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Les Britanniques redoutent une récession

par Agnès Baritou, à Londres - 20 Août 2008

Le Royaume-Uni subit les conséquences de la crise des subprime. Le chômage a connu en juillet sa hausse la plus rapide en seize ans et la baisse du nombre d'offres d'emploi affecte tous les secteurs économiques

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« L'économie a beaucoup ralenti depuis l'an dernier, en partie à cause de la crise des subprimes, explique Simon Kirby, chercheur au National Institute of Economic and Social Research (NIESR). Mais pour le moment, il ne s'agit pas d'une récession technique. » Pas de croissance dans le rouge pour ce pays dont la bonne santé économique n'a pas fait défaut en une décennie; le NIESR prévoit une croissance de 1,5% pour 2008 et 1,4% l'an prochain - les chiffres sont respectivement de 1,4% et 1,1% pour le FMI.

Inflation record et chute du pouvoir d'achat. Pas forcément de quoi se réjouir, cependant. « La population va ressentir cette baisse de régime comme une récession », ajoute l'économiste, qui prédit une chute de la consommation pour 2009 due à une forte hausse des prix de l'alimentation et de l'énergie - sans parler de l'essence. L'inflation a atteint 4,4% en août 2008, un record depuis la crise économique de 1991 ; elle pourrait grimper jusqu'à 5% d'ici la fin de l'année, puis diminuer en 2009.

Les syndicats ont fait part de leur inquiétude : « Il est vital que les salaires augmentent sur la même ligne que l'inflation pour que nos standards de vie ne soient pas drastiquement réduits les mois prochains, a déclaré Brendan Barber, le secrétaire général de la confédération syndicale TUC. Un meilleur salaire améliorerait également la confiance du consommateur et réduirait les risques d'un profond ralentissement de l'économie l'an prochain. » Les particuliers ont déjà modifié leurs habitudes de consommation, achetant davantage de produits bon marché en fin de mois.

Le chômage grimpe

Deuxième conséquence du ralentissement de la croissance, le chômage a connu sa hausse la plus rapide en 16 ans : + 20 100 demandeurs d'emploi entre juin et juillet 2008, pour un total de 1,67 million (5,4%). « Mais cela n'est pas comparable à la hausse du chômage vécue à la fin des années 80, tempère Simon Kirby. Le marché du travail est capable aujourd'hui de répondre aux soubresauts de l'économie avec plus de flexibilité. » Cet économiste du NIESR ne prévoit pas de rentrée sociale plus difficile que les autres. L'avenir n'inspire pourtant guère à l'optimisme. La Chambre de Commerce Britannique estime que près de 300 000 emplois pourraient être sacrifiés d'ici deux à trois ans.

philpott

Même pessimisme affiché pour l'économiste John Philpott du respecté Chartered Institute of Personnel and Development, lequel constate que les licenciements et la baisse du nombre d'offres d'emploi touchent dorénavant tous les secteurs de l'économie. « La situation du marché de l'emploi va continuer à se détériorer au trimestre prochain, a-t-il déclaré. D'ici la fin de l'année, il est probable que le taux d'activité va chuter dans tout le pays. »

Personnes âgées en quête d'emploi

Last but not least, l'explosion de la bulle immobilière aggrave la situation pour les particuliers, même si le prix de l'immobilier surévalué depuis quelques années nécessitait une correction. Ainsi, le prix des maisons londoniennes a chuté de 5,3% le mois dernier. Les propriétés mises sur le marché en juillet valent en moyenne 21 000 livres (26 500 euros) de moins que le mois précédent, selon le directeur commercial de l'agence immobilière Rightmove Miles Shipside. Des personnes âgées qui comptaient sur la hausse de la valeur de leur logement pour compléter leur pension doivent se rabattre sur la recherche d'un travail. Conséquence, le nombre de demandeurs d'emploi augmente alors que l'offre diminue...

Face à une conjoncture difficile, que peut faire le gouvernement ? Pas grand-chose, car les finances publiques ne sont pas dans un état brillant : le déficit budgétaire est déjà supérieur à 3% du PIB. Quant à la Banque d'Angleterre, elle ne devrait pas toucher à sa politique monétaire - pour l'instant. Une passivité qui provoque l'ire des syndicats : « Nous demandons expressément à la Banque de diminuer le taux d'intérêt et au gouvernement d'augmenter les salaires du secteur public », a récemment appelé Adam Lent, à la tête des Affaires économiques et sociales de TUC.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Agnès Baritou, à Londres

Mots clés : subprime, TUC, Simon Kirby, John Philpott