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Médecins et patients face aux progrès médicaux

par Alain Perez - 02 Décembre 2010

Plus de 500 000 communications scientifiques sont publiées tous les ans dans les journaux médicaux du monde. Chaque minute, une information concernant la santé émane des laboratoires. Parmi elles, il en est environ un millier, soit près de trois par jour, qui sont vraiment importantes et pourraient donner lieu à des avancées réelles pour les traitements ou la prévention. Autrement dit, le savoir médical produit en une seule journée dans le monde dépasse la capacité d'absorption de toute une vie d'honnête médecin généraliste.


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Le progrès va trop vite pour les professionnels de santé et pas assez pour les malades. Les premiers ont du mal à suivre le mouvement, les seconds demandent à bénéficier sans délai de toutes les techniques de pointe. Entre les prescripteurs et les bénéficiaires, les autorités de santé voient avec inquiétude monter l'addition. Résultat, elles imposent aux uns et aux autres une régulation basée sur la mesure de l'efficacité des traitements et du service médical rendu. Au risque de mécontenter tout le monde.


Pour certaines maladies infantiles, la situation est un cauchemar pour les parents qui cherchent pendant des années le spécialiste qui saura poser le bon diagnostic et indiquer le traitement efficace et qui, par ailleurs, ne sont pas toujours en mesure de faire face financièrement. Les professionnels de santé se demandent comment accompagner l'hyperchoix lié à l'émergence de la médecine personnalisée.
Grâce aux forums Internet, les patients sont quelquefois mieux informés des avancées que les généralistes et parfois autant que les spécialistes. Aux Etats-Unis, l'Association of Cancer Online Resources (Acor) préfigure de nouvelles relations entre soignants et soignés. « 50 000 patients travaillant ensemble vont plus vite que dix experts réunis », résume Gilles Frydman, fondateur de l'association.


L'arrivée massive de la biologie va encore accentuer le phénomène. Malgré les risques de dérive, l'analyse génétique deviendra un exercice banal et le complément naturel et bon marché du diagnostic et du suivi médical. « Mais le médecin ne pourra pas prendre en compte tout le savoir de la génomique qui va arriver », estime l'économiste de la santé Victor Rodwin, professeur à l'université de New York. En fait, alors que le génome délivre des informations transversales à tout l'organisme, la médecine continue de fonctionner en silos verticaux de spécialistes qui se disputent leurs patients.


Article d'Alain Perez paru dans Les Echos - 30 octobre 2010 et sur Prospective.fr

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Alain Perez

Mots clés : santé, science, médecine, Alain Perez