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Matthias Knuth délocalise l’université européenne du travail

par Claude Emmanuel Triomphe - 01 Octobre 2006

Mathias Knuth

Mais qu’est-ce qui a poussé Matthias à être le promoteur de la deuxième édition de l’université européenne d’été sur le travail tenue à Duisburg, entre le 31 août et le 2 septembre dernier ? En 2004 il avait participé à Nantes, la première édition, en voyant là une occasion de rencontre et l’opportunité de passer quelques jours agréables en France... Nantes avait alors dépassé ses attentes : intérêt des discussions, échanges directs entre Européens différents de ceux de la plupart des rencontres académiques. Mais surtout il y avait expérimenté un début de compréhension interculturelle, dans un événement organisé par des Français qui ne le faisaient pas avec leurs défauts habituels : méthodes professorales, usage obligatoire du français ! Critique sur le plan méthodologique, cette expérience valait le coup pour lui d’être reprise, améliorée et amplifiée. Alors pourquoi pas dans la Ruhr, industrielle, sujette à de multiples restructurations depuis 50 ans, a priori peu attractive mais …. connue de tous les amateurs de football en Europe comme terreau de plusieurs grandes équipes de la Bundesliga ! Et, alors que se profilait déjà une université d’été organisée plus à l’est du continent, la Ruhr située à mi chemin de l’Atlantique et des plaines russes, était un beau symbole autant qu’un défi excitant !

Les difficultés n’ont pourtant pas manqué : la Commission Européenne a retoqué son premier projet, trop gourmand en termes financiers. Son propre institut s’est vu annoncer la fin de ses subventions publiques depuis les dernières élections régionales en Rhénanie. Sans oublier certains de ses collègues qui ont considéré l’université d’été comme une lubie ! Et pourtant… Matthias a persévéré et constitué un trio de choc pour mener l’aventure avec Elke Huelsmann, ancienne syndicaliste du DGB et Alexandra Baluch, ex-étudiante germano polonaise de son institut, le tout en étroite liaison avec le comité de pilotage européen.

Son parcours personnel avait aussi facilité les choses. Après avoir demandé l’objection de conscience, il a fait ses études de sociologie à l’Université de Hambourg et soutenu une thèse sur l’expérience des groupes semi autonomes de travail chez Volvo – le modèle scandinave déjà ! Un premier job de quatre ans pour le compte de la chambre du travail de la Sarre, et le voilà à partir de 1982 chercheur à la Hans Böckler Stiftung, la grande fondation des syndicats allemands au moment où celle –ci lançait une première évaluation de la cogestion, généralisée par une loi de 1966. Puis il se consacre, entre autres, aux premières études sur la précarité avec l’introduction de la loi sur les CDD en 1985.

En 1990, il rejoint l’Institut für Arbeit und Technik, l’IAT, l’année même de l’unification, pour se plonger dans l’étude des mesures de transition pour l’emploi expérimentées dans l’ex- RDA. 15 ans plus tard, l’IAT, dont il a pris la direction scientifique, devient un centre de références pour la recherche sur les réformes du marché du travail, qui ces dernières années se sont multipliées en Allemagne.

Plus de 300 participants, plus de 20 pays représentés, une multiplicité d’activités et de rencontres : Matthias peut aujourd’hui savourer le succès de « son » université européenne d’été. Désormais partisan convaincu du « Concept UET » où il voit un vrai lieu de confrontation et de coproduction de connaissances croisées entre acteurs et chercheurs; un lieu où il devient, comme il le proposait dans son discours d’ouverture, urgent « non plus d’apprendre les uns des autres mais d’apprendre et d’entreprendre ensemble ». Alors que se profile d’ores et déjà pour 2008 une troisième édition polonaise de l’université d’été, Matthias songe lui à constituer une association allemande de l’UET, et à sa place dans le futur ensemble européen….

Claude-Emmanuel Triomphe

Pour en savoir plus sur l’université européenne du travail :
www.uet.org/

Sur l’université d’été de Duisburg :
www.esuda.de

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : Claude Emmanuel Triomphe, Matthias Knuth, Duisburg, Universite européenne du travail, UET,