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Modernisation et CGT

par Pierre Tartakowsky - 01 Janvier 2008

La négociation sociale, comme le conflit, en dit parfois plus long sur les acteurs en présence que sur les enjeux en débat. Celle sur la modernisation du marché du travail permet l’instantané d’une Cgt ayant su articuler positions de fond, formulation de propositions, travail intersyndical et agenda d’action unitaire.

La Cgt n’a certes pas signé l’accord issu de la négociation sur la modernisation du marché du travail. Dans sa logique, elle n’avait aucune raison de le faire et elle s’en explique sur le mode le plus classique : « le projet d’accord répond aux exigences patronales d’obtenir des licenciements plus rapides » tandis que de l’autre : « les mesures dites de « sécurisation » sont de peu de poids, soit exprimées sous forme de voeux, soit renvoyées à des négociations ultérieures ou à des dispositifs législatifs ». Un mauvais accord, donc. Et bien, la Cgt se garde bien de s’enfermer dans une posture de condamnation de principe. Certes, elle exprime en toute fin d’un communiqué une « opinion négative », mais c’est parce qu’elle estime l’accord déséquilibré. Elle consulte d’ailleurs ses organisations sur le bien fondé de sa (non) signature, laquelle ne fait pourtant aucun doute ; elle adopte enfin comme axe prioritaire non pas de dénoncer cet accord mais, plus pédagogiquement, d’en faire connaître le plus largement possible le contenu aux salariés. Bref, elle n’entend pas brûler les étapes et manifestement, fait le choix de prendre en compte le résultat de la négociation, quelle que soit par ailleurs son opinion sur son contenu.

Articuler propositions et contestation

C’est d’ailleurs sur ce contenu et uniquement sur lui qu’elle engage les salariés à se déterminer. Sa condamnation des ingérences politiques sur la scène du dialogue social - « L’indépendance syndicale commande de porter appréciation à partir de ce qui est contenu dans l’accord, sans se laisser impressionner par les pressions sans cesse réitérées du Président de la République et de son gouvernement » servant aussi, en creux, à rappeler que le syndicalisme ne se détermine pas à partir de politiques autres que sociales et économiques.
On peut bien entendu expliquer la mesure de cette expression par un rapport de forces politiques particulièrement défavorable. Mais l’explication est aléatoire : on sait en effet que ce type de situation peut aussi bien déboucher sur des postures plus « radicales ». La réalité est plutôt à chercher du côté des évolutions propres à l’organisation cégétiste. Pour la première fois à l’occasion de cette négociation, elle réussit à mettre en œuvre ce qui n’était jusqu’alors qu’une antienne de congrès : articuler propositions et contestation, rôle propre et dynamique unitaire.
La dimension de contestation est sans mystère : les propositions du Medef ne pouvaient guère qu’être contestées par la partie syndicale, Cgt comprise. Mais cette même partie syndicale était elle aussi, demandeuse d’une négociation, se contentant difficilement d’un statu quo juridique peu satisfaisant contre la précarité. Les organisations syndicales ont pu se retrouver lors de la négociation, autour de positions convergentes, qu’il s’agisse de la sécurité sociale professionnelle (Cgt), de la sécurisation des parcours professionnels (Cfdt), ou encore d’un nouveau statut du travail (Cftc). Les bases étaient crées pour un travail de mise en commun de « contre propositions syndicales », pour reprendre l’expression même de la Cgt.

Une signature qui n’est pas dramatisée par la Cgt

C’est cette mise en pack qui, d’une part a permis au syndicalisme de se faire entendre et de peser, d’autre part, a incité la partie patronale à en rabattre sur ses prétentions. Le bilan de cette séquence est donc jugé positif par le bureau confédéral qui le souligne en précisant qu’il approuve : « le travail accompli par la délégation Cgt du début à la fin de la négociation. » A la fin, c’est à dire même lorsqu’il devient clair que les divergences sur ce qu’il est possible ou non d’obtenir vont faire basculer les partenaires syndicaux de la Cgt en faveur de la signature. Une signature qui n’est pas dramatisée par la Cgt ; les divergences sont caractérisées comme relevant d’une différence d’appréciation sur la meilleure façon de résister aux menaces du gouvernement Fillon. Il s’agit de capitaliser ce qui a pu se cristalliser dans la séquence de négociation pour préparer les séquences politiques futures - qu’il s’agisse de nouvelles négociations ou d’actions revendicatives - dans lesquelles la Cgt n’entend ni se laisser marginaliser ni surtout se marginaliser elle-même. Car avec l’opposition et la proposition, l’action unitaire est au rendez-vous : fin janvier dans la fonction publique et chez les cheminots ; en février au plan interprofessionnel.
La Cgt a donc bien tiré son épingle d’un jeu à hauts risques ; elle confirme ainsi à la fois une maturité et une dimension indispensables au règlement des prochains dossiers lourds du dialogue social : la redéfinition des critères de représentativité des organisations et de validité des accords.

Pierre Tartakowsky

Militant associatif, rédateur en chef d’Options

Les citations de cet article sont tirées de la déclaration confédérale Cgt en date du 15 janvier, à consulter sur le site www.cgt.fr avec les commentaires article par article sur l’accord.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Pierre Tartakowsky

Mots clés : Pierre Tartakowsky, CGT, dialogue social, syndicat, syndicalisme, flexicurité, flexisécurité, accord, négociation, relations sociales, relations industrielles, droit du travail, marché de l'emploi, modernisation, sécurité, flexibilité