenant le monde et les justiciables pour quantités négligeables.

 

Le reste de l'histoire, la plaidoirie magnifique de l'avocat bègue, l'inspecteur de police atteint d'une maladie professionnelle -une forme aigue de curiosité-, le sourire d'un enfant, ne se racontent pas. Le mieux est de juger sur pièces en allant voir « 9 mois ferme » !

 

9 mois ferme d'Albert Dupontel.
Sortie : octobre 2013. 1h22mn. Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Jean-Marie Bergère

Mots clés : Albert Dumontel, 9 mois ferme, travail, Jean-Marie Bergère

 
 

Réactions

  • 04/11/2013 20:59

    par Christophe Teissier

    Merci de cette sélection et de ce beau commentaire très incitatif ! De Bernie à Enfermés dehors, Dupontel est un grand..... du cinéma et de l'humanité !