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Partout en Europe, gros temps sur les retraites

par Laurène Fauconnier - 21 Mars 2012

Les Etats européens n'en finissent pas de réformer leurs systèmes de retraite. Les gouvernements taillent dans les dépenses. Déséquilibres démographiques, allongement de la vie, explosion des déficits publics, effondrement des marchés, les causes ne manquent pas. Quels que soient les régimes de retraite, répartition, capitalisation ou régime mixte, la mise en œuvre effective des réformes et les nouvelles dispositions envisagées déclenchent débats, polémiques ou mouvements sociaux. Focus sur une actualité chaude chez certains de nos voisins.

 

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En Irlande, c'est le secteur public qui est concerné. Conformément aux exigences du FMI et de la Banque centrale européenne, il s'agit de modifier le régime de pensions des nouveaux entrants dans la fonction publique. Une réforme dont les effets ne se feront sentir qu'à long terme, d'autant que les recrutements dans la fonction publique irlandaise sont au plus bas. Les pensions des nouveaux fonctionnaires ne seront plus calculées sur la base du dernier salaire, soit 50% de ce salaire après 40 ans de cotisation, mais correspondront à 50% du salaire perçu chaque année pendant leurs 40 années de service, avec une indexation tenant compte de l'inflation.
L'âge de départ à la retraite sera progressivement porté à 68 ans avec obligation de départ à 70 ans. Une économie de 35% des dépenses devrait être enregistrée en 2050. Les consultations avec les partenaires sociaux n'ont pas permis d'aboutir à un accord. Les syndicats du public y sont hostiles, notamment les syndicats enseignants qui dénoncent « une réforme injuste, inutile et probablement illégale ».

 

Au Danemark, le gouvernement soumet un nouveau projet pour réduire les possibilités de départ anticipé et retarder l'âge légal de départ à la retraite. Il s'agit de réagir aux inquiétantes perspectives démographiques et d'accroître la main d'œuvre danoise. L'âge légal de départ est aujourd'hui fixé à 65 ans mais il existe de nombreuses possibilités de l'anticiper à partir de 60 ans dès lors que l'on a adhéré à un fonds d'assurance pendant 30 ans au moins, et que l'on a payé des cotisations supplémentaires pour départ anticipé. Cet âge minimal sera graduellement porté à 62 puis 64 ans entre 2018 et 2023. L'âge légal de départ sera alors fixé à 67 ans.
Une disposition spécifique pour le travail pénible remplacera celle qui existe aujourd'hui. Les travailleurs concernés n'auront plus à verser des cotisations supplémentaires pour départ anticipé mais c'est une commission qui décidera si leur état de santé nécessite ou non un départ à la retraite.
Le rapport du Conseil économique qui conseille le gouvernement précise que la réforme permettra d'augmenter sensiblement la main d'œuvre mais qu'elle conduira également à augmenter le nombre de chômeurs, 25 000 en 2020. LO, la confédération danoise des syndicats proteste contre les mesures relatives à la pénibilité « le départ ne sera plus un droit mais dépendra de l'appréciation d'un comité ».

 

Au Royaume Uni, aux nombreuses protestations contre la réforme des retraites dans le secteur public ont succédé des grèves dans le secteur privé. Ainsi, Unilever a supprimé son régime de retraite maison à prestation définie pour les nouveaux embauchés et l'a remplacé par un régime à cotisations définies. Résultat à terme : une baisse importante des pensions. Unilever Grande Bretagne a connu pour la première fois de son histoire des grèves fin 2011 et début 2012. Unilever n'est pas la seule entreprise concernée, de nombreuses grèves ont éclaté dans d'autres entreprises.
La situation financière des fonds de pensions qui distribuent une large part des pensions britanniques est catastrophique. En 2007, 12,2 millions de personnes bénéficiaient de pensions provenant de fonds privés, en 2010 elles n'étaient plus que 3 millions. Bien des employeurs ont mis fin à leurs systèmes de capitalisation à prestations définies, calées sur le dernier salaire et ont adopté des systèmes à cotisations définies, dont les prestations sont moyennées sur l'ensemble de la carrière. Les syndicats sont unanimes à dénoncer ces réformes et l'agitation sociales s'installe.

