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Nouveaux modèles bancaires : au détriment du client ?

par Danielle Kaisergruber - 15 Décembre 2009

Fin 2009 marque la soudaine richesse des banques et des établissements financiers. Il semblerait bien que le secteur des services financiers se relève beaucoup plus vite que les autres, de la crise commencée en 2007 et qui a véritablement éclaté en septembre 2008. Alors que l'économie dans son ensemble patine, et que le chômage s'accroît.

 

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Les profits annoncés par les banques européennes les unes après les autres - qui leur permettent de rembourser dès maintenant les aides et avances des Etats -, proviennent essentiellement de deux sources. Pour une très grande part ces bénéfices sont dus aux activités de marché ( 80% des bénéfices de la Deutsche Bank par exemple) : en effet ces activités de vente-achat sur le marché financier global sont les plus faciles à relancer et elles bénéficient en outre des énormes apports de liquidités consentis par les Banques Centrales. En somme on se refait une santé par ce par quoi on a chuté... Pour une autre part, ces profits viennent des activités de crédit : de l'argent emprunté à des taux très bas (cf les taux actuels de la Banque Centrale Européenne ou de la Federal Reserve Bank américaine) est prêté aux entreprises et aux particuliers à des taux normaux et nettement plus élevés.

 

Faut-il en conclure que tout continue comme avant et que l'on se trouve devant un scénario du type «  business as usual » ?

 

Pas tout à fait, car dans le même temps des éléments de régulation se mettent en place. La polarisation du débat politique et médiatique sur les bonus des tradeurs est au fond assez symbolique. Rappelons qu'il y a 1500 tradeurs en France, moins que de joueurs et autres entraîneurs de foot ! C'est que c'est un sujet suffisamment simple pour hommes politiques !

 

Au-delà de ce débat, c'est bien sur la gestion des risques que se concentrent ceux qui travaillent sur le sujet. En posant des jalons pour de nouveaux outils : les stress tests, les « testaments (living wills) qui établissent à l'avance ce qui arriverait à une banque si elle faisait faillite et obligent à un peu plus de transparence. En réorganisant les instances internationales et européennes (la création d'une instance européenne de supervision qui regroupe les 27 banques centrales). Et surtout en se confrontant à deux questions centrales : 1) quel est le niveau de fonds propres requis face aux risques encourus ? 2) quelle est la taille maximum et l'organisation d'une institution financière pour éviter le syndrome du «  too big to fail » ?

 

Sur le premier point : «  Messieurs les Anglais , tirez les premiers ! ». Et les Anglais y tiennent beaucoup en affichant de haut niveau de ratios de couverture des risques en capital. C'est certes une manière de préparer les élections (cf les déclarations de Lord Adair, le Président de la Financial Services Authority, FAS, quant à « l'utilité sociale de certaines activités de marché » ou au fait qu'il vaut mieux que les banques se recapitalisent plutôt que de payer si cher leurs dirigeants et leurs traders...). Mais c'est aussi une manière de réaffirmer le leadership de la City en matière de règles du jeu.

 

Sur le second point qui touche à l'organisation du secteur bancaire, les discussions vont bon train. Faut-il revenir au Glass Steagal Act de 1933 qui aux USA séparait les activités de banque de dépôt et de banque d'affaires et interdisait de faire les deux ? Faut-il démanteler les (trop) grandes banques ? La Commission Européenne vient de l'exiger pour ING. Nombreux sont ceux qui penchent en ce sens.

 

Répercussions

Quelles sont les conséquences pour les consommateurs et pour les salariés des banques ? En fait, on ne les voit pas encore, mais il y en aura.

 

Le besoin de fonds propres plus importants, le besoin de liquidités disponibles en permanence, les mesures de régulation plus fortes vont faire pression sur la rentabilité des banques et les pousser à adopter des organisations plus économes : Morgan Stanley a évalué à un tiers la réduction des bénéfices des banques qui pourrait s'ensuivre. Comment faire des économies ? Refrain connu, moins d'agences, moins de salariés, des services plus automatisés. Un récent rapport pour la profession prévoit une diminution importante du nombre d'agences, le développement de l'Internet banking et des automates en tous genres. Rajoutons de grandes plates-formes de traitement des opérations (éventuellement externalisées) et des call centres pour répondre aux demandes des clients. Parfois carrément un modèle low cost. C'est un vrai changement de modèle pour le secteur. Et le client dans tout cela ? Réduit à tapoter sur son téléphone : «  Vous voulez souscrire un plan d'épargne en promotion ? » - « Tapez le 1 » .

 

Dans leur étude sur « Les banques de dépôt en Europe », le cabinet allemand Roland Berger montre que le temps passé par les conseillers en agence avec leurs clients est en nette diminution. Pauvre consommateur automatisé.

 

Et les salariés ? Le syndicat anglais UNI vient de lancer une action pour combattre le « hard selling », le fait de devoir vendre à des clients des produits financiers incompréhensibles et qui risquent de leur réserver des surprises !

 

Vous avez dit «  business as usual » ? Non ce sera un autre business, et la crise aura bien changé les choses en rapprochant les services financiers du modèle de la grande distribution. D'ailleurs à Londres, Tesco (un distributeur) et Virgin viennent de demander une licence bancaire...

 

A suivre....

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Danielle Kaisergruber

Mots clés : banque, bonus, régulation, restructuration, relation client, abus, ING, Tesco

Notes de lecture :

OCDE «  Culture financières et protection des consommateurs : les oubliés de la crise juin 2009

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