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Les agences de notation dans le collimateur

par Florence Morice, Sénat - 05 Mai 2010

Les agences de notation amplifient artificiellement la crise de la zone euro. Or, il faudra attendre septembre pour que la directive qui durcit la surveillance des agences de notation entre en vigueur, comme l'explique cet article de Public Sénat.

 

agence notation

Les agences s'attaquent à présent à l'Espagne et au Portugal. « Il ne faut pas trop croire » ce que disent les agences de notation, disait pourtant Dominique Strauss Kahn, directeur du Fonds monétaire international, « même si elles ont leur utilité ».

 

Critiquer les agences de notation, dont le rôle est d'évaluer la stabilité financière d'un Etat ou d'une entreprise, le fait n'est pas nouveau. « Il y a aujourd'hui un consensus entre les économistes pour dire que des réformes sont nécessaires, notamment sur la question des produits structurés, dont elles ont été à la fois constructeur et évaluateur et qui ont joué un rôle important dans la crise financière mondiale », rappelle Gunther Capelle-Blancard, Directeur-adjoint du Centre français d'étude et de recherche en économie internationale (CEPII), « mais cette fois il s'agit d'autre chose, il ne faut pas tout mélanger. »

 

La ministre de l'Economie Christine Lagarde n'a pas non plus mâché ses mots sur l'agence Standard &Poor's, accusée d'avoir agi « en pousse au crime » vis-à-vis des Grecs. « Il y a un certain nombre de règles qui vont devoir être fixées, qui vont devoir être rappelées, parce qu'on ne dégrade pas un pays dans les conditions où sa notation a été dégradée, c'est-à-dire quinze minutes avant la clôture, pour précipiter des achats ou des ventes dans des conditions hâtives, déplorables pour la solidité. », a-t-elle déclaré lundi 3 mai.

 

« La question du timing est très délicate »

Ce sont les dégradations en chaîne de la semaine dernière qui ont fait déborder le vase, lorsqu'au milieu de négociations douloureuses sur le plan d'aide européen à la Grèce, les trois grandes agences de notation ont abaissé coup sur coup les notes de la Grèce, du Portugal et l'Espagne, accusées, ainsi, d'amplifier artificiellement la crise de la zone euro au plus mauvais moment. Le jour même la monnaie européenne a reculé à son plus bas niveau depuis un an face au dollar.

 

« En abaissant les notes, les agences ne font que jouer leur rôle c'est-à-dire, refléter la crise de confiance des investisseurs», estime pourtant le directeur adjoint du CEPII. La question du timing est très délicate. Quand les agences dégradent les notes trop tôt, on dit qu'elles déclenchent les crises. Quand elles dégradent trop tard, on les accuse de ne pas faire leur travail de surveillance », résume-t-il.


C'est d'ailleurs l'avis de Jean Arthuis. Pour le président de la Commission des Finances du Sénat, les agences de notation ont en effet réagi trop tard face aux difficultés financières de la Grèce. « Depuis 2004, on savait que les autorités grecques trichaient. Les agences auraient pu se manifester plus précocement. Si elles avaient anticipé, peut-être que les autorités grecques auraient pris plus tôt les mesures d'austérité auxquelles elles sont contraintes aujourd'hui ». Le sénateur renvoie également les pays européens à  leurs responsabilités : « Je m'étonne de la clémence dont a fait preuve l'Europe vis-à-vis de la Grèce. Cette crise doit être un signal pour pousser les pays européens à réfléchir à leur situation, y compris la France, et imaginer de nouvelles structures de contrôle. »

 

Vers une agence de notation européenne ?

Largement critiquée pour avoir tardé à donner son accord à un plan d'aide européen, la chancelière allemande Angela Merkel, de son côté, a plaidé aujourd'hui pour la création d'une agence de notation européenne. Une piste déjà évoquée il y a plusieurs semaines, par Jean-Claude Juncker le chef de file des ministres de la zone euro, puis reprise par Michel Barnier.


Mais cette idée laisse sceptique Gunther Capelle-Blancard. « Quel crédit aurait eu une agence publique européenne pour noter la Grèce ? », s'interroge-t-il. « Une agence européenne ne pourrait pas être prise au sérieux par les investisseurs. C'est une fausse bonne idée », estime-t-il.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Florence Morice, Sénat

Mots clés : agence de notation, directive européenne, crise, Grèce, Espagne