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Les robots sont à nos portes

par Albane Flamant - 23 Mai 2016

Depuis leur apparition, les machines ont toujours soulevé bien des interrogations. Que ce soit dans les œuvres de fiction (Les Temps Modernes ou encore Dune) ou dans le monde académique (John Maynard Keynes formula vers le milieu du XXème siècle le concept de « chômage technologique »), les auteurs ont été nombreux à prédire notre dépendance croissante à des robots plus ou moins intelligents. En 2014, deux professeurs d'Oxford décrivaient la possible informatisation de 47% des métiers du marché du travail américain dans les vingt ans à venir. Metis vous invite à aller y voir...

 

machine

 

Carl Frey et Michael Osborne, les auteurs de « The Future of Employment : How susceptible are jobs to computerisation », ont un objectif ambitieux : déterminer le nombre d'emplois qui pourraient être affectés par l'innovation robotique dans l'espoir de fournir des pistes pour réinventer le système éducatif américain. 47% des métiers pourraient être informatisés, ce qui met en question l'avenir des emplois peu qualifiés. Plus un environnement de travail est organisé, avec des paramètres constants (répartition de l'espace, température, types d'objets présents, etc.), plus il se prête à être informatisé. C'est le cas par exemple des usines et des entrepôts. Comme le soulignent les auteurs, les créateurs de nouvelles machines réinventent et simplifient parfois la façon d'accomplir ces métiers. A l'inverse, des métiers tels que technicien de surface ou puéricultrice, qui s'exercent à l'intérieur de domiciles particuliers composés d'objets et d'espace changeants, et qui demandent des interactions humaines, restent pour l'instant inaccessible à des remplaçants mécaniques.

 

Osborne et Frey ont aussi remarqué l'apparition progressive de robots dotés d'une certaine capacité de jugement qui leur donnera à terme accès à des rôles tels qu'arbitres sportifs ou même techniciens juridiques. Le secteur des services (tout particulièrement les métiers de bureau et tout ce qui touche à la logistique et à la production) pourrait donc lui aussi être partiellement informatisé dans les années à venir. Inquiétant, puisque c'est ce secteur qui a généré le plus d'emplois aux Etats-Unis au cours des dernières décennies. Cependant, les robots restent incapables d'accomplir des tâches demandant des compétences créatives et sociales poussées. Ce qui limite l'impact de cette automatisation sur par exemple les métiers du commerce, de l'éducation, des arts, des média, qui comprennent tous des éléments d'interactions sociales et de développement d'idées originales.

 

Metis vous invite à consulter cet article interpellant sur le futur du travail dans les pays développés.

 

Références
Frey, Carl & Michael Osborne. "The Future of Employment : How Susceptible Are Jobs to Computerisation?" September 17, 2013.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Albane Flamant

Mots clés : future of employment, Carl Frey, Michael Osborne, robots, informatisation

 
 

Réactions

  • 24/05/2016 13:55

    par Chantal Euzeby Professeur Emérite Université Alpes Grenoble

    La robotisation est effectivement déjà à l'oeuvre dans les services et m^me s'accélère. Cela génère plusieurs défis à relever notamment trois : - le défi du redéploiement, comme le disent les auteurs, des emplois peu qualifiés dans les services et métiers concernés - le défi du partage du travail car la robotisation si elle permet des gains de productivité source eux m^mes de richesses et de création d'emplois dans d'autres secteurs (services non marchands aux particuliers et aux personnes âgées) se solde au final par une réduction du volume global de travail à distribuer. Quelles que soient les modalités (développement du temps partiel, semaine des 32 heures, CDD plus cJ. M Keynes l'avait prévu dans les années 30 il parlait alors de chômage technologique dans une société d'abondance. Plus récemment André Gorz évoquait l'idée de retour à la sphère domestique et hétéronome - le défi en fin de l'adaptation des institutions, notamment des systèmes de protection sociale. Le recours à l'allocation universelle ou au revenu d'existence est souvent évoqué dans cette perspective. Le fait est que l'octroi d'une prestation indépendamment du statut familial et professionnel à tous les âges, en remplacement des prestations d'aide sociale et de solidarité nationale, faciliterait le partage du travail en permettant aux gens de se retirer temporairement voire définitivement du marché du travail ou de travailler plus ou moins au cours de la carrière professionnelle. Le sujet est promoteur. Il fait débat et mérite qu'on s'y attarde,