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Lutter contre le chômage, c’est créer des activités

par Danielle Kaisergruber - 01 Février 2016

danielle kaisergruber

Grosse actualité économique et sociale en France : on parle droit du travail et code du travail - simplifier dit-on -, lutte contre le chômage, formation en masse des demandeurs d'emploi, compte personnel d'activité, nouvelles opportunités économiques, Loi Macron saison 2 ...Tant il est vrai que lutter contre le chômage c'est d'abord, par tous les moyens, créer des activités.

 

Les chauffeurs de taxi nous montrent que cela ne fait pas que des heureux. Metis continue de publier de manière régulière des petits papiers sur des petites initiatives économiques qui produisent à bas bruit leurs effets : les expérimentations ATD Quart Monde de «  territoires zéro chômage », l'entrepreneuriat comme moyen d'insertion avec l'ADIE, les plates-formes numériques. C'est que ce sont souvent des initiatives qui bousculent les frontières de l'emploi classique sous forme salariée, des professions établies, du travail et du non travail comme l'a montré la Journée de lancement du réseau Sharers and Workers du 14 janvier dernier. Elles sont démultipliées par les possibilités du numérique : on combat Uber lorsque l'entreprise « fabrique » de faux salariés, mais une autre entreprise se créée aussitôt sur le même créneau. Heetch est ainsi à Paris une sorte de blablacar courts trajets plébiscité par les 18-25 ans pour rentrer de soirée. Parfois ce sont même des initiatives qui sont complètement en dehors du travail et pourraient bien demander des formes nouvelles de garanties et de nouveaux moyens de protection sociale. Il faut y travailler d'urgence. On ne luttera pas contre le chômage par les seules voies traditionnelles.


En fait, on sait pas mal de choses sur le travail, le chômage, l'emploi : par exemple, face à la crise, l'Allemagne a fait le choix de la flexibilité interne, avec une baisse de la durée du travail et des salaires par un usage massif du chômage partiel et préservation des compétences. Là où la France a laissé faire la flexibilité externe et a vu exploser les contrats courts, de plus en plus courts même. On commence à savoir que les marges de manoeuvre que le CICE a données aux entreprises ont été pas mal employées à augmenter les salaires de ceux qui sont en emploi au détriment de l'embauche. Encore un tour de la fameuse « préférence française pour le chômage ». (Voir le Document de travail de l'OFCE et les travaux d'évaluation menés par France Stratégie, 2015). On sait que la France voit chaque année sa population active augmenter et donc qu'il lui faut beaucoup plus de croissance que les autres pays européens pour que l'augmentation d'activité « morde » sur le chômage. On sait que les contrats aidés ne sont pas forcément à moyen terme une bonne chose pour l'emploi puisque les jeunes qui ont été embauchés dans le secteur non marchand n'y trouveront pas d'emploi stable.


Mais les mécanismes économiques et sociaux sont complexes et subtils et il n'est pas facile de prédire l'impact des mesures prises sur les comportements. Alors, soyons modestes, cessons d'assurer des résultats extraordinaires, expérimentons d'abord (comme on l'a fait pour la mise en place de la mesure européenne de la « garantie jeune »), étudions les comportements des entreprises, des uns et des autres. Evaluons sans préjugés ni idéologies, et tirons les leçons de ce qui marche.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Danielle Kaisergruber

Mots clés : chômage, emploi, activité, Macron, code du travail, Danielle Kaisergruber