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Les Ateliers à Castres : coopération à tous les étages

par Jean-Marie Bergère - 04 Mars 2018

Metis a visité Les Ateliers, un pôle territorial de coopération économique (PTCE) à Castres dédié à l'activité tarnaise durable. Un lieu de rencontres, de mixité... et d'innovation !

 

ateliers


Les Ateliers

 

En semaine trois vols relient chaque jour Paris et Castres. Pierre Gout m'accueille à l'aéroport et me conduit aux Ateliers, raison de ma venue. Il se présente comme l'initiateur du projet. Il a dirigé pendant 20 ans une entreprise textile du territoire qui a connu un fort développement, mais a dû fermer ses portes en 2008, victime de la concurrence asiatique. Pierre s'inscrit à l'Université à Toulouse, se forme à l'Économie sociale et solidaire dont les valeurs l'attirent depuis longtemps. Il se bat pour conserver un des bâtiments, celui situé dans la ville de Castres, proche du centre. Le projet du Pôle tarnais de coopération économique va prendre forme. Il embarque Kathy Thiam, co-fondatrice du Café Plum, une SCIC (Société coopérative d'intérêt collectif) dans le domaine culturel situé à Lautrec, une commune entre Castres et Albi, et Jean, son fils. Ce jeune ingénieur est toujours là à mi-temps. Il consacre son autre mi-temps au développement de sa start-up KissMyShoe. Coralie Hollard, directrice adjointe de Régate, une des premières Coopérative d'Activité et d'emploi (CAE - voir dans Metis, « Kanopé : une coopérative d'activité et emploi entre Gers et Bearn », février 2016) en France s'y associe.

 

Première étape, rénover le bâtiment

 

ETIC-Foncièrement Responsable, une jeune société spécialisée dans l'acquisition, la rénovation et la gestion de bâtiments dédiés aux acteurs « du développement durable et du changement sociétal » achète les locaux grâce à un co-financement de la Caisse des Dépôts et consignations, à l'apport d'acteurs de la finance solidaire et à celui de Pierre Gout, qui devient en échange partenaire d'ETIC. Une SCI est constituée et gère les travaux et les locations en complémentarité avec la SCIC où se retrouvent les associés et partenaires des Ateliers. Avant même l'installation des premiers résidents, les Ateliers sont labellisés Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE).

 

Aujourd'hui, soit un peu plus de 2 ans après la fin d'une première tranche de travaux, le magasin « Courgette, Cocotte et Cie » propose les produits de l'agriculture locale ainsi que quelques productions artisanales. Trente producteurs, en fait une majorité de productrices, tous situés dans un rayon de moins de 50 km autour de Castres se sont regroupés dans une SCIC là encore. Une des responsables de la boutique nous dit l'intérêt pour les producteurs et les consommateurs de commercialiser ainsi en circuits courts une grande variété de produits frais de qualité, même si pour l'instant le collège « consommateur » de la SCIC a bien du mal à se mettre en place.

 

Un lieu de rencontre et de mixité

 

À l'étage c'est le restaurant qui nous accueille. On y mange bien sûr, on s'y rencontre, on échange. Il se transforme volontiers en salle de concert, de débats, de spectacles, soirées à thèmes à l'initiative d'associations locales. Kathy Thiam est à la manœuvre pour assurer la programmation de ce « pôle culturel » au sein des Ateliers. Le restaurant est un lieu de mixité sociale. Les cadres de Pierre Fabre ou d'autres entreprises y croisent aussi bien les militants associatifs les plus engagés que de jeunes créatifs indépendants, des services civiques ou des personnes en parcours d'insertion. Cette exigence de mixité et de rencontre au-delà des cercles affinitaires habituels est au cœur du projet. L'intérêt que chacun y trouve confirme le bien-fondé des principes à l'origine des PTCE, pôles dédiés aux partenariats entre acteurs de l'ESS (Économie sociale et solidaire) et acteurs de l'économie « classique ».

 

Depuis peu, RADIOM, la « radio active étudiante de Castres et Mazamet » a installé son studio au même étage. La mixité encore, générationnelle cette fois. Et juste à côté une salle accueille aussi bien un cours de yoga que des petits spectacles, pour enfants par exemple.

 

Difficile de citer tous les résidents. La recyclerie ne se contente pas de recycler, elle fabrique des petits objets et du mobilier. Elle a meublé et décoré l'ensemble des bureaux, du restaurant et autres espaces avec des matériaux de récupération. L'ensemble est original, un peu de bric et de broc et très chaleureux. L'épicerie sociale de Castres est là également. L'Institut Environnement Tarn, labellisé CPIE (Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement) y occupe plusieurs bureaux à l'étage. Un collectif de 8 professionnels de la communication aux compétences complémentaires s'y est installé. Un des graphistes m'explique qu'il travaillait chez lui depuis 8 ans et comment les Ateliers ont transformé sa vie professionnelle. Les locaux de la CAE Régate ne sont pas sur place ce qui ne l'empêche pas d'être toujours très impliquée.

