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OIT : inquiétude sur les salaires mondiaux

par - 21 Janvier 2013

Dans son rapport mondial sur les salaires 2012/2013, l'Organisation Internationale du Travail (OIT) se montre particulièrement critique envers la répartition des revenus à travers la planète. Les inégalités observées entre les rémunérations du travail et du capital d'un côté, et entre riches et pauvres de l'autre, ont en effet joué un rôle important dans le déclenchement de la crise. Et elles continuent aujourd'hui d'en compromettre une solution durable.

 

Naturellement, la crise se fait sentir sur le taux de croissance mondial des salaires, même s'il existe d'importantes variations régionales. Globalement, les salaires moyens réels n'ont augmenté que de 1,2 % en 2011, contre 2,1 % en 2010 et 3 % en 2007. Mais si l'on retire la Chine du calcul, le chiffre tombe à 0,2 % d'augmentation en 2011 (contre 1,3 % en 2010 et 2,3 % en 2007).

 

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L'étude confirme ainsi le rattrapage observé dans d'autres domaines entre les économies développées et émergentes. Les salaires mensuels moyens réels n'ont augmenté que de 5 % dans les économies développées entre 2000 et 2011, alors qu'ils doublaient en Asie et triplaient même dans les cas de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale (un résultat à nuancer par l'effondrement qui avait suivi la transition post-soviétique dans ces régions). Cette tendance n'annule toutefois pas les écarts persistants entre les niveaux de salaires au niveau mondial. Le salaire horaire d'un travailleur du secteur manufacturier aux Philippines est ainsi de 1,40€, contre 5,40€ au Brésil, 13€ en Grèce, 23,30€ aux États-Unis et 34,80€ au Danemark.

 

Une augmentation de la productivité supérieure à celle des salaires
C'est probablement au niveau des résultats portant sur l'évolution mondiale de la part salariale que l'étude se révèle la plus marquante. On y apprend que l'augmentation moyenne de la productivité du travail dans les pays développés a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens, entre 1999 et 2011. En Allemagne, elle a augmenté d'un quart pendant que les salaires ne bougeaient pas. Et la tendance n'est pas propre aux pays Occidentaux. En Chine, alors même que les salaires ont plus ou moins triplé durant la dernière décennie, le PIB a augmenté encore plus vite, ce qui signifie que leur part a également baissé.

 

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En guise d'explication à ce phénomène, l'OIT pointe « les progrès technologiques, la mondialisation des échanges commerciaux, l'expansion des marchés financiers et la baisse du taux de syndicalisation, autant de facteurs qui ont miné le pouvoir de négociation des travailleurs. » Et de pointer plus particulièrement la « mondialisation financière », dont le rôle a « peut-être » été sous-estimé jusqu'ici... D'où le développement de déséquilibres internes et externes qui s'auto-entretiennent. La baisse de la part salariale comprime la demande intérieure, ce qui pousse les pays à compenser par des excédents à l'exportation (notamment en jouant la baisse des salaires...) ou à encourager le recours aux crédits bon marché. Autant de solutions difficilement soutenables sur le long terme.

 

Des rééquilibrages internes et externes mieux coordonnés
À l'inverse, l'OIT prêche pour des solutions mieux à même d'articuler les dimensions internes et externes des déséquilibres actuels. Elle suggère ainsi la mise en œuvre de politiques « qui facilitent une relation étroite entre la croissance de la productivité du travail et la croissance de la rémunération des travailleurs », tout en évitant « une course vers le bas dans les pays ou les parts du travail sont déficitaires ou encore dans l'ensemble de la zone euro. »

 

Par ailleurs, elle propose également de renforcer les institutions qui servent à fixer les salaires, en tenant compte notamment de la segmentation croissante du marché du travail et de l'évolution rapide des technologies. Selon elle, ces facteurs imposent de créer « des environnements plus favorables et facilitateurs pour la négociation collective. » Sans toutefois se leurrer sur l'efficacité d'une stratégie qui ne reposerait que sur des politiques relatives au marché du travail. Et de citer en exemple la nécessaire réforme du secteur financier ou encore les réflexions à mener sur un rééquilibrage entre taxation des revenus du travail et taxation des revenus du capital.

 

 
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A propos de cet article

Mots clés : OIT, salaires, mondialisation, Cédric Leterme