 

En Allemagne, la mise en œuvre au 1er janvier 2012 de la réforme des retraites adoptée en 2007 rallume le débat. La réforme consiste à porter progressivement de 65 à 67 ans l'âge légal de départ d'ici 2029. Le problème soulevé est celui des travailleurs âgés qui n'arrivent pas à trouver d'emplois. Le SPD propose de suspendre la réforme jusqu'à ce qu'au moins 50 % des personnes âgées de 60 à 64 ans aient un emploi et soient donc en capacité de cotiser à la retraite. Le syndicat DGB rejoint ce point de vue estimant que 60 % des 60 - 64 ans n'ont pas de travail. A l'inverse, l'organisation patronale BDA estime qu'il est indispensable de poursuivre la réforme, au risque de ne pas disposer des financements nécessaires pour payer les pensions. Seul consensus, partis et partenaires sociaux estiment qu'il faut améliorer l'accès des seniors à l'emploi. Ceux-ci sont rarement les bienvenus dans les entreprises, sauf quand le manque de main d'œuvre prévaut et que nécessité fait loi. Ce manque de main d'œuvre qualifiée s'accentue chaque année et le taux d'emploi des seniors s'améliore mais trop lentement. Il y a cinq ans déjà, les experts soulevaient le problème du manque d'emplois pour les plus âgés.

 

Aux Pays Bas, le nouvel accord sur les retraites négocié à l'été 2011 prévoit de reculer l'âge légal de départ à la retraite à 66 ans en 2020 et 67 ans en 2025. L'accord prévoit également d'augmenter les décotes en cas de départ anticipé. Seule exception, les personnes exerçant des travaux pénibles qui pourront partir à 65 ans.
Bien que les syndicats néerlandais n'approuvent pas tous la réforme, la majorité d'entre eux a signé l'accord. Au parlement, le gouvernement a fait des concessions au parti socialiste sur la pénibilité, ce qui lui a permis d'obtenir l'approbation de sa loi. Bel exemple d'un dialogue social et politique qui a fonctionné.
Il reste cependant des questions à trancher. Le système de retraite néerlandais repose pour une large part sur des fonds de pension privés qui, comme au Royaume Uni, ont été affectés par la baisse des marchés. La solvabilité de certains fonds est en question et il est urgent de protéger leurs investissements. Le débat tourne autour des grandes questions traditionnelles. Qui doit supporter les risques financiers ? Les employeurs, L'Etat, les salariés ? Faut-il augmenter les cotisations, faut-il baisser les pensions ? Il semble que l'on s'achemine en tout état de cause vers une baisse des prestations dès 2013 mais l'ensemble des partenaires travaille sur le sujet et de nouvelles dispositions devraient être prises d'ici quelques mois.

 

En Pologne, le gouvernement tout récemment arrivé au pouvoir annonce que l'âge de départ à la retraite va être porté à 67 ans. Il est actuellement de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes. A partir de 2013, l'âge de départ reculera d'un mois tous les quatre mois. Les 67 ans seront atteints pour les hommes en 2020 et pour les femmes en 2040.
Aucune consultation préalable au projet gouvernemental n'a été menée. Les syndicats sont unanimes à refuser cette réforme. Solidarność a recueilli plus de 700 000 signatures pour organiser un référendum sur la question et s'apprête à les déposer au parlement. L'absence de concertation est au cœur de leur opposition.
Quant aux organisations d'employeurs, bien que favorables à la réforme, elles ne soutiennent pas directement un gouvernement qui ignore le dialogue social.
La majorité au parlement devrait voter la réforme mais on s'attend également à un développement des conflits sociaux.

 

Pour en savoir plus

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A propos de cet article

Auteur(s) : Laurène Fauconnier

Mots clés : retraite, europe, protection sociale, pensions, Laurène Fauconnier