 

Au total il y a aujourd'hui 40 locataires-résidents, 15 indépendants, 15 entreprises et 10 associations. 100 personnes y travaillent. Ils partagent des services, les salles de réunion et des valeurs, celles de l'ESS, des circuits courts, de l'économie circulaire, des envies de culture et de citoyenneté.

 

Une réelle attention au travail

 

Les bénéfices qu'ils y trouvent sont de plusieurs ordres. Des bureaux à loyers modérés sans doute (les BLM sont un des principes de ETIC), mais en fait beaucoup plus. Des opportunités de coopérations, des apprentissages au fil de l'eau, des projets en commun. Un marché interne du travail s'y constitue. Thomas Cacciabue, actuel responsable du pôle « Les Ateliers un centre Etic » y a commencé son parcours dans la coopérative qui vend en direct dans le magasin au rez-de-chaussée. C'est tout naturellement qu'il a pu postuler lorsqu'il y a eu un recrutement, dans le cadre d'un contrat de génération avec Pierre Gout. Il est aujourd'hui un des piliers de l'équipe. Il y a là une manière dynamique de sécuriser des parcours professionnels. Il ne manque pas grand-chose pour qu'on puisse imaginer une fonction de « DRH collective » tant les relations humaines sont centrales aux Ateliers.

 

L'ensemble des membres de la SCIC les Ateliers, c'est-à-dire les deux co-gérants, Kathy Thiam et Jean Gout, l'équipe d'animation et de gestion, celle du restaurant et celle de la recyclerie, soit une dizaine de personnes, s'est lancé récemment dans une expérimentation sur de nouvelles méthodes de management, un travail sur son propre travail. Laetitia Barbry les accompagne. Elle est associée au sein d'un groupement qui s'appelle « Atout Diversité ». L'objectif de Kathy, en partie à l'origine de la démarche, est de tirer toutes les conséquences de l'organisation choisie, en Société coopérative d'intérêt collectif. Toutes les questions sont débattues, discutées, argumentées : les prix au restaurant, les rémunérations, la qualité du travail et de la vie au travail, etc. Coopérer et travailler dans le respect de rapports d'égalité, partager une même compréhension du projet, ça mérite qu'on prenne le temps d'en discuter. L'organisation et l'animation des réunions sont confiées à un binôme désigné selon les modalités de « l'élection sans candidat » pour une durée de trois mois. L'écoute, la bienveillance, mais aussi la fixation des priorités de l'ordre du jour, la recherche de l'information, la préparation des décisions, la construction d'un accord, sont l'affaire de chacun des salariés. Les questions de stratégie seront traitées prochainement. Des débats sur le travail, ses mutations et leurs conséquences, sont programmés. Ils seront ouverts à tous. Selon Kathy, ce travail entamé il y a un an, permet de travailler vraiment en équipe, en embarquant tout le monde, sans laisser quiconque sur le côté. Il y a une montée en compétence générale et, effet plus inattendu, plus de douceur, d'amitié peut-être, au sein du collectif.

 

On innove à Castres

 

Castres compte à peine 70 000 habitants agglomération comprise. Comme beaucoup de villes moyennes, elle peut compter sur l'ancrage d'activités emblématiques. Les laboratoires Pierre Fabre sont le premier employeur de la ville et du département du Tarn. Le fondateur, Pierre Fabre, pharmacien à Castres, a légué la majorité du capital de l'entreprise à la Fondation reconnue d'utilité publique -elle œuvre pour l'accès aux soins et aux médicaments dans les pays en développement - qui porte son nom et garantit l'indépendance de l'entreprise. Une exception qui devrait intéresser Nicole Notat et Jean-Dominique Senard, les pilotes de la mission sur une redéfinition de l'entreprise et de ses liens avec l'intérêt général. Le Castres Olympique, équipe de rugby centenaire, évolue dans le « top 14 ». Un journaliste sportif qualifiait ses joueurs après leur victoire contre Bordeaux-Bègles de « pragmatiques et appliqués ». L'important est de gagner sans doute. Il faut ajouter le Musée Goya et ses collections d'art hispanique ainsi que la statue de Jean Jaurès, natif de Castres.

 

À ces figures et activités historiques, il faut ajouter les Ateliers. S'y développent de nouveaux modes d'organisation du travail, des coopérations inédites au service du territoire, des solidarités et du développement durable. Si vous passez à Castres, arrêtez-vous le temps d'un déjeuner, la Table des Ateliers vous y attend !

 

Pour en savoir plus :

 

- Cette visite aux Ateliers s'inscrit dans un programme de « visites apprenantes » au cours duquel des PTCE se rendent visite les uns les autres afin d'échanger sur les réalisations et les stratégies. Elles sont organisées par la Coorace avec la participation du Labo de l'ESS et avec le concours financier de la Fondation de France.
- Les PTCE ont été expérimentés dès 2012, créés en 2014 et dotés de moyens financiers dans la phase de lancement. Ils sont 150 en France à ce jour.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Jean-Marie Bergère

Mots clés : Les Ateliers, Castres, coopération, PTCE, activité, emploi, qualité du travail, ESS, circuits courts, Kathy Thiam, Pierre Gout, Jean-Marie Bergère