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Les organisations patronales en Italie : diverses, divergentes mais représentatives

par Paolo Tedeschi - 16 Juin 2010

De nombreux signes attestent d'une nette supériorité du mouvement patronal actuel avec des taux d'affiliation parfois très élevés en Italie, et capable de dicter des agendas sociaux forts : temps de travail, règles de ruptures des contrats. Paolo Tedeschi de l'Université de Milan-Bicocca intervenait le 11 juin dernier lors d'un colloque organisé par l'Université de Paris 13 sur les patronats en Europe

 

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Depuis le début du 20ème siècle, l'Italie des patrons s'organise au niveau national de manière intra-sectorielle (la Confindustria, la plus importante organisation nationale des industriels) ou sectorielle (industries sidérurgique, mécanique, textile, électrique, etc.). Des organisations horizontales existent au niveau régional et départemental. La plus importante est l'Assolombarda, l'association des entrepreneurs de Milan. Lorsqu'elles sont centrées sur un secteur (verticales), l'importance de l'association locale dépend du poids de la production locale au niveau national. Les décisions des industriels de la chaussure de la région des Marches et du district lombard de Vigevano ont en effet des répercussions nationales.

 

Avant et après le fascisme

L'histoire de ces organisations fait apparaître au moins trois formes institutionnelles en fonction de la période analysée. Ainsi, les années avant le fascisme, c'est-à-dire pendant l'état libéral lorsque les entrepreneurs d'un même secteur productif se réunissent pour faire face à la formation des premiers syndicats ouvriers. Vient ensuite la période fasciste, lorsque les organisations patronales (ainsi que les syndicats des travailleurs) sont obligées de devenir des organismes étroitement liés au régime et insérés par la suite dans le système corporatif ; enfin, l'après Guerre.


PME et entreprises publiques

Le cas italien témoigne aussi du profond fossé existant entre entreprises privées et entreprises publiques (ou celles dont le conseil d'administration est placé sous le contrôle d'institutions économiques publiques telles l'Institut de reconstruction industrielle (IRI)). Ces dernières se sont réunies, entre la fin des années 1950 et les années 1990 (époque où les privatisations ont commencé), au sein d'organisations d'entrepreneurs publics. En outre, étant donné que les PME (Petites et Moyennes Entreprises) jouent un rôle fondamental dans le développement économique italien, elles disposent aussi de leur association nationale la Confapi, instituée après la deuxième guerre mondiale) ainsi que de sections locales.


Les travaux sur les organisations des entreprises publiques et ceux concernant les PME révèlent des objectifs très différents par rapport aux organisations regroupant les grandes entreprises privées : les premières, dont les stratégies productives sont liées aux choix économiques du gouvernement, ont des exigences divergentes, sinon conflictuelles, par rapport à celles de la grande industrie privée. Les secondes critiquent le peu d'attention accordé aux problèmes des PME et introduisent auprès du gouvernement des demandes en matière fiscale et de crédit liées à leur structure productive particulière. De plus, toutes entretiennent des relations avec leur main d'œuvre et les syndicats très différentes des grandes entreprises privées : s'agissant des organisations d'entreprises publiques, il y a moins de conflits grâce à l'attention portée aux exigences des syndicats plus proches idéologiquement du gouvernement ; dans le second cas, les liaisons personnelles entre patron et travailleurs affaiblissent les syndicats et, en même temps, réduisent la possibilité de conflits surtout dans les cas où les acteurs vivent au même endroit.

 

Les patronats agricoles

Compte tenu des différences existant entre les organisations réunissant petits ou grands propriétaires agraires. L'importance sociale des grands propriétaires s'estompe seulement dans les années 50 avec le développement industriel. Les associations de grands fermiers influencent les institutions publiques et font face aux syndicats des salariés agricoles tandis que les organisations des petits propriétaires sans contrepartie contractuelle cherchent à améliorer les conditions de vie de leurs membres en réclamant des lois favorisant les petites exploitations agricoles. Toutes les organisations agricoles modifient leur politique à partir des années 1960 lorsque la Politique Agricole Commune vient s'ajouter aux effets des réformes rurales (en particulier l'abolition du métayage) et de l'évolution technologique (notamment l'amélioration des systèmes de conservation par la chaîne du froid, les nouvelles modalités de pasteurisation du lait et de production du vin, ainsi que les nouvelles semences et les engrais chimiques plus performants). La structure des marchés et des exploitations agricoles changent, les organisations de propriétaires adressent désormais leurs demandes d'aide aux institutions communautaires.

 

Fonctions et représentativité des organisations patronales

Diverses et en évolution, ces institutions permettent aux entreprises d'avoir accès à des services administratifs et de conseil à coût réduit, auxquels s'ajoutent la possibilité d'exercer une pression sur les institutions publiques et communautaires (normalement afin d'obtenir des mesures fiscales favorables, des prêts à intérêt réduit ou encore des subsides), de faire face aux demandes des syndicats des travailleurs et d'avoir accès à l'information sur les marchés d'approvisionnement et de vente (en réduisant donc les coûts de transaction). Ceci permet d'expliquer le succès de ces organisations parmi les entrepreneurs italiens.

Que ce soit dans les secteurs industriels ou dans l'agriculture, les organisations d'entrepreneurs italiens comptent des milliers de membres. Même en faisant abstraction de la période fasciste où l'inscription au syndicat patronal était obligatoire, les adhésions se maintiennent à un niveau élevé. La transformation du patronat italien en un syndicalisme de service (aide administrative, juridique, fiscale) permet de maintenir un taux élevé des syndicalisation. A l'inverse, les syndicats de salariés connaissent une diminution des adhésions.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Paolo Tedeschi

Mots clés : patronat, Italie, Paolo Tedeschi, confindustria