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Mes relations humaines (2)

par Denis Rheprise - 16 Mai 2009

Miro parler seul

  Vendredi. Thanks god, it's casual Friday ! Toute la semaine, j'ai ingurgité les sinusoïdes boursiers du Cac 40 à en devenir myope, tout en me demandant, tel un Lénine égaré dans les jungles managériales : que faire ? A force de réflexion, j'ai fini par faire ce qui n'en demandait aucune : anticiper.

Autrement dit, j'ai décidé de ne pas renouveler les contrats d'intérim. C'est dur, je sais, mais c'est quand même un petit peu à ça que ça sert. (Mais) le monde est peuplé d'ingrats ; le DG m'a demandé suavement si j'avais décidé "d'alimenter les feux de la contestation sociale" et les délégués syndicaux - ravis au fond qu'on ne touche pas à leurs troupes de Cdi - se sont donné le beau rôle en déboulant dans mon bureau - comme ça, impromptus - pour exiger que les charges de travail, etc. etc. J'ai tenté de faire baisser la tension en leur offrant un café. Raté ; ma secrétaire a renversé la cafetière en éclatant en sanglots. Sa cousine est l'une des intérimaires remerciée... Maladroit ! Mais tenir ses fiches à jour est devenu tellement risqué...

 


Lundi
. Comme un lundi, merci. Week-end tranquille, si ce n'est que j'ai rêvé de Mon Actionnaire Majoritaire. C'est rare et en général dû à une mauvais de digestion ; le petit blanc servi avec la choucroute, peut-être... A moins que l'afghan roulé main par Elisabeth... Toujours est-il que nous marchions côte à côte, MAMa et moi-même, dans un désert de dunes absolument magnifiques et que nous nous enfoncions lentement dans le sable. Malgré tout, nous continuions d'avancer, comme si de rien n'était, jusqu'à ce que seules nos têtes flottent au dessus du sable, comme deux bateaux sur l'eau, puis nos yeux... Ma tête était déjà totalement ensablée quand la tête de MAMa s'est envolée, aussi légère qu'un ballon d'hydrogène, en pépiant interminablement "trop bas, trop bas, trop bas". Le ciel, festonné d'une forêt de parapluies argentés, est devenu orageux et je me suis réveillé d'un coup, couvert de sueur, avec aux tripes l'angoisse des désastres à venir.

 

Mardi. Il faut absolument empêcher notre Parisot de passer à la télévision. Les commentaires sexistes sur ses ensembles roses et les surnoms - les plus aimables étant "Barbie 2.0" et "Lavé avec soupline", je peux mépriser. Mais quand elle parle, les conséquences sont désastreuses. Jusqu'à faire trembler la maison. Et qui essuie les plâtres, devinez ? Gagné ! Sa dernière en date, là, sur l'irresponsabilité des syndicats, un vrai coup de génie, encore merci Laurence. Le lendemain, je rencontrais les partenaires sociaux pour renégocier le temps de travail en faisant appel, comme ça se trouve, à leur responsabilité... On a bien ri ! Moi, un peu plus jaune que les autres.

 

Mercredi. Mon Dieu, mon Dieu, mais sont-ils bêtes! C'est de ma faute, aussi. Qu'est-ce qui m'a pris de vouloir jouer les malins en plein comité d'entreprise ? J'ai voulu faire dans la métaphore en prenant l'exemple de l'idéogramme chinois qui veut dire crise et qui - tout le monde sait ça, non ? - signifie également opportunité. Pourtant, comme le dit souvent MAMa : "moins en dit, mieux c'est!" Les élus ont immédiatement décodé l'idéogramme à leur manière : j'étais en train de les préparer subtilement à une prochaine délocalisation dans l'empire du milieu. Et ils n'allaient pas laisser faire, non mais sans blague ! Le reste a suivi à l'accéléré, comme dans un film muet : tract de dénonciation, mines allongées à la cantine, réunion directoriale, coup de fil stratégique de MAMa, conseil amical du DG : "A vous de vous démerder, mon vieux". J'ai démenti catégoriquement, mais chacun sait que dans démenti, il y a menti. Bien after hours, Ma secrétaire a vengé sa cousine. Au lieu des plats micro-ondes traditionnels, elle m'a pris... des nouilles sautées, équipées de deux baguettes, sachant fort bien que je suis incapable de m'en servir.

 

Jeudi. Sun Tzu a dit : "transformer ses erreurs en opportunités", ou quelque chose du genre. Je suis génial ; ce matin, j'ai eu l'idée. Pour être tout à fait honnête, c'est Parisot qui m'a inspiré, hier soir. Elle passait en boucle en prime time répétant qu'il fallait être souple, s'adapter, être souple, s'adapter... Un peu comme le boa du Livre de la jungle qui susurre "aie confiance". Puisque l'idée d'une délocalisation en Chine a déjà donné lieu aux tempêtes protestataires d'usage, pourquoi ne pas passer à l'acte ? Ce n'est pas parce qu'on n'a pas prévu quelque chose qu'il ne faut pas le faire. Souple, adaptable, encore bravo, Denis ! Un petit coup de fil à l'ambassade, discussion avec l'attaché commercial et je décroche un voyage à Shenzhen, prononciation à préciser une fois que j'en serai revenu. J'ai convaincu DG de venir avec moi, cinq jours, pour sonder le marché local. MAMa en ronronne de joie.

 

Vendredi. Le président a foutu une panique noire. Pas notre président, LE président. Son histoire des trois tiers a littéralement paniqué le président, le nôtre, cette fois. A 21H30, mon blackberry s'est affolé : "urgent. établissez modèles de répartition profit. Dossier demain matin". A l'avant veille du départ chez les rizophiles, ça tombe mal ; de vous à moi, cette histoire des trois tiers, ça rendrait bègue n'importe quelle calculette. Bref, j'ai passé une nuit effroyable. Pour le premier tiers, je me suis mis dans la peau de MAMa, et pour le coup, j'ai bu des litres de café, en me rongeant les ongles. Au plus noir de la nuit, j'ai attaqué le deuxième tiers, en reprenant mentalement la listes des investissements à faire, ce qui m'a amené à l'aube dans un état de dépression avancée. Quand j'ai vu ce que j'allais toucher comme salarié, ça m'a excité comme un pou et il était de toute façon trop tard pour dormir. J'ai alors voulu réaliser l'unité de la trinité et j'ai trébuché sur une foi non partagée...


 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Denis Rheprise

Mots clés : ressources humaines, DRH, RH, relations sociales, management, dialogue social

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